Le Chœur des femmes de Martin WINCKLER

Le Chœur des femmes
de Martin WINCKLER

Folio,
2011, 688 p.

Première Publication : 2009


Pour l’acheter : Le Chœur des femmes


Martin Winckler, pseudonyme de Marc Zaffran, né le à Alger, est un médecin militant féministe français connu comme romancier et essayiste. Évoquant souvent la situation du système médical français, il est également critique de séries télévisées et traducteur. Il est aujourd’hui citoyen canadien et vit à Montréal (Canada). (Wikipédia)


♣ ♣ ♣


Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de ” Médecine de La Femme “, dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre.


S’il y a bien un seul titre que je souhaitais lire cet été, c’était celui-ci. Et je l’attendais de pied ferme, curieuse de découvrir enfin ce Chœur des femmes dont la lecture a touché le cœur de tant de lecteur.ice.s…
Ce ne sera pas un coup de cœur absolu pour moi (un élément m’a un peu chagrinée) mais tout de même un livre impactant. De ceux dont on peut dire qu’ils produisent un petit déclic, changent un (grand) quelque chose dans notre vie.

Quasiment 700 pages au sein d’un service gynécologie. Et il s’en passe des choses dans ces couloirs. Pas toujours des très joyeuses mais parfois des amusantes et pratiquement toujours des émouvantes. Et c’est au travers des yeux de l’interne Jean Atwood que l’on va découvrir tout ça.
Et les yeux de Jean ne sont pas très tendres. Dès les premières pages, on comprend que la présence de l’interne dans ce service n’est pas du tout pour lui plaire. C’est même le bagne. Parce que ce qui l’intéresse, c’est opérer les femmes, faire de la chirurgie et notamment de la chirurgie réparatrice. Alors franchement, les consultations où les bonnes femmes se plaignent, ne comprennent rien à la médecine mais ont un avis sur tout et surtout, où les bonnes femmes s’épanchent sur leur vie privée… ce n’est clairement pas sa tasse de thé. C’est même la torture. Et c’est parti pour 6 mois.

Dire que Jean n’est ni tendre ni à l’écoute avec ses patientes est un euphémisme. C’est même douloureux pour les lecteurs et surtout lectrices, qui auront connu des situations similaires avec des spécialistes ne faisant preuve d’aucune humanité et bienveillance. Et vous savez le pire ? Le plus « choquant » ? C’est que cette haine des patientes, cette froideur impatiente et intéressée est déversée… par UNE FEMME !
Eh oui. Martin Winckler ménage le suspense pendant quelques dizaines de pages – la surprise n’en est que plus grande – mais le regard froid par lequel nous découvrons cette histoire est celui d’une femme. La meilleure de sa promo, sur-entraînée sur les bancs de la fac à comprendre le corps humain, à réparer les anomalies… mais jamais, ô grand jamais, à soigner l’humain. Jean (à prononcer à l’américaine, donc « djinn ») incarne tous ces médecins distants, qui prennent de haut, qui jugent mais qui jamais, ne font preuve d’empathie, de pédagogie et de bienveillance. Qui semblent oublier leur première vocation : être des SOIGNANTS.

C’est donc à travers Jean que nous arpentons les couloirs du service gynécologie et rencontrons les patientes en consultation. Les témoignages sont poignants d’authenticité, de simplicité mais aussi de souffrances accumulées et jamais écoutées.
Grâce à son nouveau mentor – qu’elle ne supporte pas – Jean va ouvrir les yeux et surtout, s’ouvrir aux autres. Bien sûr qu’elle devra continuer à faire preuve de neutralité et d’objectivité ; mais elle apprendra aussi à écouter celles qu’elle reçoit, à les soulager, à les accompagner, à les SOIGNER.
Le Chœur des femmes est un titre fort qui parlera à toutes celles et tous ceux qui ont un jour eu affaire à un médecin (spécialiste en médecine) peu empathique (et à mon avis, c’est quasiment 100% de la population). Car au-delà des pratiques gynécologiques plus que discutables – car bien souvent plus confortables pour le praticien que pour les patientes (ne serait-ce que la position d’auscultation… complètement différente en Angleterre !!!) – c’est l’ensemble de la profession médicale que l’on peut retrouver dans ces témoignages. Et ouvrir les yeux là-dessus, c’est nécessaire. C’est un peu douloureux, un peu choquant, mais nécessaire.

On ne voit pas passer les quasi 700 pages de ce roman et si on commence par détester Jean et son discours formaté antipathique, on apprend à la connaître et on est ému de son évolution. En revanche, et c’est là qu’arrive mon bémol, j’ai trouvé toute l’intrigue autour de la vie privée de Jean, beaucoup trop rocambolesque et pas crédible pour un sou (surtout dans les dernières pages). Alors que tout le reste – les témoignages – sonnait très juste, très authentique ; avec la vie de l’héroïne, on passe presque du côté du roman de plage où les coïncidences et les retournements de situations sont beaucoup trop gros pour être validés. Donc non, pas un coup de cœur absolu pour ce Chœur des femmes.

Titre nécessaire, Le Chœur des femmes apprend à son héroïne à ouvrir les yeux et à repenser son application de la médecine autant qu’il le fait pour ses lecteurs et lectrices. Merci à Monsieur Martin Winckler – ancien médecin – d’avoir fait et de faire preuve d’autant de bienveillance et d’empathie, d’être un soignant et non un traitant distant.






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