Chevauche-Brumes, Tome 1 de Thibaud LATIL-NICOLAS

Chevauche-Brume,
Tome 1
de Thibaud LATIL-NICOLAS

Mnémos,
2019, 311 p.

Première Publication : 2019

 

Pour l’acheter : Chevauche-Brumes, T. 1

 

Né en 1985, Thibaud Latil-Nicolas a eu la chance de grandir dans une maison aux murs recouverts de livres. Très tôt, il met un point d’honneur à épuiser les romans soigneusement amassés là par son grand-père et sa mère. C’est ainsi qu’il développe un goût prononcé pour l’Histoire en découvrant la littérature des tranchées, les mémoires du capitaine Coignet et les récits de Pierre Clostermann. Jusqu’à ce qu’un jour, il découvre de vieux exemplaires de récits imaginaires comme Michel Strogoff, le Cycle de Tschaï et le Hobbit. Un nouveau monde s’ouvre alors à lui et il se décidera enfin à fusionner ces différentes influences en se livrant à l’exercice de la plume. (Mnémos)

 

♣ ♣ ♣

 

Les aventures d’une troupe de mercenaires, les lansquenets, qui au sortir d’une énième bataille se voient missionner par leur suzerain pour enquêter sur un phénomène magique appelé la Brume d’encre. Cet orage qui, telle une montagne, bouche l’horizon à la frontière nordique, a fait naître en effet des créatures monstrueuses menaçant la sécurité de l’Etat.


En commençant cette troisième lecture pour le Prix Imaginales des Bibliothécaires, je désespérais un peu de trouver un titre à aimer dans cette sélection. Mais ouf, après quelques pages seulement, j’ai été embarquée dans cette chevauchée monstrueuse. Et s’il n’est pas exempt de petits défauts, ce premier tome a au moins eu le mérite de me happer assez pour me faire voyager. Pour ça, merci à Thibaud Latil-Nicolas.

Une brume qui rejette des créatures maléfiques

A la limite nord du royaume de ce monde créé de toutes pièces, une Brume « vivante » sert de frontière. Installée depuis des décennies, jamais elle n’a failli. Mais depuis quelques temps, elle semble se mouvoir et, traversée d’éclairs, elle rejette des centaines de créatures noires, monstrueuses et surtout très dangereuses. Le très jeune roi (qui n’est encore qu’un enfant) appuyé par son conseiller, envoie la 9ème compagnie en reconnaissance. La troupe de soldats est accompagnée, dans sa mission, par un mage et son apprenti et par une délégation de femmes guerrières envoyées par une suzeraine voisine.

Si l’arc narratif n’est pas exceptionnel d’originalité et de suspens, il réserve tout de même sa petite révélation surprenante dans les derniers chapitres et tient plutôt bien en haleine. Finalement, il ne s’agit pas tant de savoir qui va gagner entre les Hommes et les créatures inconnues (baptisées « mélampyges ») que de comprendre d’où elles viennent et comment s’en débarrasser !
Pour cela, les personnages se déplacent sur la carte vers la Brume mais très vite, deux groupes se forment : celui qui s’arrête dans une ville attaquée, prêtant main forte à la population locale pour tenter de résister au siège monstrueux ; et celui qui continue son chemin au plus près de la source créatrice des monstres pour rassembler le maximum d’informations (et pourquoi pas arrêter les frais, au passage).

Des personnages convaincants et crédibles
Thibaud LATIL-NICOLAS, portrait trouvé sur Babelio.

La grande force de ce premier roman réside, à mon avis, dans ses personnages, plutôt très bien croqués et convaincants. Les personnalités sont plutôt complexes et ne manquent pas de relief. En tout cas pour les membres de la 9ème compagnie. On peut déplorer un manque de développement du côté de la troupe « d’Amazones » et même du côté des mages, mais je pense que Thibaud Latil-Nicolas souhaitait essentiellement s’attarder sur la compagnie de soldats. Les autres personnages sont plus annexes mais ne m’ont pas paru inintéressants pour autant, bien au contraire.
J’ai eu l’occasion de lire des avis mitigés car leurs auteurs trouvaient le texte sexiste. J’ai l’impression de ne jamais interpréter les choses comme les autres mais lorsqu’on met en scène des personnages supposément misogynes (c’est le cas de quelques-uns des soldats ; alors oui ils ont un côté touchant/attachant et tous les soldats ne sont pas des sales types mais… ça me paraît juste… crédible) je ne vois pas comment on peut le faire sans des actes et paroles effectivement misogynes. Alors vous allez me dire « oui mais il faut que l’auteur dénonce ça ! ». Mais justement, je trouve que Thibaud Latil-Nicolas s’y évertue et ne le fait pas si mal. C’est peut-être un peu maladroit parfois mais je retiens quand même un discours qui prône l’égalité guerrière sur le champ de bataille, homme ou femme peu importe le sexe, seuls les talents au combat comptent (les Amazones) et les personnages misogynes sont remis à leur place. Alors oui, je suis d’accord, la place laissée aux figures féminines dans la narration est trop légère mais encore une fois, je pense que l’auteur voulait se concentrer sur la 9ème compagnie. Point. De toute façon, s’il avait donné une voix plus développée aux femmes, on lui aurait sans doute reproché de parler à tort et à travers de choses qu’il ne connaît pas car ne les vit pas. Bref.

J’ai trouvé ce premier tome très immersif. J’ai eu l’impression d’être au plus près de la troupe, ressentant les liens entre chacun d’eux : respect, loyauté, chicanerie, amitié, conflits, parfois réelle inimitié… mais principalement une camaraderie et une fraternité émouvantes au cœur d’un récit épique où l’urgence et le dangers dictent leurs lois.
De façon générale, j’ai aimé l’écriture de Thibaud Latil-Nicolas. Pour un premier roman, c’est très prometteur. Les descriptions – notamment sur le champ de bataille – sont imagées et rythmées et les dialogues sont efficaces.

Une opposition intéressante entre croyances et sciences

J’ai également beaucoup aimé la question soulevée par l’opposition entre le clergé et les mages, respectivement adeptes de la foi et de la science. Là où dans cette Brume, les premiers voient une colère divine, les seconds cherchent une explication naturelle et vont chercher des réponses à leurs questions.
Magie et science sont liées et se révèlent dans 3 ordres : les soigneurs, les bâtisseurs et les intercesseurs. C’est ce troisième ordre que le lecteur découvre essentiellement auprès de la 9ème compagnie puisqu’un mage et son apprenti prêtent main forte à la mission. L’occasion d’avoir une démonstration du don des intercesseurs, qui puisent dans des sources de pouvoir (naturelles) pour amplifier leurs capacités.
La richesse de ces ordres semble assez intéressante mais n’est que survolée ici. J’espère que Thibaud Latil-Nicolas développe un peu la question dans le tome suivant parce que cette idée de magie est séduisante.

Alors oui, c’est un premier tome et un premier roman perfectible mais à mon avis, très prometteur. Je ne me souviendrai pas à vie de cette lecture mais sur le moment, j’ai été emportée auprès des soldats de la 9ème compagnie, j’ai tremblé avec eux face aux monstres et j’ai été émue des situations qu’ils rencontrent. Et c’est déjà très bien.

 

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