Les Piliers de la Terre de Ken FOLLETT

lespiliersdelaterreLes Piliers de la Terre
de Ken FOLLETT

Le Livre de Poche,
2008, p. 1066

Première Publication : 1989

Pour l’acheter : Les Piliers de la Terre

Ken Follett, né le 5 juin 1949, est un écrivain gallois spécialisé en thrillers politiques.

Les Piliers de la terre a été vendu à plus de 90 millions de lecteurs à travers le monde ce qui en fait un best-seller. Une série télévisée The Pillars of the Earth, diffusée durant l’été 2010 a été tournée, avec Matthew Macfadyen, Rufus Sewell, Ian McShane entre autres.

Dans l’Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.
Abandonnant le monde de l’espionnage, Ken Follett, le maître du suspense, nous livre avec Les Piliers de la Terre une œuvre monumentale dont l’intrigue, aux rebonds incessants, s’appuie sur un extraordinaire travail d’historien. Promené de pendaisons en meurtres, des forêts anglaises au cœur de l’Andalousie, de Tours à Saint-Denis, le lecteur se trouve irrésistiblement happé dans le tourbillon d’une superbe épopée romanesque.

1050 pages pour un livre de poche ; autant dire un sacré pavé, et écrit tout petit en plus ! Voilà plus d’un an que ce titre traînait dans ma PAL, je l’avais acheté car on n’arrêtait pas de me le conseiller, mais je n’ai jamais réussi à me décider à me lancer jusqu’à l’annonce d’une lecture commune sur Livraddict. Comme bien souvent avec les lectures communes, c’est le moment ou jamais pour moi ; si je ne profite pas de cet évènement pour lire le titre concerné, j’ai l’impression que je ne le ferai jamais…
Et, encore une fois, grâce à ce procédé, j’ai fait une très jolie découverte. Je ne vais pas jusqu’au coup de cœur, car quelques longueurs et « répétitions » m’ont parfois un peu lassée, mais c’est, assurément, un très bon livre que voici ; et finalement, je ne regrette absolument pas les quelques dix jours passés sur celui-ci… Quant à savoir si je tenterai la lecture de sa « suite » – Un Monde sans fin -, je ne suis pas forcément pressée, mais si l’occasion se présente, pourquoi pas… 1050 pages, ça demande du travail et de l’imagination, voyons un peu en détail ce que nous offre là Ken Follett ! Avec une œuvre aussi dense, c’est difficile de dire tout ce que j’aimerais dire, mais je vais tenter de condenser tout ça en quelque chose de claire et de relativement « court » (espérons pour vous, lecteurs !)…

kenfollettLes Piliers de la Terre, mais qu’est-ce que c’est ? Et bien c’est l’histoire de la construction d’une cathédrale, à Kingsbridge, en Angleterre, au XIIe siècle. Autour de cette élévation qui met plus de 40 ans à s’affirmer, le lecteur suit les péripéties d’une dizaine de protagonistes qui subissent les travers de la vie, les petits bonheurs liés à l’amour mais surtout les complots et traîtrises des rusés et puissants qui n’hésitent pas à bafouer les plus faibles pour parvenir à leurs fins…
Avec le prologue, Ken Follett nous offre l’exécution d’un voleur sur la place publique et la malédiction qui suit, lancée par la femme enceinte de celui-ci. Le premier chapitre s’ouvre ensuite sur la famille de Tom le bâtisseur, qui, suite à un mariage annulé, doit cesser la construction de la maison de Lord William – le fils du Seigneur des lieux, Hamleigh – ; Tom, sa femme Agnès et ses deux enfants, Alfred et Martha, doivent donc prendre la route et affronter tous les dangers pour que le bâtisseur puisse retrouver un emploi. Le sort semble s’acharner sur eux lorsqu’Agnès meurt en donnant naissance à un second fils condamné à mourir de faim, que les trois membres restants de la famille décide d’abandonner à la merci des loups, en pleine forêt. Ils sont alors rejoints et aidés par Ellen et son fils Jack, deux personnalités étranges ayant vécu les dix années passées dans les bois… La sauvageonne annonce à Tom que son bébé, en bonne santé, a été recueilli par une communauté de moines des environs et, poussés par un désir grandissant, les deux adultes entament une relation. De village en village, Tom cherchant un emploi, finit par en trouver un dans la petite ville de Kingsbridge où il retrouve Philip – devenu difficilement prieur -, le moine qui a recueilli son bébé (baptisé Jonathan). Le lecteur fait également la connaissance de la jolie Aliena, qui a refusé d’épouser William Hamleigh ; et celui-ci est bien décidé à venger cette humiliation, de toutes les façons possibles ! Les destins se croisent, s’entremêlent ; les « méchants » ont souvent le dessus mais les « gentils » n’abandonnent jamais…

