Quelques minutes après minuit de Patrick NESS

Quelques minutes après minuit
de Patrick NESS

Gallimard,
2016, p. 357

Première Publication (vo) : 2011


Pour l’acheter : Quelques minutes après minuit


Patrick Ness, né le  à Fort Belvoir en Virginie, est un romancier anglo-américain, spécialisé en science-fictionet littérature d’enfance et de jeunesse.


♣ ♣ ♣


Depuis que sa mère a commencé son traitement, Conor, treize ans, redoute la nuit et ses cauchemars. A minuit sept, un monstre vient le voir, qui a l’apparence d’un if gigantesque, quelque chose de très ancien et de sauvage. Mais pour Conor, le vrai cauchemar recommence chaque jour: sa mère lutte en vain contre un cancer, son père est devenu un étranger, et il est harcelé à l’école. Au fil des visites du monstre, l’adolescent comprend que son vrai démon est la vérité, une vérité qui se cache au plus profond de lui, terrifiante.


Gros succès auprès des lecteurs, notamment avec le regain d’intérêt du à la sortie au cinéma de l’adaptation ces derniers mois, Quelques minutes après minuit m’intriguait mais sans plus. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais l’insistance des collègues et la beauté des illustrations ont eu raison de mes derniers doutes.

Avec ce court roman très largement – et brillamment – illustré, Patrick Ness nous offre (d’après les idées originales de Siobhan Dowd, prématurément décédée) l’histoire de Conor, 13 ans. L’adolescent est à une époque charnière de sa vie et doit composer avec bien des difficultés que la plupart de ses camarades de classe ne peuvent imaginer : sa mère est atteinte d’un cancer, son père a fondé une nouvelle famille aux Etats-Unis et ne fait plus tellement partie de sa vie et sa grand-mère maternelle joue les tyrans. Même au collège rien ne va car depuis que l’annonce de la maladie de sa mère s’est ébruitée, plus personne ne le traite de la même façon : les enseignants lui laissent tout passer, ses “ami(e)s” le regardent en coin et les caïds du coin l’ont pris en grippe.
Pire encore, chaque nuit, Conor cauchemarde. Et chaque nuit, à minuit sept, le monstre apparaît à sa fenêtre. Sous la forme d’un if gigantesque, il approche et semble attendre quelque chose. Il a répondu à l’appel à l’aide de l’adolescent et est venu lui raconter trois histoires. Lorsqu’il aura terminé, Conor devra en raconter une quatrième, son histoire à lui, sa vérité.

Derrière l’aspect “surnaturel” et l’apparition du monstre végétal, se cache évidemment une métaphore. Patrick Ness parvient ainsi, de façon détournée, à proposer des thèmes très durs aux plus jeunes lecteurs : la maladie, le divorce, le harcèlement scolaire et évidemment la mort d’un être cher et l’acceptation de celle-ci.
En parcourant Quelques minutes après minuit et notamment les trois histoires offertes par le monstre, j’ai eu l’impression de plonger dans les Contes de Beedle le Barde. Celui des Trois frères plus précisément mais l’impression a peut-être été accentuée par les illustrations de Jim Kay qui ne sont pas sans me rappeler les ombres et déliés qu’ont pu utiliser les créateurs dans l’adaptation du “huitième” volet de Harry Potter au cinéma. D’ailleurs, juste au passage, Jim Kay est à l’origine des magnifiques et nombreuses illustrations que l’on peut trouver dans les rééditions de la série de J. K. Rowling dont seuls les deux premiers tomes sont à ce jour sortis.

Patrick NESS.

J’ai aimé cette utilisation du monstre et la morale qu’il apporte petit à petit à Conor – et aux lecteurs – à travers ses histoires. J’ai aimé qu’il prenne la forme d’un if gigantesque, neutre, ni bon ni mauvais, juste sans âge et plein de sagesse. J’ai aimé le cheminement de cette histoire, le quotidien de notre héros qui glisse petit à petit vers le chagrin et j’ai surtout beaucoup apprécié la chute, la vérité le concernant. C’est très réaliste et très émouvant.
Patrick Ness a trouvé l’équilibre entre l’émotion sincère, l’empathie pour son héros et un pathos trop développé qui pourrait nuire à son message. C’est brillamment conté, aussi bien pour les petits que pour les grands.

Mais je dois avouer que même si j’ai beaucoup apprécié le texte et son message, les illustrations ont elles aussi beaucoup joué dans mon appréciation. Oui, c’est sombre et parfois un peu inquiétant, mais j’adore le mouvement et la “vie” (bizarrement) qui se dégagent de l’ensemble.
Il ne me reste plus qu’à jeter un œil à l’adaptation, a-t-elle réussi à retranscrire l’intensité et l’émotion de cette histoire ? (Rien que pour Liam Neeson dans le rôle de l’if, ça m’interpelle !)

Beaucoup d’albums et de courts romans traitent de ces sujets difficiles que sont la maladie et la perte d’un être cher mais rares sont ceux qui, à mon avis, traitent de ce que ressentent vraiment – sans honte – ceux qui restent. Patrick Ness y parvient avec poésie et métaphores. Beaucoup de sensibilité et de réalisme dans cette histoire que je conseille aux jeunes et aux moins jeunes lecteurs.


5 commentaires sur “Quelques minutes après minuit de Patrick NESS”

  1. Je l’avais lu en format poche et j’ai tellement adoré que je l’ai acheté en beau livre, il a eu un prix pour les illustrations d’ailleurs.

  2. Je n’ai pas lu le livre, mais j’ai vu son adaptation filmique, et j’ai eu les larmes aux yeux à plusieurs reprises tant il est touchant et le casting impeccable. Le film sait créer ses ambiances, et les séquences d’animation pour les histoires contées par le monstre sont sublimes.
    Mais rien que pour la voix de Liam Neeson en V.O, ce film vaudrait le coup. C’est un très, très joli film.
    Et il m’a tellement donné envie de lire le livre, qui a l’air d’être au moins aussi bien. Ta chronique renforce l’impression 🙂

  3. J’ai beaucoup apprécié te lire au sujet de cet album qui m’intrigue depuis un petit moment maintenant. Il me semblait avoir beaucoup entendu parler de la place de la métaphore dans cette oeuvre et de tout ce qu’elle permettait d’aborder.
    Merci de ton avis et je suis ravie de te retrouver sur cette plate-forme moi qui débute sur la blogo et qui n’y comprend au final pas grand chose ( ça viendra, je suis persévérante 🙂 ) !

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