Le Peuple de l’Air, Tome 1 : Le Prince cruel de Holly BLACK

Le Peuple de l’Air, Tome 1 :
Le Prince cruel
de Holly BLACK

Rageot,
2020, 531 p.

Première Publication (vo) : 2018


Pour l’acheter : Le Prince cruel

Holly Black (née le 10 novembre 1971 à West Long Branch dans le New Jersey) est une romancière américaine de littérature fantastique pour enfants. Elle a grandi dans une maison victorienne (un manoir délabré) où sa mère lui racontait des histoires de fantômes et de fées.


Les Chroniques de Spiderwick


♣ ♣ ♣


Jude a 17 ans et vit à la Haute Cour de Domelfe dans le royaume de Terrafæ. Enlevée au monde des mortels lorsqu’elle n’était qu’une enfant et élevée avec ses sœurs parmi les puissants, elle a appris à se protéger des sortilèges et à se battre à l’épée. Pourtant, elle subit jour après jour les moqueries et les insultes. Car elle n’est qu’une humaine, vouée à la mort, dans un monde où règnent les Fæs, créatures sublimes, immortelles… et cruelles.
Personne ne la hait plus que le Prince Cardan. Le plus jeune des héritiers de la couronne semble décidé à lui nuire. Jusqu’à la tuer ? Mais Jude, elle, est prête à tout pour gagner sa place à la cour et reprendre le pouvoir sur sa vie.


Voilà un premier tome qui a déchaîné les passions. Gros succès éditorial aux Etats-Unis et en France, qui plus est dans un univers féerique (traditionnel) que j’affectionne particulièrement… Ma curiosité était grande, mes attentes non moins élevées… et je me suis pris les pieds dans le tapis. Quelle déception ! Mais surtout : pourquoi cet engouement autour de cette histoire assez classique qui met en scène le début d’une relation toxique digne d’un Cinquante nuances de Grey ?
On me souffle dans l’oreillette que le texte a d’abord été publié sur Wattpad… ceci explique peut-être cela. Enfin, de la part de l’autrice des Chroniques de Spiderwick (titre jeunesse que je trouve brillant !), ça me déçoit puissance mille.

Alors je commence sur les chapeaux de roue mais, à mon avis, tout n’est pas à jeter dans ce premier tome.
L’univers mis en place par Holly Black est maîtrisé, plutôt riche et intriguant. En même temps, la Faërie ça a l’air d’être son truc et elle connaît le folklore traditionnel (cf Les Chroniques de Spiderwick).
Intrigante l’est également l’histoire qui, il faut bien l’avouer, se lit sans grande difficulté et prend des allures de page-turner. Surtout dans la deuxième partie, alors que les choses s’accélèrent, alors que les machinations politiques se mettent véritablement en place et que se révèlent les retournements de situation. Voilà un aspect fantasy que j’apprécie, surtout au milieu de ces cours royales. Cela dit, l’autrice ne prend pas beaucoup de risques, c’est un peu vu et revu en terme de Faërie ; il suffit de jeter un œil au Songe d’une nuit d’été de Monsieur Shakespeare, vous verrez sans peine que Titania et Obéron – alias le roi et la reine des fées – ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de manipuler… bien accompagnés par les facéties de Puck.

Autre utilisation assez classique dans cette thématique : les personnalités des Faës. Magnifiques, très séduisantes aux yeux des humains, elles savent se montrer aimables… mais aussi particulièrement cruelles ! Les Faës ne connaissent pas la limite entre le Bien et le Mal (ou du moins s’en moquent complètement), elles utilisent donc les humains à leur convenance, comme des pions avec lesquels il est très amusant de jouer. Ce sont des figures ambiguës et toxiques. Je trouve qu’Holly Black nous offre des portraits réussis, rien à dire.
Je dirais même que Jude – notre héroïne – possède elle aussi une personnalité intéressante et plutôt bien traitée. Elle a 17 ans quand on la rencontre et elle bouillonne intérieurement de colère et de vengeance. Ce n’est pas une héroïne que j’ai particulièrement appréciée mais je reconnais sans peine que son portrait est maîtrisé.