L’intrigue mise en place par Ken Follett est très riche, très dense en personnages et le lecteur a la chance de suivre chacun d’eux au fil des chapitres. D’un côté les « gentils » : le prieur Philip et son frère cadet Francis (toujours à la tâche, essayant d’être juste mais ayant aussi les travers de tous les êtres humains…) ; Aliena et son frère (les enfants du Comte de Shiring qui se retrouvent seuls et miséreux à la mort de leur père, et sans défense face aux assauts répétés de William) ; Tom et ses deux enfants (qui connaissent beaucoup de malheurs dans les premières parties de l’histoire) ; Ellen et son fils Jack (deux êtres craints de tous car différents, mais profondément bons malgré tout)… et de l’autre les « méchants » : William Hamleigh et ses détestables parents (des animaux sans aucune intelligence qui n’auront de cesse de faire le mal autour d’eux), Waleran (l’évêque qui donne l’absolution à chaque meurtre commis par William, son pion).

Si j’ai un petit défaut à souligner dans les personnalités travaillées de Ken Follett, c’est leur « manichéisme » : certains méchants sont vraiment très méchants (dès la dixième page j’ai eu envie de massacrer de mes mains cet abruti de William… que j’ai du supporter jusqu’à la fin ! D’un côté, j’étais vraiment prise par ce personnage, qui est détestable et qui donne des envies de meurtres ! Un abruti, une brute qui viole, pille, détruit sans s’inquiéter des conséquences, puisqu’il parvient toujours à se sortir de tout…) ; les hommes sont la plupart du temps bêtes et brutaux même du côté des « gentils » (Alfred, Richard et même Tom qui a un côté assez agaçant la plupart du temps), seuls Jack et Philip sont profondément bons (et pourtant si différents !). En fait, les femmes ont le beau rôle dans ce petit pavé : courageuses, déterminées, autonomes, elles sortent la tête haute des situations les plus horribles (Aliena la première qui, à 17 ans perd son père et toute sa fortune, se fait violer par William et son valet sous les yeux de son petit frère, voit son commerce florissant partir en fumée… mais continue de se battre !) ; seule Regan Hamleigh sort de ces carcans (car particulièrement mauvaise !) bien qu’elle soit elle aussi très rusée et à la tête de sa famille ! J’aurais encore tant à dire sur les nombreux personnages de ce récit, mais c’est déjà bien assez long ainsi ! Sachez seulement que Jack et Aliena, les véritables héros de l’histoire, ont ma préférence ! Je me suis beaucoup attachée à eux et j’ai suivi leurs aventures avec avidité. Ellen, la sauvageonne à moitié sorcière m’a également plu (mais les personnages marginaux me plaisent la plupart du temps) ; quant aux autres, soit j’ai eu envie de les trucider (ce qui est un bon point pour Ken Follett, il nous offre des figures convaincantes), soit de les secouer (d’ailleurs, Aliena dans son rapport avec son abruti de frère m’a parfois franchement agacée…). Avec tout ça, vous trouverez sans doute votre compte !

Au niveau de l’intrigue – à l’image des nombreuses figures – il y en a plusieurs qui s’entremêlent naturellement ; c’est bien amené. Je dois cependant avouer que j’ai parfois ressenti quelques longueurs et répétitions dans les actions, notamment au niveau du personnage de William – c’est l’exemple le plus probant que je peux donner – qui passe les quelques mille pages à toujours faire la même chose (il pille, brûle, viole, tue,…) dans le même but : détruire Aliena. C’est un peu redondant. J’ai mis un petit moment avant d’entrer complètement dans l’histoire, il a fallu que Jack et Aliena entrent vraiment en ligne de mire pour que je sois totalement happée par le texte. Les quelques centaines de pages précédentes (surtout dédiées à Tom le bâtisseur et Philip le prieur) sont bien passées tout de même, mais je n’avais pas cette envie, ce besoin, de lire la suite comme ça a pu être le cas lorsque Jack et Aliena entrent en scène (c’est mon côté fleur bleue qui veut ça, mettez-moi une histoire d’amour improbable entre deux êtres que tout sépare, et je lis ça d’une traite !).

