Bird Box de Josh MALERMAN

Bird Box
de Josh MALERMAN

Editions Calmann-Lévy (Orbit)
2014, p. 372

Première Publication (vo) : 2014

 

Pour l’acheter : Bird Box

 

Josh Malerman est le chanteur et le parolier du groupe de rock The High Strung. Bird Box, son premier roman, a remporté le Michigan Notable Book Award. Il habite à Ferndale dans le Michigan. (Babelio)

 

♣ ♣ ♣

 

Malorie élève ses enfants de la seule façon possible : barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie. S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme. Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.


Je voyais Bird Box sur les blogs et les réseaux sociaux depuis plusieurs années mais ne m’y étais jamais véritablement penchée, je ne savais donc pas tellement à quoi m’attendre. Je ressors de cette lecture à la fois complètement bluffée, admirative, impressionnée par la maîtrise de la narration… et aussi un peu frustrée par les questions qui demeurent sans réponse lorsque l’on tourne la dernière page. Ce n’est donc pas un sans faute mais c’est sans conteste un livre qui reste dans les mémoires.

Dans le premier chapitre, le lecteur fait la connaissance de Malorie et de ses deux enfants de 4 ans, une fille et un garçon – auxquels elle n’a pas donné de nom. Ils vivent tous les trois isolés dans une maison qu’ils ne quittent jamais et dans laquelle toutes les ouvertures sont obstruées par des couvertures. La lumière naturelle ne doit absolument pas pénétrer à l’intérieur de la maison. Quand Malorie va puiser de l’eau au puits dans le jardin – seul moment où elle sort de l’abri offert par le bâtiment – elle le fait en aveugle, les yeux bandés. Elle ne doit absolument pas ouvrir les yeux à l’extérieur, elle ne doit absolument pas regarder.
Mais cette nuit-là, sa décision est prise. Le brouillard est là et va donc pouvoir cacher leur fuite. Elle réveille ses deux enfants et tous les trois quittent la maison, montent dans une barque et s’apprêtent à descendre la rivière sur 30 kilomètres, le tout les yeux bandés, seule et maigre protection contre… mais contre quoi d’abord ?

Josh MALERMAN, portrait trouvé sur Babelio.

C’est ce que l’on va petit à petit découvrir grâce à une narration à deux niveaux. La première est au présent et correspond à la fuite de Malorie et de ses deux enfants en barque pour rejoindre un refuge hypothétique et donc d’autres survivants. Entre deux chapitres dédiés à cette navigation à l’aveugle, Josh Malerman offre des flash-back qui reviennent sur les événements survenus ces quatre dernières années : de la première mort surprenante en Russie à la montée de la panique générale dans le monde entier.
A chaque fois, tout semble alors commencer par la vision de quelqu’un ou quelque chose. Celui ou celle qui voit, devient fou, s’attaque aux personnes physiquement proches et finit par se suicider. Les médias s’emparent des faits divers isolés et la psychose se met en place. Puisque c’est le fait de voir qui semble mener à la folie meurtrière, les gens se bandent les yeux et se barricadent chez eux. Malorie traverse toutes ces épreuves, pendant plus de quatre ans.

Tout au long du roman, les personnages – et donc le lecteur – avancent les yeux fermés, tous les autres sens en alerte. Ne pas voir – et donc ne pas avoir de descriptions visuelles – laisse la place à l’imagination, ce qui entraîne des scènes carrément angoissantes ! C’est là où l’auteur est très fort car tout est dans la suggestion et le lecteur retient son souffle à plusieurs reprises.
Je me souviens surtout de la scène du puits, une des premières qui nous est décrites. Un des survivants auprès duquel Malorie s’est réfugié, doit aller chercher de l’eau dans le puits, les yeux bandés évidemment. Il doit parcourir plusieurs mètres à l’aveugle, se guidant grâce à des points de repère placés au sol, tous ses sens aux aguets, imaginant que, peut-être, le danger n’est qu’à quelques centimètres de lui. Après tout, peut-être est-il entouré de dizaines de « créatures » malfaisantes qui n’attendent qu’un faux pas de sa part ? Il est tendu, tout comme lecteur ; alors lorsqu’un son retentit, c’est le sursaut ! D’où provient le bruit ? Qui l’a créé ? Et si en sortant le seau du puits il touchait quelque chose d’inconnu ? Et si en faisant le chemin inverse pour rentrer dans la maison il trébuchait sur quelque chose de non identifié ?
Josh Malerman joue avec notre peur du noir, de l’inconnu et avec notre imagination débridée. Toutes les hypothèses sont permises et l’angoisse est plus que jamais au rendez-vous ! Ça fonctionne extrêmement bien, de la première à la dernière ligne.

Malheureusement, on arrive à la fin du roman après l’avoir dévoré, sans avoir de réponses au pourquoi du comment. Quel est ce mal inconnu ? S’agit-il de créatures ? D’où vient-il ? Pourquoi ? Est-ce qu’il existe vraiment ou est-ce que c’est justement à force de suggestion et à cause de la psychose générale que les gens en sont arrivés là ? A de telles extrémités ?
Alors oui, l’important c’est le cheminement, le fait que les gens peuvent arriver à la folie à force d’enfermement, de pression et de suggestion… Je comprends que Josh Malerman n’ait pas souhaité apporter ces éléments qui auraient peut-être pu en décevoir plus d’un et qui, finalement, n’ont pas tellement d’importance pour expliquer l’évolution et les agissements de l’héroïne, mais je fais tout de même partie de ces lecteurs qui aiment avoir toutes les clefs lorsqu’ils referment un livre.
Je suis donc à la fois très admirative du travail de l’auteur et en même temps très frustrée de ne pas tout savoir, de ne pas tout contrôler… comme les personnages de l’histoire !

Une narration brillante. Ou comment raconter une histoire sans aucune description visuelle, tout en suggérant, tout en actionnant l’imagination du lecteur. Bravo pour le tour de maître !

 

3 pensées sur “Bird Box de Josh MALERMAN

  • 28 septembre 2017 à 21 h 57 min
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    Ce roman a complètement fonctionné sur moi ! Palpitations, pages tournées rapidement… Clairement, l’histoire a fait appel à un point sensible. Et je ne voudrai absolument pas être à la place (c’est ce que je me répétais en boucle durant la lecture avec « ohlàlà »). Je te rejoins, je fais partie des lecteurs qui aiment bien avoir toutes les clés sinon un maximum et cette fin laisse à désirer. Mais au vu des émotions traversées, j’ai tout de même trouvé ce roman très réussi.

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  • 28 septembre 2017 à 21 h 50 min
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    J’en ai eu le même ressenti que toi à la fin de ma lecture. Cependant, cette frustration a entraîné une déception pour ma part ! Alors certes, c’est important de faire son cheminement vis-à-vis de ce qu’il se passe, mais je trouve que ce livre aurait eu un peu plus d’impact si on avait eu le pourquoi du comment.

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  • 28 septembre 2017 à 21 h 15 min
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    Il faut que je le lise, il faut que je le lise, il faut que je le lise.
    Il était déjà dans ma wishlist, mais ta chronique fait super bien le travail pour qu’on ait envie de se ruer dessus. En plus c’est une lecture qui semble parfaite pour la période automne/Halloween. C’est tout à fait ma came, ça 🙂

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