Le Goût du baiser de Camille EMMANUELLE

Le Goût du baiser
de Camille EMMANUELLE

Thierry Magnier (L’Ardeur),
2019, 224 p.

Première Publication : 2019

 

Pour l’acheter : Le Goût du baiser

 

Camille EMMANUELLE se consacre au journalisme et à l’écriture depuis 10 ans sur les sexualités, le corps, la culture érotique, les contre-cultures sexuelles, le sexe dans la culture pop, et le féminisme. Elle a écrit des reportages et des chroniques pour Le Huffington Post, Le Nouvel Observateur, Causette et Playboy. Elle a publié quatre essais : Paris Couche Toi Là (Parigramme, 2014), Sexpowerment, le sexe libère la femme (et l’homme) (Anne Carrière, 2016), Lettre à Celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite (Les Échappées, 2017), et Sang Tabou (La Musardine, 2017). Le Goût du baiser est son premier roman. (Thierry Magnier)

 

  

 

Aurore, une lycéenne, perd brusquement le goût et l’odorat suite à un accident. Bouleversée dans son quotidien et sa vie sexuelle naissante, la jeune fille trouve une échappatoire dans la boxe. C’est ainsi qu’elle fait la rencontre de Valentin qui l’initie aux plaisirs érotiques.


Rien ne me prédestinait à découvrir ce titre qui ne fait clairement pas partie de mon genre de prédilection. Et pourtant, curiosité professionnelle oblige, j’ai eu envie de me faire un avis sur cette nouvelle collection proposée par les éditions Thierry Magnier. Voilà comment la maison présente son « Ardeur » :

« LIRE, OSER, FANTASMER, trois mots qui résument l’ambition de la collection L’Ardeur. Depuis ses débuts, notre maison est fière de défendre une littérature courageuse qui s’intéresse à l’adolescence telle qu’elle est, avec ses zones d’ombres, ses excès, ses émotions exacerbées. Mais l’adolescence est aussi une période où le corps se métamorphose, où la vie sexuelle commence. Quoi de plus logique, alors, que d’ouvrir notre catalogue à des textes qui parlent de sexualité, de désir, de fantasme. L’Ardeur se pose résolument du côté du plaisir et de l’exploration libre et multiple que nous offrent nos corps. »

Une littérature qui s’intéresse à l’adolescence TELLE QU’ELLE EST. Voilà ce qui m’intriguait. Alors finalement, si le roman souffre de quelques clichés scénaristiques, il met effectivement en avant l’authenticité des émotions et des réflexions des futurs adultes ; notamment en terme de sexualité. Pari réussi.

Aurore, est une jeune héroïne lambda. Son quotidien est occupé par les cours, les ami.e.s et évidemment par les garçons, notamment un : le plus beau gosse du lycée. La routine suit son cours jusqu’au jour où la jeune fille sur son vélo, est renversée par une voiture. Un accident bénin en apparence mais le choc a des conséquences : la perte du goût et de l’odorat.
Aurore découvre les difficultés liées à ce handicap invisible. Elle se sent différente, anormale, a peur de faire un faux pas (et si elle transpirait et ne se rendait pas compte de son odeur corporelle au lycée ?), s’inquiète pour l’avenir si ce handicap s’avérait définitif (et si plus tard, vivant seule, elle n’était pas capable de sentir une fuite de gaz ou un début d’incendie ?) mais tente tout de même de donner le change et de continuer sa vie, comme si de rien n’était.
Si Aurore se crée elle-même des angoisses, sa nouvelle agueusie la met tout de même en danger lorsqu’en soirée, n’ayant plus aucun goût, elle multiplie les boissons alcoolisées, grisées par l’admiration qu’elle lit dans les yeux de se camarades, notamment dans ceux du garçon qui lui plaît. Et alors qu’il l’entraîne dans une chambre, sous pression pour ne pas se défiler et perdre sa popularité naissante et par culpabilité, pour ne pas laisser son partenaire insatisfait, elle se sent investi d’un devoir : l’adolescente consent à lui faire une fellation. Et avale. Ce qui ne manque pas d’être largement répété au lycée dès le lendemain et de lui valoir une toute nouvelle réputation dont elle se serait bien passée.