serieMais il ne faut pas oublier que derrière toutes ces petites intrigues « familiales » se jouent des intrigues plus « importantes » concernant la construction de la cathédrale de Kingsbridge, mais également – et surtout – la guerre incessante pour obtenir le trône d’Angleterre qui mêle étroitement religion et politique… Le contexte historique est donc particulièrement fort et particulièrement intéressant ; de même que tout ce qui touche au domaine de l’architecture gothique. Ken Follett nous offre ces éléments de façon simple (même les moins calés en histoire ou en architecture médiévales s’y retrouveront sans trop de mal), on apprend beaucoup de choses sans que ce soit scolaire, pompeux et ennuyeux. Les intrigues s’étalent sur plus de 50 ans, c’est cinq décennies qui défilent sous nos yeux et c’est donc autant d’années que l’on passe dans cette Angleterre du XIIe siècle, s’imprégnant des us et coutumes de l’époque, des façons de penser, de la religion omniprésente, de la condition des plus faibles… Un vrai voyage dans le temps et dans l’espace ! Sans compter que certains chapitres de l’histoire nous conduisent sur les traces de Jack, parti à Compostelle puis à Tolède en Espagne avant de s’arrêter sur le célèbre chantier de Saint-Denis (à Paris !). Malheureusement, je viens d’apprendre (merci Google !), que Kingsbridge n’a jamais eu de cathédrale ; quel dommage ! Pourquoi Ken Follett ne s’est-il pas basé sur une cathédrale existante (ou ayant existé) pour tisser son histoire, ses différentes intrigues. Bien sûr, il aurait fallu jongler avec les faits réels, avec les données parvenues jusqu’à nous, mais ça aurait été tellement plus fort ! Vous vous rendez compte, vous lisez Les Piliers de la Terre, et un jour, alors que vous allez faire un tour en Angleterre, vous visitez la cathédrale correspondante et toutes les images venues à la lecture du livre s’affolent dans votre tête… Et bien, la chose sera définitivement impossible, puisque la cathédrale dont parle l’auteur n’existe pas ! Déçue, je suis.

Revenons quelques instants sur la forme générale de cette grande fresque historique. Ken Follett sépare son livre en deux « tomes » (le premier appelé « Ellen », le second « Aliena »… quand je vous disais que les femmes étaient à la tête de cette histoire !) et l’ensemble est séparé en six parties correspondants à des périodes précises (1135 – 1136, 1136 – 1137, 1140 – 1142, 1142 – 1145, 1152 – 1155 et 1170 – 1174), elles-mêmes divisées en une dizaine de chapitres plus ou moins longs concentrés sur telle ou telle intrigue. Les quelques mille pages du livre de poche peuvent faire peur, même aux lecteurs les plus aguerris, mais il n’y a aucune raison finalement, car l’ensemble se lit très facilement. Je n’ai pas été gênée par les descriptions de l’auteur, qui sont bien équilibrées, ni trop longues ni trop courtes. De même pour les dialogues qui m’ont paru « intelligents » et plutôt bien menés. Ce n’est pas un style (ou une traduction) remarquable, mais c’est fluide et abordable. Et heureusement, parce que mille pages d’une plume pompeuse, ça passerait beaucoup moins bien ! Certaines périodes (plus ou moins longues) sont complètement passées sous silence, mais ce n’est pas gênant car on apprend par bribes les éléments importants qui s’y rapportent ; l’auteur choisit donc de mettre en avant certains évènements plus que d’autres (mais encore une fois, heureusement, sinon, ce n’est pas 1000 pages, mais 3000 qu’on aurait eu !). Si vous êtes un tant soit peu intéressés par cette période de l’histoire et que vous aimez les longues fresques historiques, n’hésitez pas et ne soyez pas rebutés par la longueur ; je le répète, c’est facile à lire et très « fluide » !

Ne vous fiez pas à l’épaisseur du livre : ça se lit très vite et très bien ! Contexte passionnant : l’Angleterre du XIIe siècle. Plusieurs intrigues qui s’entremêlent naturellement et intelligemment. Personnages nombreux aux personnalités travaillées, plus ou moins attachants. C’est très abordable, même pour les « non-initiés » à la période ou aux termes d’architecture, et on apprend plein de choses ! Quelques passages longs et répétitifs (surtout dans les actions de certains personnages, William en tête !). Je viens d’apprendre (avec stupeur !), que la cathédrale de Kingsbridge n’a jamais existé, Ken Follett ne s’est pas basé sur une construction réelle, ce qui enlève beaucoup de force au livre, à mon goût !

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