Le Songe d'Adam de Sébastien PEGUIN

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Le Songe d’Adam

de Sébastien PEGUIN
L’Homme Sans Nom,
2011, p. 398

Première Publication : 2011

Pour l’acheter : Le songe d’Adam

Sébastien Péguin a un point commun avec l’ensemble des auteurs des éditions de l’Homme Sans Nom : il est enseignant. De là à voir une certaine forme de malédiction, il n’y a qu’un pas pour cet écrivain fan de fantastique et d’horreur, qui se découvre un talent littéraire en cumulant les récompenses dans les concours de nouvelles auxquels il participe. C’est en parallèle de ses études et de ses premiers pas dans la vie d’enseignant qu’il se dit qu’enseignant c’est bien, mais enseignant ET écrivain, c’est encore mieux. Et c’est ainsi qu’il se retrouve à proposer et à publier Le Songe d’Adam, son premier roman, conte horrifique dans lequel il exprime son goût pour l’indicible et la terreur qui sourd aux coins du regard.

Allemagne, Forêt-Noire, de nos jours.
C’est dans ce cadre magnifique que s’installent Hugo, chercheur dans le domaine des lettres, et sa fille Morgane, inventive adolescente. Mais la Forêt-Noire est également le cadre de légendes ancestrales, dont certaines seraient peut-être bien plus que de simples légendes…
Et lorsque Morgane commence à percevoir des choses qui ne devraient pas exister et que les fantômes du passé du père et de la fille semblent devenir plus que des souvenirs, l’horreur surgit, et les disparitions au cœur des bois trouvent une explication que l’esprit humain ne peut concevoir…

Je ne suis pas une grande habituée des lectures horrifiques ni même des œuvres fantastiques (dans le sens premier). Mes dernières découvertes en date m’ont été offertes par Frédéric Livyns grâce à son recueil Les Contes d’Amy et son dernier roman Le Souffle des ténèbres, deux titres où l’horreur côtoie le quotidien. Peu habituée donc, mais très curieuse de découvrir ce Songe d’Adam. D’une part car les mentions de la Forêt-Noire allemande et des légendes ancestrales de la région m’intriguaient mais également car je trouve, très « superficiellement », que l’illustration de couverture (signée Magali Villeneuve, à l’origine de l’affiche des Imaginales 2013 mais également auteure de la saga La Dernière Terre publiée chez L’Homme Sans Nom) est magnifique et très parlante.
Je suis sortie du Songe d’Adam très agréablement surprise par ma découverte, convaincue aussi bien par le fond que la forme qui sont, à mon avis, d’une très grande qualité. Et si cette introduction ne vous a pas convaincus, peut-être que les références à Simetierre de Stephen King et à Sleepy Hollow de Tim Burton perçues pendant ma lecture, le feront mieux que moi !

Il y a beaucoup à retenir du Songe d’Adam, mais ce qui se distincte fortement c’est, à mon sens, l’ambiance très particulière que Sébastien Péguin parvient à mettre en place. Les deux héros entrent – non sans encombre – dans la Forêt-Noire et semblent ensuite ne plus pouvoir se défaire de ce lieu marqué par les légendes. Très vite, le lecteur, à l’instar des héros, se retrouvent coincé dans cette atmosphère pesante et angoissante où les plus beaux coins à la lumière du jour se transforment en vision de cauchemar dès que le soleil se couche… Sombre (elle porte bien son nom) et étouffante, la forêt se dévoile petit à petit pour le meilleur mais surtout pour le pire…
Les scènes marquantes ne manquent pas mais j’en retiens surtout deux, survenant en début d’ouvrage. Hugo et sa fille adolescente Morgane sont sur la route et sont entrés dans la Forêt-Noire. Ils cherchent le chemin de leur chalet, leur future demeure. La nuit tombe (ou est tombée), les grands arbres sombres encadrent le petit sentier sur lequel ils se sont engagés et qui n’apparaît pas sur les cartes que Morgane s’évertue à regarder. La tension monte, Hugo est agacé par la non-réussite de sa fille et petit à petit, les deux protagonistes de la voiture se demandent s’ils ne sont pas victime d’une hallucination collective quand, tout à coup, surgissant de nulle part, la silhouette d’un cerf difforme et monstrueux apparaît devant eux. Evitant l’accident in extremis, le père va fouiller dans les buissons et du côté des arbres inquiétants pour voir, à la supplique de Morgane, si l’animal (ou la chose ?) n’est pas blessé. Evidemment, rien à voir sur le bas-côté. Voilà qui commence fort pour les deux nouveaux arrivants… accueil étrange de la part de la forêt ! Un peu plus loin dans le texte, alors que la jeune Morgane (qui va sur ses 16 ans), dort dans son lit, elle entend des coups donnés sur ses volets (est-ce le vent, les branches des arbres ou un « simple » cauchemar ?), bientôt, ceux-ci s’ouvrent laissant apercevoir la silhouette monstrueuse d’une créature mi-homme, mi-cerf, mi-bouc. La fenêtre s’ouvre, la créature entre dans la chambre, s’avance au pied du lit et… je ne vous en dis pas plus ! Mais je pense que vous avez réussi à capter l’atmosphère du texte et l’intensité angoissante des scènes (surtout les scènes nocturnes d’ailleurs)…
Sébastien Péguin amène le fantastique dans son sens d’origine (des évènements étranges dans le monde réel qui font douter les personnages et évidemment le lecteur : est-ce le héros qui a des hallucinations ou une force supérieure est-elle à l’œuvre ?… un à l’image du Horla de Maupassant ou de La Vénus d’Ille de Mérimée) et c’est ce qui m’a plu. Pendant une bonne partie du texte, les visions horrifiques se multiplient sans qu’une explication « terre à terre » puisse les expliquer mais en même temps, les héros sont un peu désorientés (surtout Morgane) alors s’agit-il du résultat de troubles psychologiques ? Mystère. Et même quand Hugo se livre à quelques expériences particulières, le doute persiste… jusqu’à la découverte des résultats. Je ne vous en dis pas plus mais vous conseille vraiment cette lecture si vous vous languissez d’atmosphères bien travaillées où le doute demeure pendant un bon moment…

