La Trilogie des Elfes, Tome 1 : Le Crépuscule des Elfes de Jean-Louis FETJAINE

La Trilogie des Elfes, Tome 1 :
Le Crépuscule des Elfes
de Jean-Louis FETJAINE

 

Belfond,
1998, p. 372

Première Publication : 1998

 

Pour l’acheter : La Trilogie des Elfes, Tome 1

 

Jean-Louis Fetjaine, de son vrai nom Jean-Louis Festjens, né en , est un journaliste, éditeur et auteur français. (Wikipédia)

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Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n’était qu’une sombre forêt de chênes et de hêtres, peuplée d’elfes et de races étranges dont nous avons aujourd’hui perdu jusqu’au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes, des êtres pleins de grâce à la peau d’un bleu très pâle, qui savaient encore maîtriser les forces obscures de la nature. Ce livre est le récit de leurs dernières heures, depuis la rencontre du chevalier Uter et de Lliane, la reine des elfes. L’histoire d’une trahison et de la chute de tout un monde, d’un combat désespéré et d’un amour impossible. Ce fabuleux roman établit un pont entre l’univers des légendes celtiques, la fantasy et le cycle arthurien.


Fetjaine a eu dans ma vie, un impact quasi similaire à Barjavel. C’est dire. Tous les deux découverts à l’adolescence, ces auteurs ont été fondateurs sur bien des points, aussi bien pour les réflexions que leurs récits ont entraînées que pour l’imaginaire qu’ils m’ont offert. Ils ont notamment posé les bases de l’anticipation, les codes de la fantasy et du mythe arthurien dans mon esprit. Bases et codes qui n’ont ensuite fait que s’épanouir et qui font totalement partie de ma personnalité aujourd’hui, quinze ans plus tard. Des auteurs fondateurs, je vous dis.
Malgré tout, si à 15 ans on absorbe tout ce qu’on lit, à 30 ans on le digère ; la relecture m’angoissait donc un poil… et si par malheur cette Trilogie des Elfes me décevait à l’âge adulte ? L’émotion a rejailli dès la redécouverte du magnifique prologue et j’ai retrouvé les scènes fortes de ce premier tome comme si elles n’avaient jamais vraiment quitté ma mémoire. C’était génial à 15 ans, ce fut grandiose à 30. Il ne me reste plus qu’à (re)lire tous les autres romans de Monsieur Fetjaine.

La Trilogie des Elfes c’est ce mélange évident de la légende arthurienne, de la mythologie celtique-irlandaise (les Tuatha dé Danann) et de la matière nordique que l’on a appris à connaître car elle a été “vulgarisée” par Monsieur Tolkien (les créatures merveilleuses telles que les elfes ou encore l’anneau de pouvoir qui rend invisible). Si je dis “évident” c’est que oui-mais-c’est-bien-sûr la matière de Bretagne s’inscrit parfaitement dans le merveilleux médiéval mais qu’il ne manquait qu’un petit rien pour y ajouter les elfes-nains-gobelins et comment ça se fait que l’on n’y ait pas pensé avant ?! Surtout que certaines figures de la légende, de nature ambiguë, trouvent alors des origines dans ce merveilleux nordique et celte… et évidemment que ça fonctionne ! C’est même cette insertion des elfes et autres éléments “fantasy” qui permet d’expliquer – d’une façon nouvelle – quelques points de la légende arthurienne, mais ça, on le comprend au fil des tomes suivants, pas forcément dans ce premier opus.

Jean-Louis FETJAINE.

Premier opus qui débute un peu comme une “redite” du Seigneur des Anneaux : une communauté composée de plusieurs représentants de chaque race (Hommes, Elfes, Nains) qui partent en quête de réponses suite au meurtre du roi des Nains sous la montagne. Un Elfe gris (des marais) est largement soupçonné, non seulement de l’assassinat mais également du vol d’objets précieux. Derrière cette expédition, le lecteur découvre très vite que personne ne joue franc jeu dans cette histoire, à part peut-être les Elfes qui, naïvement, sont peut-être les seuls à vouloir rendre justice dans les règles. Si les Nains ne sont pas franchement des tendres et qu’ils ne sont pas en reste quand il s’agit d’éliminer leurs ennemis de toujours (les Elfes), la palme d’or des manipulateurs (disons plutôt des “gros connards”) revient tout de même – et haut la main – aux Hommes, race qui voudrait bien dominer le monde. Pour ça, rien de tel qu’un bon massacre des autres peuples, ni vu ni connu.
Derrière la fantasy, moi je perçois des thèmes comme le racisme et l’intolérance face aux cultures qui sont différentes (physiques étranges, traditions incomprises, religions…) et avec cette Trilogie des Elfes, on a à nouveau un bel exemple des travers des Hommes. Et moi ça me touche. Énormément. Comme avaient déjà pu le faire des textes – eux aussi fondateurs pour moi – tels que Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley et la trilogie des Descendants de Merlin de Irene Radford, plus tournés vers les conflits religieux (entre anciennes traditions païennes et nouvelle religion chrétienne) mais tout aussi forts en terme de fanatisme et de folie humaine finalement.

