Réseau(x), Tome 1 de Vincent VILLEMINOT

réseau(x) 1 villeminotRéseau(x),
Tome 1
de Vincent VILLEMINOT

Nathan,
2013, p. 417

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Réseau(x), Tome 1

Ancien professeur d’écriture au Caire, ancien journaliste de rue à Paris, Vincent Villeminot est désormais auteur à temps plein, pour les adultes comme les plus jeunes. Après avoir signé une trentaine d’ouvrages pour les enfants, il explore aujourd’hui, dans ses romans pour les adolescents, plusieurs facettes du fantastique.
Wikipédia.

Sur les réseaux, tout le monde pense connaître tout le monde. Tout le monde aime, surveille, espionne tout le monde. Mais désormais, une guerre est déclenchée, sur le web et dans le monde réel. Et Sixie, 15 ans, est l’enjeu, le butin, le gibier de tous les combattants…

C’est avec ce Réseau(x) que je découvre la plume de Vincent Villeminot, pourtant déjà présent dans ma bibliothèque avec le premier tome de son autre série, Instinct (premier tome que je n’ai pas encore pris le temps de livre !). Les avis des premiers lecteurs semblent partagés : certains adhèrent et adorent, d’autres n’arrivent pas à aller au bout.
Pour ma part, je sors mitigée de la découverte, consciente de la qualité et de l’originalité de l’histoire mais n’ayant pas réussi à y entrer et à l’apprécier à sa juste valeur. Mes idées étaient embrouillées alors que je tournais la dernière page ; une semaine après ma lecture, je me découvre incapable de vous résumer l’intrigue et le but de celle-ci. Un premier tome qui est loin d’être inintéressant mais qui demande qu’on s’y accroche férocement.

vincent villeminotVincent Villeminot place son histoire quelques années dans le futur, aux alentours de 2020, je dirais. Malgré tout, on ne peut pas foncièrement parler de roman de science-fiction (ou d’anticipation) même s’il y a de l’idée. L’auteur nous propose un monde vraiment très proche du nôtre ce qui rend son histoire assez perceptible… va-t-on vraiment dans cette direction ?
Facebook est alors passé de mode, remplacé par un nouveau réseau social qui empiète dangereusement sur la vie de ses utilisateurs. La plupart des adolescents et jeunes adultes y sont inscrits et partagent librement leurs pensées plus ou moins intimes. Malgré une impression de confidentialité, il n’est pas difficile de savoir tout sur tout le monde et d’en profiter. Les dérives sont nombreuses. Sixtie, 15 ans, le comprend alors que quelqu’un s’amuse à mettre en scène ses cauchemars (inutile de vous dire que la mise en scène ne s’arrête pas au politiquement correct et n’hésite pas à passer le cran supérieur… menant au meurtre !). A côté de cette première intrigue, une guerre ouverte se joue, également intimement liée aux réseaux sociaux. C’est en effet sur ceux-ci qu’un jeune anarchiste – Cèsar Diaz alias Nada#1 – très suivi, lance des mouvements de plus en plus importants. Un peu à l’image des flash mob (lancées également sur internet), le jeune homme appelle ses « fidèles » à se rassembler à des moments et endroits précis pour le « Play for real »… c’est alors que dans de grandes villes européennes, des bandes organisées jouent des parties réelles de jeux vidéos, armées de fusil à billes. Nada#1 veut semer le chaos et joue avec les forces de l’ordre (avec l’autorité de façon générale)… mais celles-ci ripostent à un autre niveau (avec des armes réelles) et la guerre est véritablement déclarée.

Outre les dérives des réseaux sociaux, je pense que Vincent Villeminot met en avant l’incompréhension qui s’installe de plus en plus entre les générations : « l’ancienne » (qui représente grossièrement les adultes et donc « l’autorité ») et la nouvelle (les jeunes inscrits sur les réseaux sociaux). Ce clivage entre les deux entraine des situations terribles qui pourraient être évitées, je pense, si la communication était meilleure et se faisait de vive voix (l’intermédiaire du virtuel n’aide pas… et on peut déjà le voir tous les jours avec les embrouilles qui se multiplient sur Facebook parce qu’un tel a cru à une agression – le ton n’étant pas évident à déchiffrer à l’écrit – ou parce qu’un autre à lancer une polémique en statut, prenant à partie des dizaines d’autres personnes qui, au départ, n’avaient rien à faire là et n’auraient même pas du avoir vent du conflit initial…).

