La Capture de Mary COSTELLO

La Capture
de Mary COSTELLO

Seuil,
2020, 272 p.

Première Publication (vo) : 2019

Pour l’acheter : La Capture

Mary Costello est née et vit à Galway, en Irlande. Son premier roman, Academy Street (Seuil, 2015), a remporté le Irish Book of the Year Award et a été finaliste de l’International Dublin Literary Award, du Costa First Novel Award ainsi que de l’EU Prize for Literature. La Capture est son deuxième roman. (Seuil)

 

 

  

 

Luke O’Brien, professeur de lettres et spécialiste de Joyce auquel il rêve depuis des années de consacrer un livre, est en pleine crise existentielle, en proie à l’angoisse de la page blanche et aux tourments provoqués par une vie amoureuse compliquée. Il a quitté Dublin pour s’installer dans une vieille demeure à la campagne, au bord de la rivière Sullane, sur les terres familiales dont il est le dernier héritier, non loin de sa chère tante Ellen.
Un matin, une jeune voisine frappe à sa porte : Ruth. Coup de foudre. Soudain la vie reprend, s’emballe, s’illumine d’espoirs que Luke croyait à jamais disparus de son existence. Mais lorsqu’il présente la nouvelle élue de son cœur à sa tante Ellen, celle-ci réagit mal. Très mal. Et exige qu’il cesse immédiatement de la fréquenter. Pourquoi ? En cherchant à répondre à cette question, Luke va s’engager sur un chemin intérieur vertigineux.


Mary Costello est l’autrice du roman Academy Street, grandement apprécié lors de sa publication en 2014 (et 2015 pour la traduction française). C’est pourtant avec ce nouveau titre que je la découvre mais je crois bien être passée à côté de l’intention et du message. Dommage.

Luke O’Brien, trentenaire, se retourne sur les années passées et en fait un premier bilan. Paumé et sans véritable objectif d’avenir, il quitte sa fonction d’enseignant de lettres à Dublin pour se retirer dans le village de son enfance où il retrouve Ellen, une de ses tantes dont il a toujours été très proche. Il envisage d’écrire un livre sur le sujet qu’il maîtrise le mieux : James Joyce et son œuvre. Le quotidien est terne et sans intérêt, se limitant aux courses dans le SuperValu du hameau, aux rencontres régulières avec sa seule colocataire (une chatte qu’il oublie à chaque fois de faire stériliser et qui enchaîne les portées) et aux conversations monotones avec les quelques âmes vivant dans le coin.

Jusqu’au jour où une certaine Ruth vient frapper à sa porte, lui proposant l’adoption d’un chien orphelin. Elle le réveille, le secoue, le chamboule. Ruth est l’éclaircie au milieu du brouillard qu’est devenu son quotidien. Mais Ruth appartient à une famille bien connue de la tante Ellen, famille particulièrement détestée depuis des dizaines d’années. Alors Ellen est intraitable : Luke doit absolument rompre et s’il ne le fait pas, c’est elle qui rompra les liens familiaux avec son neveu.
Le trentenaire est tourmenté, déchiré entre une tante qu’il aime comme une mère depuis des décennies et son amour tout juste naissant pour une jeune femme qui le réveille de sa torpeur.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce roman est très contemplatif. Introspectif même. On y suit le quotidien de Luke, terriblement banal. Il accomplit chaque jour les mêmes gestes, à l’aveugle, par automatisme. Il se remémore son passé et celui des femmes de sa famille, se questionne sur sa vie amoureuse et sa sexualité. La première moitié du roman, bien que pas très passionnante, n’est pas non plus inintéressante et j’étais curieuse d’apprendre à connaître ce héros lambda. Mon intérêt allait même grandissant alors qu’Ellen dévoile le terrible secret qui explique sa haine pour Ruth et sa famille. Mais une fois celui-ci révélé (et toutes les questions non résolues), tout retombe comme un soufflé.
C’est une véritable cassure aussi bien pour Luke que pour le lecteur et cela se ressent notamment dans la forme choisie par Mary Costello dans la seconde partie du récit.

“Qu’essaie-t-il de faire remonter à la mémoire ?
Un souvenir aimanté par le soleil, le grain du bois et la cendre de cigarette. De l’index il tapote la cendre sur la surface de la table puis il malaxe les résidus entre l’index et le pouce, dans un mouvement de va-et-vient, enduisant de gris les volutes de ses empreintes digitales.”

Si la première partie laissait passer quelques émotions grâce à un discours indirect libre assez classique, la seconde n’utilise plus que le discours indirect, particulièrement froid et clinique. Chaque paragraphe suit alors le même schéma narratif : une question au sujet des agissements de Luke suivie directement d’une réponse très très très détaillée.
Un véritable exercice de style, directement emprunté, je pense, à James Joyce dont l’œuvre hante / habite Luke O’Brien. Tant et si bien que souvent, le quotidien de ce trentenaire est difficilement dissociable de ceux de Leopold Bloom et Stephen Dedalus, deux des figures créées par le célèbre écrivain irlandais. Les trois vies fictives sont liées ; on s’y perd un peu.

N’ayant pas encore lu James Joyce, j’avoue avoir été beaucoup moins sensible aux références et être sans doute passée à côté de certaines clefs de lecture. Ce qui explique aussi sans doute pourquoi cette Capture m’a finalement si peu passionnée. Un rendez-vous manqué, tant pis. Je tenterai tout de même son Academy Street à l’occasion !

 

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