Aurore perd pied, subit un harcèlement de celui qu’elle admirait tant et se renferme sur elle-même. Elle a peur. Peur de passer à côté de plein de choses à cause de cet handicap. Peur de ne pas ressentir correctement les choses lors de sa première fois et donc, de tout louper. Sa meilleure amie Bintou la soutient mais la jeune fille bout de colère.
C’est par hasard qu’elle tombe sur un club de boxe et par curiosité qu’elle y entre pour la première fois. Sur le ring, elle découvre la sensation grisante de maîtriser son corps et d’être plus forte qu’il n’y paraît. Elle comprend que l’important ce n’est pas d’avoir un corps parfait vanté dans les magazines mais des muscles qui fonctionnent, la force de l’utiliser. Aurore change son regard sur elle-même, sur son enveloppe. Elle comprend, elle apprend.
Ce sont les paroles pleines de bon sens de son amie Bintou, déjà très renseignée sur des questions féministes et de sexualité, qui l’aident à évoluer ; mais aussi sa rencontre avec Valentin à la salle de boxe. L’attention, le soutien, la confiance et le respect qu’il lui porte.

« J’ai totalement changé mon regard sur mon corps, sur le corps, depuis trois mois. J’y suis plus attentive, depuis qu’il me fait défaut… J’ai aussi réalisé que nous, les filles, les femmes, nous étions obnubilées par l’aspect purement extérieur de notre corps. Par la peau, qui doit être sans cellulite, sans boutons, sans poils, sans marques. Toute lisse. Alors que ce que l’on devrait rechercher, et ce qui devrait être valorisé, c’est notre force. Notre corps n’est pas un joli emballage cadeau. C’est ce qui nous permet de marcher des heures quand on visite un nouvel endroit, de courir après le bus, de soulever des trucs, de porter des enfants quand on en a, d’affronter les emmerdes de la vie. De vivre quoi ! On n’est pas des petits objets de déco fragiles ! »

On peut évidemment regretter quelques clichés scénaristiques : la rencontre un peu facile entre Aurore et Valentin, la meilleure amie très très très renseignée malgré son jeune âge et l’évolution assez rapide de l’adolescente sur des thématiques féministes, entre autres…
En revanche, là où cette collection L’Ardeur tient ses promesses, c’est dans le traitement de la sexualité et des scènes de sexe. C’est cru, soyez prévenus. Mais ce n’est JAMAIS vulgaire. Et surtout, ce n’est JAMAIS édulcoré. C’est réaliste, authentique. A l’heure où la new romance et les influenceuses Instagram nous vendent des physiques, des vies, des expériences et des histoires d’amour idéalisées, Camille Emmanuelle met le doigt sur les détails de la réalité qui ne vendent pas du rêve mais que chaque lecteur-adolescent pourrait croiser. Merci Thierry Magnier pour cette ambition !

Je ne sais pas si j’aurais aimé lire ce genre de romans à 15 ou 16 ans mais aujourd’hui, adulte, je me rends compte de leur utilité. Mieux qu’un guide sexuel à usage des adolescents, Camille Emmanuelle pointe des thématiques importantes et le fait avec beaucoup d’authenticité. Rapport au corps, sexualité, homosexualité, harcèlement scolaire… c’est intelligent, efficace, vrai.

 

Une réflexion sur “Le Goût du baiser de Camille EMMANUELLE

  • 16 novembre 2020 à 1 h 35 min
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    Il a l’air très touchant !
    Je prévois d’écrire un article sur une personne qui a souffert d’agueusie, et lire ce livre pourrait m’en apprendre plus.

    Bonne semaine, Maureen !

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