Jérôme sous l’orage de Sébastien SOUBRE-LANABERE

 

Jérôme sous l’orage
de Sébastien SOUBRE-LANABERE

Editions Malpertuis,
2016, p. 406

Première Publication : 2016

 

Pour l’acheter : sur le site de l’éditeur !

 

Sébastien Soubré-Lanabère naît en 1982 à Toulon. Enfant, il découvre l’illustration d’un roman de Jack Vance, qu’il ne lit pas, mais qui lui donne envie d’écrire : et voilà une manie qui ne l’a plus quitté. Élevé au mistral toulonnais, il crée un fanzine à un seul numéro qu’il vend dans son lycée, puis squatte le café lecture et les romans d’occasions trouvés au marché, qui lui inspirent un premier roman de jeunesse resté dans un placard. Après des études supérieures en informatique, il s’installe à Biot, sur la côte d’Azur, et sauve un chat voué à l’euthanasie. Devenu marathonien et défenseur de la cause animale (des oiseaux en particulier), il s’inspire du monde qui l’entoure pour écrire. Ses influences sont diverses, mais il est, pour ne citer qu’eux, particulièrement marqué par les œuvres de Maupassant, Lovecraft et Barjavel. Après plusieurs nouvelles, il publie chez Malpertuis son premier roman.

 

♣ ♣ ♣

 

Qui est Jérôme ? Peut-être juste un adolescent timide, qui mène une vie tranquille entre ses copains de lycée et son amie Axelle. Pourtant, il y a cette voix d’enfant dans sa tête, qui le questionne inlassablement au sujet des jours avant l’orage. Et sur sa mère malade. Dans son monde qui n’est pas exactement le nôtre, chaque personnage possède quelque chose de particulier : un don, une façon d’être, une histoire. Jérôme aussi. Il le pressent. Mais quoi, précisément ? Peut-être ces flammes qu’il voit au-dessus des êtres et dont il ne parle jamais. Jérôme se pose des questions. Sur la guerre, lointaine, au nord, qui fait rage. Sur son père, qui se bat. Heureusement pour lui, dans la quête de la vérité, même lorsque les ténèbres sont proches, on peut toujours compter sur l’amitié. Sur l’amour, aussi. Et sur les corbeaux.


C’est aux Aventuriales de Ménétrol en septembre dernier que j’ai découvert les éditions Malpertuis que je n’avais jusqu’alors jamais croisées en salons, ma connaissance se limitant uniquement au nom de la structure. Je me suis laissée tenter par leur anthologie Muséums et l’éditeur m’a également proposé la lecture de l’un de leur dernier-né : Jérôme sous l’orage de Sébastien Soubré-Lanabère. L’auteur était présent ce jour-là, le résumé et l’illustration m’intriguaient… J’ai accepté et remercie à nouveau Malpertuis pour cette découverte assez surprenante.

Publié dans la collection « Brouillards » de l’éditeur, Jérôme sous l’orage y a parfaitement sa place. Ouvrir ce livre et parcourir les premières lignes c’est se plonger dans un monde embrumé, flou et difficile à cerner. Ce n’est pas désagréable, ce n’est pas un défaut, loin de là ; mais il faut se laisser porter par la vague. 
Difficile à cerner, difficile à définir, on ne sait pas grand chose de l’univers proposé par Sébastien Soubré-Lanabère. Les bases restent floues, on ne sait pas où vit le héros, quelle est la guerre qui a emporté son père au loin, quelle est la maladie qui semble toucher une très grande part de la population… ? L’auteur a volontairement laissé les contours imprécis pour entrer dans la généralité, j’imagine. Ainsi, ce pourrait être n’importe quel adolescent, de n’importe quel pays, à n’importe quelle époque, vivant dans un monde en guerre où sévissent aussi les maladies.
Si je n’ai pas été gênée par l’étrangeté de l’univers – qui s’est révélé très immersif – j’ai en revanche l’impression d’être parfois passée à côté des choses et finalement de ne pas avoir tout compris. Certains événements/éléments apparaissent soudainement, un peu comme un cheveu sur la soupe, mettant à mal notre conception et notre sens de la réalité. Le monde de Jérôme est déformé, très certainement métaphorique, un peu comme Big Fish de Tim Burton. C’est donc poétique et encore une fois très immersif, le flottement n’est pas désagréable… mais ai-je finalement retiré tout ce qu’il y avait à gagner de cette lecture ? Je n’en suis pas sûre.

