Assez de bleu dans le ciel de Maggie O’FARRELL

Assez de bleu dans le ciel
de Maggie O’FARRELL

Editions 10/18,
2018, 552 p.

Première Publication (vo) : 2016

 

Pour l’acheter : Assez de bleu dans le ciel

 

Maggie O’Farrell, née en à Coleraine, en Irlande du Nord, est une romancière et journaliste britannique contemporaine. Dans ses œuvres, elle met l’accent sur la psychologie des personnages, ainsi que sur le va-et-vient incessant de la vie qu’elle symbolise par le biais des nombreux voyages accomplis par ses personnages et par son écriture fragmentée. (Wikipédia)

 

  

 

Une maison au bout d’une piste, à des kilomètres de tout. Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Daniel Sullivan est linguiste, il s’en va donner un cours à l’université avant de prendre l’avion pour les États-Unis, son pays d’origine, pour se rendre à l’anniversaire de son père qu’il n’a pas vu depuis des années.
À ses côtés, dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, sa femme Claudette et leurs deux enfants. C’est là, dans cette voiture, que Daniel apprend à la radio le décès de Nicola, son premier amour. Une cascade de souvenirs se déversent et une question : se pourrait-il qu’il soit responsable de sa mort ?
Le doute le ronge, implacable. Et une envie, deux en fait : découvrir la vérité sur Nicola ; revoir sa famille, son autre famille, ses deux grands enfants qu’il a abandonnés soudainement aux États-Unis dix ans plus tôt.
Mais comment dire tout cela à Claudette, cette ex-star de cinéma fantasque, passionnée, qui a choisi d’organiser sa propre disparition pour échapper au monde ? Comment lui révéler l’homme qu’il est véritablement ? Et que peut-il encore promettre, lui qui n’a jamais su que fuir ?


Depuis le temps que je souhaitais lire un titre de Maggie O’Farrell… Voilà qui est chose faite avec Assez de bleu dans le ciel, qui m’a totalement convaincue de lire bien d’autres livres de cette autrice !

Tout commence dans le Donegal, un des comtés les plus sauvages de l’Irlande. Daniel, sa femme et ses deux enfants quittent la maison au milieu de nulle part car il doit se rendre dans la capitale pour prendre un avion, direction New York. Son père fête son anniversaire, c’est l’occasion ou jamais de le revoir après tant d’années de séparation et de rancœur.
J’ai eu une énorme tendresse pour cette scène d’ouverture, pourtant si simple, mais qui sent bon l’Irlande. Cette voiture familiale, sur le minuscule chemin de terre qui relie la maison à la “grande” route. Chemin constellé d’une dizaine de barrières (sorte de “cattle grid”) pour lesquelles il faut à chaque fois descendre de voiture, ouvrir l’obstacle, laisser passer la voiture, refermer l’obstacle, remonter en voiture. Évidemment sous la pluie. Avec les enfants qui se disputent et hurlent à l’arrière. C’est un passage si authentique que je m’y croyais (et ça m’a encore plus donné envie d’y retourner) !

Qui est cet homme ? Qui est sa femme (baptisée Claudette) ? C’est ce que va nous raconter Maggie O’Farrell, avec force détails, beaucoup d’humanité et encore une fois beaucoup d’authenticité.
C’est une plongée pleine d’émotions dans la vie chahutée de ces deux êtres fragilisés. C’est l’illustration que les choix et les rencontres que l’on fait, les décisions que l’on prend, influent sur le reste de notre vie. Qu’aucun n’est anodin.
On comprend que derrière un homme/une femme que l’on pourrait croiser à un instant -T de sa vie ; c’est tout une accumulation d’événements plus ou moins (mal)heureux qui l’ont construit et qui font ce qu’il/elle est à ce moment présent. On comprend que les vies sont riches de beaucoup de petites choses et de quelques grandes et que toutes ont leur importance pour expliquer un parcours.

A travers une narration non-linéaire, nous découvrons le passé de ces deux amoureux autour desquels tous les autres personnages secondaires gravitent. L’autrice ne suit pas une ligne chronologique toute droite, non. Elle fait faire un peu de gymnastique à notre cerveau puisqu’elle passe d’une période à l’autre, d’un lieu à l’autre, revient en arrière, repart en avant et donne la parole à de nombreux personnages.
Les informations sont donc révélées au compte-goutte et j’ai parfois été plus que surprise de découvrir Daniel ou Claudette dans telle ou telle situation des années auparavant alors que rien ne le laissait présager dans le présent.

Assez de bleu dans le ciel est donc un roman polyphonique qui creuse en profondeur la personnalité de Daniel et Claudette et de ceux qui les entourent. On apprend à les connaître et à les apprécier. On souffre avec eux, on a du chagrin à leur côté et on est émerveillé (en tout cas moi) par l’amour qui les unit. Les difficultés apparaissent alors que leurs passés respectifs ressurgissent (Daniel rouvre des dossiers douloureux après avoir appris la mort de son premier grand amour), leur lien est mis à rude épreuve ; les scènes sont particulièrement intenses et émouvantes. Je garde en tête le moment improbable de leur rencontre, dans la campagne irlandaise alors que, aucun des deux ne semblaient être destinés à se trouver là à ce moment précis. C’est beau, touchant. Un peu comme la rencontre des deux héros dans le film PS: I love you.

C’était la première fois que je lisais du Maggie O’Farrell mais ce ne sera définitivement pas la dernière. Je trouve que l’autrice possède un talent certain pour raconter “l’humain”, pour construire des personnages complexes et les doter de sentiments et émotions très palpables, très authentiques. Le voyage n’est pas seulement entre l’Irlande, les États-Unis, la Finlande ou la France mais aussi et surtout dans la psyché humaine. Quelle belle réussite !

 

 

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