Coraline de Neil GAIMAN

Coraline neil gaiman france loisirs
Coraline

de Neil GAIMAN
Editions France Loisirs,
2004, p. 145

Première Publication : 2002

Pour l’acheter : Coraline

Neil Gaiman, né le 10 novembre 1960, est un auteur britannique de romans et de scénarios de bande dessinée vivant aux États-Unis. Auteur prolifique et polyvalent, il a percé sur la scène du fantastique anglo-saxon grâce à sa série Sandman publiée par DC comics dans les années 1990.

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Stardust

♣ ♣ ♣

Coraline vient d’emménager dans une étrange maison et, comme ses parents n’ont pas le temps de s’occuper d’elle, elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien. Identique, et pourtant…

L’autre jour, en me baladant chez un tout petit bouquiniste lyonnais, je suis tombée sur cette édition étrange de Coraline, édition signée France Loisirs. Je ne l’avais jamais vue auparavant, mais depuis le temps que je cherchais ce titre de Neil Gaiman à petit prix… Il y a quelques mois, souvenez-vous, j’avais été déçue par Stardust du même auteur, lui préférant bien largement l’adaptation cinématographique de 2006 avec Claire Danes, Charlie Cox, Michelle Pfeiffer ou encore Robert de Niro… Je suis une grande fan du film d’animation de 2009 – signé Henry Selick (celui qui est à l’origine de L’Etrange Noël de Monsieur Jack, le copain de Tim Burton) – qui met en scène les aventures de cette petite fille, alors j’appréhendais assez la découverte du texte d’origine, ayant peur d’être à nouveau déçue par le texte de Neil Gaiman…
Je suis finalement assez mitigée par ma lecture et encore une fois, je dois avouer que je préfère la version sur grand écran (ce qui est souvent le cas en ce moment, bizarrement !)… Ce petit conte « gothique » reste tout de même agréable à lire, et ravira sans doute les fans du genre, mais il m’a manqué un petit quelque chose (allez savoir quoi !) pendant ma lecture, petit quelque chose que m’apporte, en revanche, le film d’animation… Allez, zoom sur mes impressions !

La petite Coraline – et non Caroline ! – est fille unique. Elle vient d’emménager, avec ses deux parents dans une maison, dans la « campagne » anglaise. Le bâtiment étant assez grand, il abrite plusieurs appartements, et donc plusieurs locataires plus ou moins étranges… à commencer par le voisin du dessus, Monsieur « Bobo », acrobate, dresseur de souris ! N’oublions pas les deux anciennes actrices dans l’appartement du dessous, deux vieilles dames à la beauté fanée mais toujours persuadées de leur talent et le chat noir qui rôde de-ci de-là ! Ses parents étant trop occupées par leur travail respectif, la petite fille s’ennuie et décide d’explorer la maison. Elle découvre une porte fermée à clef, donnant sur un mur de briques, cachant l’appartement d’à côté, inoccupé pour le moment.
Les jours passent, Coraline occupe ses journées tant bien que mal quand, un jour, elle trouve le passage d’un appartement à un autre libre (le mur de briques a disparu !). De nature très curieuse, l’enfant n’hésite pas, passe la porte, le couloir qui suit et débouche dans l’appartement d’à côté… elle y découvre… sa mère ! Mais non, ce n’est pas tout à fait sa mère, celle-ci à des boutons à la place des yeux, comme tous les habitants de ce monde parallèle… Ici, la vie est douce, ses parents aux yeux boutonneux jouent avec elle, s’occupent de tout, le père est musicien et la mère est une cuisinière hors-pair… Même les voisins de ce monde sont amusants et plein de ressources ! Mais n’est-ce pas un peu trop beau pour être vrai ? Qu’est-ce que toute cette perfection cache ? Peut-être bien une méchante sorcière qui attire les enfants à elle, pour pouvoir les dévorer !

J’aime assez le fait que toute l’intrigue se déroule dans un lieu fermé, dans un « huis-clos », dans la campagne (ou une toute petite ville) anglaise. En effet, à part quelques scènes dans le jardin autour de la maison, Coraline vit ses aventures dans celle-ci, ce qui donne une impression étrange, oppressante… terriblement prenante, à mon goût ! En revanche, alors que le film d’animation laisse penser que les évènements se déroulent rapidement, sur quelques jours seulement, Neil Gaiman fait durer un peu plus les choses, nous pouvons plutôt parler de semaines en ce qui concerne le texte d’origine. Et c’est un peu gênant à mon sens… Accélérer les choses comme le fait l’adaptation, accentue l’urgence et l’intensité de l’histoire, tout en gardant un côté très « réaliste » (si on peut parler de réalisme quand une petite fille découvre un univers parallèle dans sa maison…).
Petit détail que j’ai relevé chez Neil Gaiman, pour illustrer cette idée de temporalité liée à un certain « réalisme » : lorsque ses vrais parents disparaissent, Coraline attend des jours entiers, sans plus s’inquiéter que ça et sans rien faire de particulier… Je veux bien que cette petite fille soit particulièrement courageuse et débrouillarde ; mais bon, elle n’a qu’une dizaine d’années – et encore ! – (enfin, je pense, ce n’est jamais précisé !) et elle vit la situation particulièrement sereinement… Côté adaptation, ce passage est traité sur quelques heures à peine ce qui, à mon goût, est plus intéressant et dénote une urgence plus grande, une certaine gravité des évènements…