L’émotion est très présente dans ce premier tome et ce n’est que le début car l’on commence tout juste à faire connaissance avec les personnages. Certains prennent rapidement plus de place que d’autres, tous apportent un petit quelque chose, tous ont leur place dans le récit.
Évidemment, la part belle est faite à Lliane, la reine des Hauts-Elfes que l’on rencontre dès le premier chapitre, premier chapitre que je n’avais pas oublié malgré les quinze années écoulées entre les deux lectures. C’est une figure que j’aime beaucoup mais il faut dire que j’apprécie énormément le traitement des Elfes par Fetjaine. On y retrouve beaucoup des traits adoptés par Tolkien avant lui : des créatures sur lesquelles le temps n’a pas vraiment de prise (pas plus que les autres éléments), grandes et élancées, aux oreilles pointues, versées dans les arts (travail de l’argent par exemple). L’auteur français leur offre une peau bleutée (virant sur le gris pour les Elfes des marais), une mélancolie plus accentuée et un lien encore plus fort avec la nature, très animal, un côté quasi druidique qui me séduit énormément. Ce n’est que le début mais Lliane évolue déjà dans ce premier tome, elle s’adapte aux situations et en apprend finalement beaucoup sur elle-même.

Autour d’elle évoluent d’autres Elfes mais aussi des représentants du peuple des Nains (petits, barbus, prisant plutôt la hache et vivant dans des tunnels sous les montagnes), des Hommes (beaucoup trop nombreux si vous voulez mon avis) et même un immense guerrier barbare.
Tout ce petit monde cohabite – ou non – lors de l’expédition et des rapprochements étonnants (malgré les différences culturelles) ou des inimitiés assumées apparaissent. Et là encore, ce sont ces interactions, ces relations qui m’intéressent et m’émeuvent beaucoup car derrière les mots propres à la fantasy (“elfes”, “nains”, “gobelins”…), je pense que tout est finalement très humain et que l’on peut transposer tout ça à des choses et des situations qui nous sont très contemporaines à nous, Hommes du XXIe siècle.

Historien médiéviste et philosophe de formation, Jean-Louis Fetjaine sait jouer avec les mots et construire des scènes qui tiennent la route. C’est visuellement assez fort et donc très perceptible voire palpable. Je me suis sentie transportée dans ce monde qui aurait pu être le nôtre au Ve/VIe siècle (époque admise par les spécialistes de la légende arthurienne), c’est fascinant et j’ai adoré ça !

Emouvant, intense, fascinant… il me tarde de relire les tomes suivants !

 

 

7 thoughts on “La Trilogie des Elfes, Tome 1 : Le Crépuscule des Elfes de Jean-Louis FETJAINE”

  1. Tu peux faire retomber la pression, Le Crépuscule des Elfes est lu et j’ai passé un très bon moment 🙂
    Si j’ai un peu regretté qu’on retrouve le cliché du barbare un peu concon avec peaux de bêtes et grosse épée, ou parfois le manque de subtilité dans l’écriture des humains (du côté des méchants, surtout), ou encore des petits détails comme les faits qu’on puisse parfaitement cacher une armure sous une tenue de page ou qu’Uter garde pendant une large partie du récit son armure complète même quand c’est complètement ridicule, inconfortable et pas pratique de la garder ; tout ceci n’était cependant pas suffisant pour gâcher le plaisir de cette lecture.
    J’ai en revanche aimé que presque tous ne jouent pas franc-jeu et aient des motivations cachées, j’ai littéralement adoré tout ce qui avait rapport à la culture elfique, leur mode de vie, etc., et le personnage de Lliane est très intéressante à suivre dans son évolution et un des (voir le) meilleurs personnages du roman. D’ailleurs, sa scène d’introduction avec le chasseur de grenouilles est à la fois fascinante et redoutable, très marquante en tout cas.
    J’ai aussi trouvé les nains assez charismatiques (j’ai beaucoup aimé Tsimmi), et leur passé et culture sont également très intéressants.
    J’ai aimé aussi les messages sur l’intolérance raciale, sur les manipulations pour attiser la haine et la méfiance, un peu aussi sur la religion, qui sonnent forcément très actuels. De plus, la fin ne cède pas à la facilité, et je suis curieux de voir comment ça va se passer pour la suite. Bref, le rendez-vous est pris pour les deux autres tomes avec un certain plaisir !
    Alors un grand merci à toi et tes pouvoirs de persuasion 🙂

  2. Salut 🙂
    Ma première série arthurienne 😀 J’avais vraiment beaucoup aimé (même si la fin m’avait un peu déprimée car elle n’était pas ce que je voulais). Ton point sur le racisme et l’intolérance est très juste !
    Je comprends ton appréhension avant ta relecture ! C’est toujours angoiçant de relire un coup de coeur ^^ Personnellement je l’ai fais avec trois séries :
    – Harry Potter (pas besoin de commentaires je crois ^^”),
    – L’ombre des vampires : mon premier roman du genre qui est, à mon sens, une excellente romance, adolescente sur les vampires. C’est d’ailleurs la seule que j’ai aimé. Ce livre n’est pas assez connu à mon goût…
    – le tome 1 d Le livre des étoiles (un de mes plus gros coup de cœur d’enfance… Mais voilà, à 25 ans (si je me souviens bien XD) c’est moins bien passé… Le livre est décidément trop jeunesse pour moi car si j’aime toujours autant les idées et l’univers, les personnages me semblent incroyablement agaçants et les actions vraiment pas assez travaillées/détaillées/approfondies. Je continue tout de même à le conseiller aux jeunes car je pense toujours qu’il s’agit d’une super série pour les jeunes lecteurs !
    Bises

  3. Waow, une très belle chronique passionnante, à l’émotion palpable, qui me vend définitivement le bouquin (et de la plus belle des façons) si ce n’était pas déjà fait.

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