auteur_sebastien_peguinL’autre gros point positif du texte – qui peut aussi être un point négatif pour certains lecteurs, tout dépend de ce que vous recherchez dans cette lecture – c’est l’aspect philosophique et surtout théologique apporté par l’auteur. Passionnés par les légendes locales (en Allemagne du sud-ouest donc), les mythes scandinaves, le culte de Dionysos ou même les textes bibliques, cette histoire horrifique pourra vous satisfaire. On sent le travail de recherche derrière le texte et l’on devine la formation « scientifique » (dans le sens « méthodique », « savante ») de l’auteur lorsqu’il insère des morceaux de légendes, des explications liées aux textes bibliques. Hugo, son personnage principal, étant chercheur en thèse (sa thèse concerne le culte Dionysiaque), c’est plutôt pertinent. J’avoue être un peu allergique à la philosophie mais suis très ouverte aux approches théologiques (mon cursus d’histoire de l’art m’a permis de découvrir ce domaine dans des religions diverses et variées, souvent anciennes et « éteintes ») et ai donc beaucoup apprécié les nombreux passages sur le sujet.
En revanche, je comprends que quelqu’un de moins passionné pourra trouver ces paragraphes assez longs et cassant un peu le « rythme » bien que dans Le Songe d’Adam, le rythme ne soit pas l’élément à retenir. En effet, si vous cherchez une lecture épique et regorgeant d’actions, mieux vaut passer votre chemin. Le roman de Sébastien Péguin est plus « contemplatif » et oui, « philosophique » que « dynamique ». Mais cette relative « passivité » de l’intrigue permet la mise en place de l’atmosphère et des éléments fantastiques donc… ne m’a pas gênée, bien au contraire !

Le seul regret que je peux avoir en prenant un peu de recul, réside dans ma relation avec les personnages, notamment les deux principaux : Hugo et sa fille Morgane. Je n’ai pas ressenti une grande empathie envers eux, surtout envers Morgane, que j’ai trouvée très « déconnectée ». Mais c’est sa personnalité un peu solitaire et en dehors de tout qui veut cela. Je me suis sentie un petit peu plus proche d’Hugo dans sa quête effrénée de la Connaissance, au détriment de tout le reste.
Ce ne sont pas des personnages auxquels on s’attache beaucoup puisqu’il y a comme une certaine distance entre eux et le lecteur mais je les ai tout de même trouvés assez bien croqués, avec des personnalités intéressantes. J’ai pris du plaisir à les suivre et étais très curieuse de connaître le dénouement et ce que l’auteur leur avait préparé.
En parlant de dénouement, j’ai vraiment beaucoup aimé celui-ci et il a parfaitement rempli son rôle. C’est ce que j’attendais (je n’avais pas deviné la fin mais en souhaitais une de cette trempe) et ai donc tourné la dernière page très satisfaite.

De façon très concrète, je n’oublie pas de signaler la mise en page du texte : chaque chapitre est introduit par une citation (d’origines diverses et variées) et la police change en fonction du « protagoniste ». Vous verrez très vite qu’Hugo entend la voix de sa défunte femme, voix retranscrite de façon particulière dans le livre. A priori, cela engendre des difficultés de lecture ; pour ma part, habituée à la correspondance à la plume, je n’ai pas été dérangée plus que ça. Mais ce ne sont que quelques phrases de-ci de-là, ne vous angoissez pas à ce sujet !

Le Songe d’Adam est une sorte d’OVNI dans mes lectures. Généralement habituée aux histoires plus « simplistes », plus en surface et moins matures, l’aspect très travaillé du fond (une intrigue fouillée, des références complexes) et de la forme (de belles descriptions conduisant à une atmosphère très marquée et marquante) a pu me surprendre légèrement au début mais a su me convaincre très rapidement. Je regrette juste ce léger manque d’empathie envers les personnages, mais c’est un ressenti très personnel.

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