C’est l’histoire d’une quête d’identité, c’est l’histoire d’un adolescent qui grandit, entouré de tous les éléments cités précédemment. Jérôme pourrait être un jeune garçon lambda mais il est spécial, il possède un don. Lorsqu’il regarde les êtres vivants (êtres humains et animaux), il perçoit une flamme colorée au dessus d’eux et s’il la fixe trop longtemps, il finit par souffrir d’affreuses migraines. Alors cette flamme, c’est quoi ? Quelle est sa signification ? Que représente-t-elle ? A quoi sert-elle ? Pourquoi Jérôme, seul, est-il capable de la percevoir ?
Même si cet aspect fantastique est présent tout au long du roman et donne l’impression d’être le fil conducteur de l’intrigue, il reste finalement assez peu exploité. Et je le regrette un peu. De même que le passé de Jérôme qu’il a complètement occulté mais qu’il retrouve petit à petit, par bribes. Je m’attendais à des révélations peut-être plus spectaculaires au sujet de ses jeunes années, de l’apparition de son don et de son utilisation par son « entourage ». 
J’ai apprécié le cheminement et la construction narrative qui m’ont parfois complètement happée alors que je ne voyais pas toujours où l’auteur voulait nous emmener, mais le dénouement me laisse sur ma faim avec comme une impression de trop peu. J’aurais presque aimé que ce voyage onirique perdure encore un peu.

Sébastien SOUBRE-LANABERE, portrait trouvé sur le site des Imaginales.

Et pourtant, on ne peut pas dire que le personnage principal – Jérôme donc – m’ait vraiment séduite. Un peu comme l’univers auquel il appartient, le héros est un jeune garçon étrange, aux contours définis mais qui offre une impression de langueur, de lenteur. Peu bavard, peu démonstratif, c’est un garçon lunaire qui laisse les jours défiler sans vraiment réagir. Là encore, je ne suis pas sûre d’avoir su capter et comprendre qui était vraiment ce personnage et ce qu’il avait à apporter, à nous raconter.

Je peux donner l’impression d’être ressortie mitigée et avec des réserves de cette lecture et c’est effectivement un peu le cas, mais j’ai surtout beaucoup apprécié le style de Sébastien Soubré-Lanabère. En même temps, quelqu’un qui cite René Barjavel dans les auteurs qui l’ont inspiré, ça ne pouvait qu’être bon signe ! 
J’ai trouvé la plume efficace et encore une fois, très immersive. L’univers proposé est difficile à cerner et pourtant les scènes prises séparément sont toujours clairement apparues sous mes yeux pendant la lecture. On peut donc dire que l’auteur maîtrise sa narration et sa contextualisation.

Quelques mots sur l’objet-livre, puisqu’on parle de la forme : c’est un ouvrage soigné, à l’extérieur comme à l’intérieur. J’aime beaucoup l’esthétique proposée par les éditions Malpertuis, qu’il s’agisse de l’illustration de couverture ou de la mise en page interne. Côté correction, la maison n’a franchement rien à envier à d’autres éditeurs plus visibles, je crois n’avoir croisé aucune coquille/faute… encore une fois, c’est soigné et c’est bien agréable ! Merci !

Je ne savais pas vraiment dans quelle aventure je m’embarquais en me plongeant dans Jérôme sous l’orage et clairement, j’ai été surprise. Sébastien Soubré-Lanabère nous offre un voyage onirique et poétique, étrange mais immersif, dans lequel j’ai aimé me promener et duquel je n’avais pas vraiment envie de revenir. Malgré tout, il m’a manqué un petit quelque chose dans l’intrigue pour me happer complètement… et je ne suis pas sûre d’avoir saisi toute l’envergure de cette histoire, il y a de la métaphore là-dessous.

 

Merci aux éditions Malpertuis pour cette découverte !

 

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