Les Arpenteurs de Rêves, Tome 1 : Chimère Captive de Mathieu RIVERO

Les Arpenteurs de Rêves,
Tome 1 : Chimère captive
de Mathieu RIVERO


Les Indés de l’Imaginaire (Naos),
2016, p. 175

Première Publication : 2016


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Mathieu Rivero a toujours aimé manipuler le langage, ce qui l’a amené à étudier et pratiquer la traduction, mais aussi à enseigner les langues. Entre deux feuillets, il apprécie beaucoup les jeux de plateau. Il vit aujourd’hui à Lyon.


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Fraîchement débarquée à Lyon pour ses études, Céleste regrette le climat d’outre-mer et la vie avec son père. Mais les choses commencent à changer le jour où elle découvre qu’elle peut naviguer dans les rêves des autres et les modifier, à l’instar de ses nouveaux colocataires.
Si vous pouviez changer les rêves d’autrui, le feriez-vous ? Si vous découvriez un songe qui n’appartient à personne, le visiteriez-vous ? Et comment réagiriez-vous si vous viviez tout cela… dans la peau d’un gros labrador ?


Premier titre publié (en août 2016) par la collection Naos des Indés de l’Imaginaire, Chimère Captive est clairement destiné à un public jeune, plus ou moins habitué aux littératures de l’Imaginaire. Il s’en trouve de ce fait aussi bien pourvu de qualités que de défauts.
Certains points m’ont chagrinée pendant cette lecture mais d’autres, surprenants, me poussent à avoir envie de lire les tomes suivants. C’est donc une découverte en demi-teinte que ce premier tome des Arpenteurs de Rêves.

Mathieu Rivero est un auteur dont Hélène a souvent vanté les mérites, notamment pour sa fantasy orientale Or et nuit éditée aux Moutons électriques. Ajoutez à cela la mention des rues lyonnaises comme toile de fond, j’étais assez curieuse de me lancer dans cette nouvelle trilogie qui met en scène une jeune adulte, Céleste, nouvellement étudiante dans l’ancienne capitales des Gaules.
Malheureusement, très rapidement, j’ai senti que ça ne passerait pas avec l’héroïne. Ni même avec les autres personnages qu’elle rencontre et avec lesquels le lecteur fait également connaissance. Tout simplement parce que toutes ces figures sont tout juste esquissées et qu’elles m’ont semblé bien caricaturales en plus d’être particulièrement égoïstes et antipathiques. Et ce ne sont pas les différents points de vue internes (à la première personne du singulier donc) qui rééquilibre la chose. C’est d’ailleurs d’autant plus décevant que le “je” permet généralement une certaine empathie entre le narrateur et le lecteur… ce qui n’est pas le cas ici, en tout cas pour ma part.
A vrai dire, plus que les personnalités des figures, ce sont leurs agissements, leur évolution et donc tout simplement leur traitement dans l’intrigue qui m’a désappointée. Ils acceptent des révélations extraordinaires en un claquement de doigt et n’ont aucune conscience du danger, je dirais même qu’ils s’en amusent et font preuve d’un égoïsme exceptionnel quand leurs amis se retrouvent dans des situations difficiles. Je crois tout simplement que je ne les ai pas compris.

Mathieu RIVERO, portrait trouvé sur Noosfere.

Tout va trop vite pour moi, c’est sans doute là que le problème majeur se trouve. Le roman est court (moins de 200 pages), on a donc l’impression que l’auteur a taillé dans le vif pour amputer son histoire de plusieurs passages. Le jeune public visé est-il l’explication de ce choix narratif ?
C’est dommage si c’est le cas, parce que je pense que quel que soit l’âge et peut-être même encore plus à l’adolescence, le lecteur a besoin de se sentir impliqué et de ressentir de l’empathie avec les héros qu’il suit. S’il n’a pas le temps d’apprendre à les comprendre et donc de s’attacher à eux, ça enlève beaucoup de charme à la lecture, aussi bonne l’intrigue soit-elle derrière.

Parce qu’effectivement, l’intrigue et plus encore l’univers derrière, ne sont pas inintéressants. Ils sont juste traités trop superficiellement et sans émotion. Le lecteur fait donc la découverte des pouvoirs particuliers que possèdent les arpenteurs de rêves, ces personnes qui réussissent à pénétrer dans les rêves des autres et à les modifier à leur guise.
Céleste, notre héroïne, ne sait rien de tout ça lors de son arrivée à Lyon. Je pensais donc que la révélation de ses pouvoirs et l’apprentissage de ceux-ci seraient une partie importante du récit. Mais en fait non, pas du tout. En deux pages elle accepte tout ce qui lui arrive – même le fait que ces deux nouveaux colocataires possèdent comme par hasard les mêmes capacités extraordinaires qu’elle – et trois pages plus loin, elle semble être capable de tout contrôler. J’ai eu l’impression d’avoir loupé un passage, comme si des pages n’avaient pas été imprimées dans mon exemplaire et que je devais donc prendre le train en marche. Mais quel dommage ! Suivre Céleste dans sa découverte, dans son apprentissage et donc dans les doutes/difficultés qui auraient pu en découler, ça aurait permis de créer une belle empathie entre elle et le lecteur. Mais non, je suis restée très en retrait et j’ai trouvé la jeune fille assez détestable. Comme tous les autres personnages d’ailleurs.

Malgré tout, j’ai été surprise – dans le bon sens – par le chemin emprunté par Mathieu Rivero. Ces pouvoirs particuliers sont originaux et ça donne envie d’en savoir plus. J’ai, qui plus est, beaucoup aimé que Céleste et sa famille apporte une touche assez “vaudou” voire “cajun” à tout ça parce qu’ils sont originaires d’Outre-Mer. C’est une atmosphère qui me plaît et qui apporte à elle seule tout un imaginaire bien particulier.
La surprise a été encore plus grande au cours de ma lecture, quand une autre sorte “d’imaginaire” fait son apparition dans le récit. Alors là, je ne m’y attendais pas du tout mais c’est essentiellement ce point-là qui me donne envie de lire le tome suivant car étant donné le dénouement de celui-ci, je pense pouvoir dire sans trop me tromper, que ce sera le centre de l’intrigue.

Je suis également mitigée par la plume de Mathieu Rivero. J’ai à la fois apprécié le côté assez visuel de ses descriptions et l’ambiance générale qu’il réussit à mettre en place en assez peu de pages ; c’est parfois assez flou, rêves obligent, mais globalement réussi.
En revanche je suis, comme je vous le disais, moins fan du traitement des personnages, ce qui passe aussi par les dialogues insérés dans le récit. C’est plein de bonnes idées et de bonne volonté mais maladroit au final.

Si les personnages de ce premier volume n’ont pas su me convaincre, je suis en revanche agréablement surprise par le chemin emprunté par l’intrigue et curieuse de découvrir quelles contrées (“réelles” ou non ?) nous fera arpenter Mathieu Rivero dans le tome suivant.


Merci aux Indés pour cette découverte !


 

1 commentaire sur “Les Arpenteurs de Rêves, Tome 1 : Chimère Captive de Mathieu RIVERO”

  1. Le titre me donnait bien envie de le lire mais ton avis me refroidit quelque peu. Je ne suis plus trop friande de romans “jeunesse”, et d’autd’autant moins s’ils sont aussi courts que celui-là. Merci pour cette chronique ! 🙂

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