Sorcières, disent-ils ! de Juliette IHLER et SINGEON

Sorcières, disent-ils !
de Juliette IHLER
et SINGEON

Delcourt,
2021, 142 p.

Première Publication : 2021

 

Pour l’acheter : Sorcières, disent-ils !

 

 

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Torturées, noyées ou brûlées, les femmes accusées de sorcellerie, n’ont souvent eu pour seule malice que d’être trop puissantes ou trop libres, quand leur seul crime ne fut pas simplement d’être femmes.
Qui étaient les sorcières ?
À travers le récit de « coupables » emblématiques – la guérisseuse, la paysanne, la magicienne, la femme âgée ou indépendante -, se révèle l’histoire d’une misogynie millénaire et d’un système patriarcal renforcé par l’émergence du capitalisme. Aujourd’hui, c’est pour se réapproprier leur puissance que des féministes réhabilitent ces figures émancipatrices.


Mise en avant dans plusieurs publications professionnelles, cette BD signée Juliette Ihler (au scénario) et Singeon (aux illustrations) semblait très attendue et a priori plutôt très appréciée. Je n’ai donc pas hésité à la sélectionner lorsque je l’ai vue proposée dans une des dernières opérations Masse Critique de Babelio.

A travers la petite histoire de 4 amies : une aubergiste, une guérisseuse, une diseuse de bonne aventure et une paysanne, cette bande-dessinée donne à voir l’évolution des mentalités dans la grande Histoire : l’extrémisme religieux, la perte de libertés, la volonté de contrôler la médecine et le corps des femmes (entre autres)…
La délation des voisins et proches entrainait alors l’exécution quasi systématique des soi-disant coupables (grâce à des méthodes barbares). Ce sont ainsi des (centaines de) milliers de femmes qui sont mortes car jugées trop belles, trop laides, trop indépendantes, trop libres de leurs mouvements, trop ferventes croyantes ou au contraire pas assez présentes sur les bancs de l’église…
Un génocide organisé et appuyé par un traité devenu tristement célèbre (imprimé en milliers d’exemplaires) : le Malleus Maleficarum (Marteau des sorcières).

Je m’attendais à un titre destiné aux adolescents donc plutôt très abordable et ludique (même si la thématique ne se prête définitivement pas aux grands éclats de rire) mais j’y ai finalement trouvé beaucoup d’informations et énormément de référence ce qui peut rendre la lecture assez dense.
Ce n’est à mon avis, pas l’ouvrage le plus simple si vous souhaitez vous initier à cette thématique de la sorcière, figure féministe aujourd’hui revenue sur le devant de la scène. En revanche, pour qui est déjà un minimum renseigné sur le sujet, vous trouverez une mise en scène visuelle loin d’être inintéressante et peut-être quelques éléments nouveaux.
J’ai pour ma part aimé le lien fait entre l’apparition de la figure de la sorcière (et la chasse inquisitrice qui va avec) et la montée du capitalisme à l’arrivée de la Renaissance. Parce que oui, il n’est pas inutile de rappeler que le concept même de “sorcière” était absent du Moyen Age, période pendant laquelle les femmes étaient globalement plus libres et indépendantes qu’on a voulu nous le faire croire. Qui ça “on” ? Les hommes des Temps Modernes (la Renaissance) évidemment ! Ces gens qui ont remis l’Antiquité au goût du jour et surtout, qui ont placé l’être humain (surtout le masculin) au centre (ou plutôt au sommet !) de tout.

Ce choix de format BD a des avantages car rend les choses très visuelles et donc peut-être plus accessibles. Malgré tout, il a aussi ses inconvénients, notamment des raccourcis qui rendent le propos parfois brouillon et donc pas forcément très abordable !
On se place ici entre la bande-dessinée de fiction et l’essai documentaire : les vies de ces 4 femmes ont été inventées et suivent un fil narratif qui permettent au fil des pages, d’exposer des thèses relatives aux sciences humaines. C’est donc un entre-deux parfois un peu bancal.

A noter des dessins (et des couleurs !) assez particuliers qui ne convaincront sans doute pas tout le monde. Je n’ai pas été sensible aux traits des visages par exemple mais j’ai aimé le mouvement présent dans certaines illustrations, notamment lorsque l’artiste délaisse les vignettes pour un format plus libre et plus grand ; ces pleines pages sont, à mon avis, plus percutantes.

Sorcières, disent-ils ! ne me semble pas être un titre qui révolutionne le sujet ou que je conseillerais aux lecteurs novices qui souhaitent en savoir plus sur cette figure féministe de la sorcière et sur l’histoire qui l’accompagne. C’est malgré tout un livre illustré qui a sa place dans la vulgarisation de la thématique, notamment grâce à son format, entre la BD et l’essai documentaire. Cet entre-deux n’est pas parfait mais accroche l’œil et peut donner envie d’aller fouiller dans les nombreuses références citées. Intéressant donc mais pas si simple que ça !

 

2 réflexions sur “Sorcières, disent-ils ! de Juliette IHLER et SINGEON

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