Ben alors, si l’univers est cool, l’intrigue prenante et les personnages bien croqués… il est où le problème ?
Le gros problème de ce premier tome – et qui, semble-t-il, sera encore plus présent ensuite – réside, à mon sens, dans les relations qu’entretiennent les personnages. Enfin, particulièrement dans celles que nourrit Jude pour certaines personnes de son entourage.
Bon, déjà, pour vous placer le contexte et vous partager ce qu’on découvre dans le tout premier chapitre : Jude 7 ans, sa sœur jumelle Taryn et leur demi-sœur Vivi (un peu plus âgée et à moitié Faë), se font kidnapper après avoir assisté au meurtre de leurs parents. Elles sont enlevées par Madoc qui les emmène au royaume de Terrafae et les élève comme ses filles. Pendant 10 ans, elles grandissent dans ce foyer et suivent la même instruction que les enfants Faës mais restent des étrangères à leurs yeux. Des jouets fragiles et sans valeur.

Voir ses parents mourir et devoir vivre avec leur meurtrier dans un monde inconnu… bonjour le traumatisme. Les filles sont plus ou moins sous l’emprise de ce “père” et sont plus ou moins soumises à son contrôle. Comme à celui des autres Faës du royaume.
Les deux jumelles ont des personnalités diamétralement opposées. Taryn se plie aux usages, se fait discrète et baisse la tête face aux moqueries et harcèlement. Elle est assez insipide et je pense que son intérêt scénaristique s’arrête (en tout cas pour le moment) à montrer à quel point deux enfants (qui plus est deux jumelles, donc presque deux faces d’une même pièce) peuvent évoluer différemment alors qu’elles vivent les mêmes traumatismes.
Parce que oui, Jude, c’est tout le contraire. Elle bout constamment. Elle ne se laisse pas faire, elle n’accepte pas le traitement cruel qu’elle subit au quotidien. Son seul et unique objectif est d’apprendre à se battre mieux que les Faës pour devenir chevalier de la cour et donc ne plus jamais avoir peur et être dans une situation de soumission.

Dit comme ça, c’est prometteur. Jude semble être une héroïne badass qui prend son destin en main. Oui, mais non. Alors qu’elle subit des actes barbares au quotidien (elle manque de peu de mourir parfois !), elle va, petit à petit, ressentir une attirance pour son plus grand bourreau. Et pas juste une sorte d’hypnose qui pourrait s’expliquer par la beauté irréelle et le charme propres aux Faës ce qui, pour le coup, m’aurait paru assez crédible. Non. Elle va commencer à éprouver des sentiments (amoureux) pour lui et surtout, laisser entendre que ses actes sont pardonnables car, il a vécu une enfance malheureuse et tourmentée et a lui-même connu des sévices donc au fond c’est un grand gentil qui s’ignore. Christian Grey sort de ce corps !!! Mais non, non, non ! C’est TOXIQUE.
Je m’avance un peu car ce premier tome ne fait que suggérer ce qu’il adviendra ensuite, donc peut-être que je me trompe. Peut-être que la suite pourrait me faire revoir mon jugement mais j’ai bien peur que non. Et je trouve d’autant plus dommage d’introduire ce genre de relations malsaines dans une intrigue qui n’en avait absolument pas besoin et se suffisait largement à elle-même entre complots et vengeance. Pourquoi toujours ajouter une romance toxique – avec un soupçon de triangle amoureux pour que ce soit encore plus malsain et cliché – dans un titre Young Adult ?!

Sur le papier, cette série de Holly Black était plus que prometteuse et avait tout pour me plaire mais elle souffre des clichés vus et revus (et toxiques !!!) des titres Young Adult. Dommage que cette héroïne combattive et intéressante se retrouve dans une relation dérangeante (et inutile !), malheureusement devenue une norme du genre.

 

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