Et si ce n’était déjà pas assez compliqué d’avoir autant de thèmes, les mini-intrigues se multiplient autour des nombreux personnages mis en scène. Si l’on se doute que tous sont plus ou moins liés et que Sixtie est l’élément central, il faut avouer que ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver.
Les premières pages sont déstabilisantes, l’auteur introduisant successivement ses figures. Il faut un certain temps pour comprendre qui est qui, qui fait quoi, qui est un personnage clef de l’intrigue… et même après avoir mis les choses en place, je n’ai malheureusement pas réussi à m’attacher énormément à eux. Ils ne sont pas mal traités ou inintéressants, non, Vincent Villeminot réussit à nous offrir de nombreuses personnalités plutôt bien traitées… mais personnellement, je n’ai ressenti ni émotions ni empathie pour eux. Sixtie – la victime – joue un peu sur notre corde sensible, mais sans plus et Cèsar – l’ennemi numéro 1 – est un égocentrique mégalo qui m’a énervée malgré les raisons données pour expliquer son comportement. Je ne parle pas du vieux flic malade et de sa fille rebelle, de la jeune commissaire qui a fait des conneries, ou des seconds de Cèsar… seul Théo a trouvé grâce à mes yeux. Sans être complètement surprenant, il a su me marquer et j’ai trouvé son évolution – son destin – pertinente et vraiment bien menée. Si d’ailleurs il me prenait l’envie de lire la suite un jour, ce serait essentiellement (uniquement) pour retrouver ce personnage.

fussli le cauchemarJe trouve intéressant (mais est-ce que c’est le meilleur ?) le choix opéré par l’auteur qui a préféré utiliser la troisième personne du singulier et suivre chaque personnage tour à tour, sur quelques paragraphes. Ceux-ci correspondent parfois à du récit pur, parfois à la reconstitution d’un message posté sur le réseau ou encore à un cauchemar prégnant. Les chapitres sont plutôt courts et offrent un point de vue presqu’omniscient au lecteur.
Cependant, et c’est un peu le défaut de ces points de vue successifs, il n’est pas toujours simple de s’y retrouver et malgré les nombreux indices semés, il est difficile pour le lecteur de reconstituer le puzzle et même de voir où Vincent Villeminot veut le mener. Choix intéressant donc, mais qui n’aide pas à faciliter la lecture, déjà rendue assez complexe à cause de son intrigue.

On nous vend ce premier tome (et donc cette saga) comme un thriller mais j’ai du mal à lui coller cette étiquette. Oui il y a des flics et oui il y a une sorte d’enquête (liée aux vidéos tournées d’après les cauchemars de Sixtie) mais de là à parler de thriller… alors les lecteurs qui disent avoir lu Réseau(x) pour se lancer dans le genre, je ne suis pas convaincue.
L’histoire proposée par Vincent Villeminot me paraît assez peu qualifiable. Originale, sur plusieurs niveaux et donc complexe, il me semble difficile de la ranger dans une seule case. Roman d’anticipation ? Thriller ? Roman de société ? Un peu de tout.

Les thèmes abordés sont pertinents et amènent le lecteur à la réflexion mais il me semble que la lecture aurait été plus fluide si la forme avait été autre. Suivre l’intrigue sur plusieurs niveaux, avec autant de voix… c’est risqué et je pense que malgré la belle originalité de Vincent Villeminot, bon nombre de lecteurs peuvent rester bloqués à cette difficulté. Ce qui a été mon cas puisque, cherchant à me retrouver dans tout cet imbroglio, j’en ai oublié de m’attacher aux personnages et suis restée extérieure à leurs aventures… dommage !

Merci à Lire en Live (Nathan) pour cette nouvelle découverte !

Image : Le Cauchemar, Füssli. Vincent Villeminot cite ce tableau que je trouve assez fascinant… et flippant !

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