Belladonna de Cécile GUILLOT

Belladonna
de Cécile GUILLOT

Editions du Petit Caveau,
2015, p. 235

Première Publication : 2010 à 2015

 

Pour l’acheter : chez l’éditeur !

 

Cécile Guillot, née en 1982, est une lectrice assidue depuis sa plus tendre enfance, mais elle ne prend la plume que sur le tard, en 2009, et un peu par hasard. Les retours positifs l’incitent alors à continuer… Diplômée en psychologie et psychanalyse et passionnée de fantastique, elle aime à tisser des petites histoires où se mêlent folie et surnaturel, mais ne dédaigne pas quelques incursions du côté du merveilleux. Elle a créé le collectif d’auteur Les enfants de Walpurgis puis les Editions du Chat Noir et quand elle n’écrit pas, s’arme de sa tablette graphique pour mettre en images les univers sombres ou parfois plus féeriques qui l’habitent ou pour réaliser des couvertures de romans.

Fille d’Hécate : Tome 1, Tome 2 et Tome 3 
Les Tribulations d’une gothique amoureuse 
Quintessence hiémale 

 

♣ ♣ ♣

 

Fleurs aux senteurs enivrantes et baies charnues à la drupe colorée; autant de promesses d’un plaisir sucré ou acidulé estompent la menace d’un poison pourtant parfois bien réel. Telles sont les histoires que renferme ce recueil, déposant sur vos esprits, avec une innocence suspecte, leur poésie vénéneuse. Des héroïnes fragiles au destin immuable et des créatures encore plus torturées que leurs proies composent le monde mélancolique de Cécile Guillot.
Belladona vous invite à le découvrir à travers le prisme de ses belles dames et de leur venin tantôt hypnotique, tantôt mortel.


En lisant le terme de « belles dames » dans la quatrième de couverture, je m’imaginais entrer dans un recueil dans lequel je côtoierais des fées. Ce qui n’a pas été le cas et ce que je regrette un peu même si, toutes les héroïnes rencontrées tantôt sorcières, tantôt nymphes sont toutes aussi séduisantes et dangereuses que les « belles dames sans merci » décrites par Keats.

C’est une bonne vingtaine de nouvelles que Cathy et moi avons découvertes lors de notre lecture commune et nos impressions ont sensiblement été les mêmes sur chacune d’elles. Si nous avons apprécié notre voyage grâce à la fluidité et l’efficacité de la plume de Cécile Guillot, nous avons tout de même ressenti un certain déséquilibre entre les différents textes.
Ce recueil est en fait un regroupement de toutes les nouvelles écrites par l’auteure depuis 2010 (et notamment deux recueils publiés précédemment : A l’ombre des pleurs et Là où s’élèvent les sorcières). Il est donc normal de constater une évolution dans la construction des récits et dans le traitement des personnages. Mais comme le recueil ne suit pas un ordre chronologique de publication mais est formé de trois grandes parties thématiques, l’on peut passer d’une nouvelle mature et très efficace à une histoire plus ancienne, moins aboutie et plus maladroite. C’est un peu les montagnes russes.
A noter que c’est surtout la deuxième partie (Là où s’élèvent les sorcières) qui nous a le moins convaincues avec des histoires un peu trop superficielles, des héroïnes trop peu développées et des intrigues finalement trop précipitées. Dommage.

Malgré tout, une belle sensibilité se dégage de l’ensemble et l’on découvre quelques thèmes chers à Cécile Guillot : la maternité en tête, la sorcellerie évidemment et finalement tout un panel de personnages très mélancoliques. On ne peut pas dire que ces histoires soient franchement joyeuses… d’ailleurs je crois qu’aucune ne se termine « bien ». Les héroïnes font des rencontres déterminantes et si elles peuvent avoir l’illusion du bonheur pendant un court instant, le destin les rattrape rapidement.

Cécile GUILLOT, portrait trouvé sur le site de Nice Fictions.

Je ne vous citerai pas toutes les nouvelles individuellement car vous parler de chacune (20 !) serait un peu trop long, sans compter que certaines n’excèdent pas les 3 pages, il est donc difficile de trouver quelque chose à en dire. Voilà plutôt un petit aperçu de mes préférées, dans l’ordre de lecture et non de préférence :

  • De larmes et de sang : la nouvelle qui ouvre le recueil et qui est sans doute une des plus longues de celui-ci (62 pages). Un vieux manoir aux abords d’une forêt, un vampire civilisé aux prises avec sa folie sanguinaire… c’est très XIXème dans le thème, peut-être un peu plus moderne dans le traitement mais ça fonctionne. Je regrette un peu que les personnages secondaires ne soient pas plus utilisés et que l’atmosphère inquiétante du vieux manoir ne soit pas davantage mis en avant. La chute n’est pas une grosse surprise mais elle donne le ton. Tout le reste du recueil sera du même acabit.
  • Coeur de cristal : on sent les influences de la série Charmed avec cette Wicca qu’affectionne Cécile Guillot. Là, pour le coup, j’ai été surprise par la chute. Je m’attendais à une entourloupe, mais pas aussi prononcée. Court mais bien mené !
  • La Fille aux barbelés : après Charmed, je pense qu’on peut trouver ici des accents burtoniens. Des héros tout déglingués (cf L’Enfant huître) et parqués dans une vieille décharge dans un monde futuriste qui fait froid dans le dos. Beaucoup d’émotions dans cette histoire et encore une fois, la preuve que l’être humain fait parfois preuve d’une intolérance insupportable.
  • Une petite fille si attentionnée : voilà une héroïne bien jeune qui fait froid dans le dos ! Vous savez, ces enfants sociopathes qui ne ressentent rien et n’ont donc pas conscience du Bien et du Mal et qui en arrive à momifier leur animal de compagnie pour le plaisir de l’expérience et de la science ? Voilà.
  • Elisabeth : c’est la nouvelle que je retiens le plus de la partie (et donc ancien recueil) Là où s’élèvent les sorcières car son contexte m’a plu : Angleterre victorienne, auprès des plus puissants du royaume. Comment, dans l’ombre des gens d’importance, une personne de pouvoir peut ou non influencer l’ordre des choses, consciente ou non de ses actes ? Voilà un court texte qui m’a rappelé d’autres intrigues de cours, en d’autres temps, par exemple celles du Lit d’Aliénor imaginées par Mireille Calmel (lecture adolescente intense !).
  • La Dame de Caislean na mists : une jeune veuve écossaise dont la vie quasi druidique, déplaît fortement aux villageois et au prêtre qui mène son troupeau à la haine. Encore une fois, l’intolérance pour ce qui est différent (encore plus quand il est féminin) me met hors de moi et ne peut que m’émouvoir.
  • A bare tree in love with the winter : c’était déjà un coup de cœur quand je l’ai lu dans Quintessence hiémale, court recueil de contes hivernaux offerts par Cécile Guillot et Mathieu Guibé. J’adore ces récits poétiques qui utilisent la mythologie pour justifier et expliquer les réalités de notre monde. C’est beau et émouvant.

Belladonna est un recueil à la qualité assez inégal, il vaut donc mieux piocher parcimonieusement quelques nouvelles de temps en temps et non pas les dévorer d’une traite comme j’ai pu le faire. Mais, malgré quelques faiblesses scénaristiques ou dans le traitement de ses personnages, Cécile Guillot offre tout de même de beaux portraits de femmes. Leurs vies très éloignées finissent par se ressembler, transformées par des rencontres étonnantes mais piétinées par la cruelle destinée. C’est parfois beau mais souvent mélancolique, attention au moral ! 😉

 

 

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