Un Bûcher sous la neige de Susan FLETCHER

Un Bûcher sous la neige
de Susan FLETCHER

J’ai lu,
2013, 458 p.

Première Publication (vo) : 2010


Pour l’acheter : Un Bûcher sous la neige


Susan Fletcher est née en 1979 à Birmingham, en Angleterre. Elle a également vécu au Texas, dans l’Ohio, le Michigan, le Colorado et le Minnesota. Après avoir obtenu une maîtrise d’anglais à l’université de York, elle part pendant un an visiter l’Australie et la Nouvelle-Zélande. De retour en Angleterre, elle a fréquenté l’université East Anglia et obtenu une maîtrise en création littéraire. Avant de se consacrer à l’écriture, elle a effectué de nombreux petits boulots comme serveuse, libraire, ou encore correctrice. Elle est également enseignante dans un collège du Vermont, le M.F.A., où elle dirige un atelier d’écriture. Elle vit maintenant dans l’Oregon avec son mari et sa fille. (J’ai lu)


♣ ♣ ♣


Au cœur de l’Écosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse.
Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.


Un Bûcher sous la neige c’est un peu le titre phare des piles à lire hivernales. Celui qu’on retrouve quasi constamment. Et comme je ne fais pas exception à la règle, c’est pour accompagner mon hiver 2020/2021 que j’ai choisi de le lire. Qui dit titre qui remporte un grand succès dit grosses attentes en contrepartie. Alors, ai-je été convaincue par ce voyage en contrée écossaise ?… Oui, oui et oui. Définitivement oui.

S’il m’a fallu une petite soixantaine de pages pour m’habituer à la personnalité de Corrag et à sa narration, j’ai ensuite été totalement embarquée par son récit. C’est un personnage d’une simplicité et d’une bonté incroyables qui fait écho en moi de bien des façons.
Corrag évolue dans l’Écosse du XVIIe siècle, en 1692 exactement. On la rencontre alors qu’elle est emprisonnée pour motif de sorcellerie. C’est son interlocuteur – Charles Leslie – qui nous offre une première vision de celle qui est en face de lui : toute petite chose sale, remplie de vermines, l’œil mauvais, visiblement épouse du Diable. Et pourtant, dès leur premier entretien, les convictions du prêtre irlandais vont être mises à mal…
Car Corrag va lui (nous) livrer son histoire, chaque jour apportant un éclaircissement et une avancée dans son “aventure”, chaque chapitre nous rapprochant de son emprisonnement et, fatalement, de son exécution sur le bûcher.

Corrag se livre. Elle nous raconte que sa mère vivait en marge de la société, au Nord de l’Angleterre, très proche de la frontière écossaise. C’était une femme belle, libre de ses mouvements et de l’utilisation de son corps. Difficile à accepter pour la société conservatrice. Corrag n’a connu que la vie à l’écart, dans une petite maison très simple, souvent contrainte à encaisser les insultes : “putain” et évidemment, “sorcière”. Une mère qui ne ressemblait à aucune autre mais qui lui offrait pourtant, tout l’amour dont elle était capable.
A l’exécution de celle-ci, Corrag fuit. Sur le dos de sa jument, elle fonce vers le Nord, toujours plus au Nord. Parce que tout là-bas, au Nord-Ouest de l’Écosse, les clans des Highlanders se battent. Les conflits sont sanglants, quid de ceux qui veulent s’allier à Guillaume d’Orange et son protestantisme et ceux qui n’abandonneront jamais leur foi catholique et leur roi Jacques. Au milieu de ces préoccupations religieuses et politiques qui ne l’intéressent absolument pas, Corrag pense qu’elle passera inaperçue. Après tout, les écossais auront l’esprit déjà bien trop occupé pour se soucier d’une petite sorcière quasi invisible.
Mais Corrag, avec tout son bon cœur et sa naïveté, se retrouve témoin et actrice du massacre de Glencoe. C’est pour en savoir plus sur celui-ci que Charles Leslie lui rend visite chaque jour.

“J’étais plus riche que jamais, assise jambes croisées parmi les dernières digitales, à regarder une grosse abeille vivre sa vie. Elle s’enfonçait dans une fleur, il n’y avait plus que son derrière qui dépassait, elle s’arrêtait de bourdonner, puis elle ressortait lentement avec un bourdonnement plus fort et des ailes poudrées. Elle allait de fleur en fleur. Et moi qui l’observais pendant des heures, je pensais être plus riche grâce à elle que si on m’avait couverte d’or. Pauvre ? Non. Solitaire ? Un peu, au fond de moi.”

Contre toute attente, Corrag trouve une place au milieu des Highlanders qui jamais ne la jugent aussi durement que les humains avaient pu le faire jusque là. Ils ont conscience de sa bonté et de son don de guérisseuse. Elle reçoit donc sympathie et respect en retour de ses soins. Elle vit parmi eux les plus beaux mois de sa courte vie. Une vie légèrement à l’écart, dans une minuscule cabane construite de ses mains, se nourrissant très simplement de ce que la nature lui offre. Corrag se sent en sécurité et acceptée.
Elle a la capacité de voir la beauté en toutes choses et les descriptions qu’elle offre du monde qui l’entoure sont d’une justesse et d’une délicatesse incroyables. La lire, c’est être transporté dans les paysages sauvages de l’Écosse, c’est expérimenter une vie simple, sobre, mais heureuse. C’est ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure et se contenter des petites magies du quotidien.
Dire que j’ai été émue par le récit de Corrag est un euphémisme, elle m’a touchée en plein cœur comme l’est également Charles Leslie, son interlocuteur, qui ne sortira pas indemne de ses journées auprès d’elle (et le livrera à son tour à sa femme Jane à travers les lettres qu’il lui envoie)…

Un bûcher sous la neige est, sur fond de conflits écossais à la fin du XVIIe siècle, l’histoire de Corrag, une jeune femme dont Pierre Rabhi aurait pu s’inspirer pour sa sobriété heureuse. C’est un hymne à la beauté sauvage de l’Ecosse et à la figure réhabilitée de la Sorcière. Riche d’images et d’émotions : merveilleux !






2 réflexions sur “Un Bûcher sous la neige de Susan FLETCHER

  • 20 mars 2021 à 18 h 51 min
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    Je l’ai dans ma PAL depuis plusieurs années mais j’ai peur de me lancer. Peur de le trouver long…et ennuyeux.

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    • 20 mars 2021 à 22 h 39 min
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      Tu peux tenter mais si aux alentours de la page 100 tu n’accroches pas au récit, il y a peu de chances que la suite te fasse changer d’avis. Mais essaye quand même au moins la premier centaine de pages car il en faut bien au moins 60 pour s’immerger et quelques dizaines de plus pour s’attacher à la narratrice. 🙂

      Répondre

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