quelquesimagesdufilm animation coralineOutre ces « détails », j’avoue être assez déçue par les personnages proposés par Neil Gaiman, pas assez développés. Sans compter qu’un petit personnage que j’adore dans l’animation – Wybie, le petit voisin bavard et « collant » – n’existe même pas dans le texte d’origine ! Quelle déception ! Il est pourtant utile et d’une grande aide dans l’adaptation ! Alors lorsque j’ai lu certains passages, je me demandais vraiment comment Coraline allait s’en sortir sans lui ! Et comme Wybie n’apparaît pas chez Neil Gaiman, sa grand-mère non plus, et donc, par extension, nous n’avons pas de poupée « ensorcelée », ni d’explication concernant une possible petite sœur enlevée par la sorcière des années auparavant… Mais quel dommage ! Surtout qu’en y réfléchissant, cette poupée offre un visuel important chez Selick (ne serait-ce que le « générique ») ! Enfin bref, ce n’est pas particulièrement crucial cette histoire de poupée, mais j’aimais bien ce détail…
Pour, tout de même, aborder un point positif, Coraline – la jeune héroïne – est bien traitée par l’auteur et assez attachante. On ne peine pas à être ému par ses aventures et par ses sentiments, même si elle a parfois tout de la petite fille pourrie gâtée ! En revanche, j’ai trouvé que la relation qu’elle entretient avec ses parents étaient mieux mise en avant dans l’adaptation (oui, je compare encore !), dans laquelle on ressent vraiment un « abandon », dans laquelle on se rend vraiment compte à quel point l’enfant se sent seule et « rejetée » par ses parents, d’où son excursion dans le monde parallèle… Ici, certes, c’est abordé, mais assez légèrement… Oui, les parents semblent assez occupés par leur travail respectif, mais ils sont quand même là, présents ; la mère fait les courses, s’occupe des repas, le père plaisante,… c’est moins « horrible » et donc moins « touchant » !

Pour finir, quelques mots sur la forme de ce petit « conte ». Le texte est très court, à peine 150 pages dans cette édition offerte par France Loisirs et divisé en 13 (le nombre a-t-il été choisi consciemment par l’auteur ?) petits chapitres, décorés à chaque fois, par un petit en-tête en forme de silhouette de chat noir assis… Le tout se lit donc particulièrement rapidement, en à peine quelques heures. Ce n’est vraiment pas compliqué à lire, les plus jeunes pourront se lancer sans problème, s’ils le désirent. Et je trouve même le texte de Neil Gaiman plus abordable par les petits, que l’adaptation de Selick qui – comme L’Etrange Noël de Monsieur Jack -, peut faire un peu peur et n’est pas à mettre entre toutes les mains ! Je n’ai rien remarqué de particulier au niveau des descriptions ou des dialogues, si ce n’est que ces derniers ont souvent été repris dans le film d’animation (plus ou moins fidèlement). Il y a un peu d’humour et évidemment une sorte de petite morale, à l’instar de n’importe quel conte qui se respecte !

Ainsi, si vous avez l’occasion et un peu de temps devant vous, n’hésitez pas à vous lancer dans cette lecture. Ce n’est pas un coup de cœur et je continue à dire que je préfère l’adaptation animée, mais c’est quand même distrayant et l’intrigue est particulièrement originale !  Pour ceux qui n’ont pas encore vu le film d’animation, préférez peut-être commencer par le texte, pour ne pas être déçu par la suite…

2 pensées sur “Coraline de Neil GAIMAN

  • Ping : Titres (A - K) - Bazar de la Littérature

  • 14 mars 2015 à 18 h 05 min
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    J’ai une tendresse particulière pour ce conte, je crois que c’est le premier texte de Gaiman que j’ai lu et je possède d’ailleurs la même édition que toi. 🙂
    J’ai aussi adoré l’adaptation sauf en ce qui concerne… le personnage de Wybie. Ceci dit je comprends tout à fait pourquoi tu l’aimes. Si j’avais vu l’anime avant, peut-être d’ailleurs que je l’aurais plus apprécié, et puis j’ai trouvé sympas tous les rajouts à propos de la poupée.
    Mais Wybie me tape sur les nerfs et j’ai réalisé en fait que c’est parce que je trouve agréable qu’une fille n’ait pas besoin que quelqu’un d’autre soit là pour la sauver, ce que je le film casse un peu. Enfin, c’est juste un ressenti ça n’enlève rien au fait que le personnage reste débrouillard.

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