Cinquante nuances de Grey, Tome 2 : Cinquante nuances plus sombres de EL JAMES

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Cinquante nuances de Grey, Tome 2 :

Cinquante nuances plus sombres
de EL JAMES
JC Lattès,
2013, p. 594


Première Publication (vo) : 2011

Pour l’acheter : Cinquante nuances de Grey, Tome 2


Erika Leonard (née en 1963 à Londres), mieux connue sous le pseudonyme E. L. James, est l’auteure britannique de la romance érotique Cinquante nuances de Grey. Son roman était au départ une fanfiction de la série Twilight qui a évolué en un roman publié par Vintage Books. Premier tome de la trilogie Fifty Shades, cette romance érotique contient des scènes explicitement érotiques mettant en vedette des éléments de pratiques sexuelles impliquant la servitude, la discipline, le sadisme et le masochisme.

Tome 1 


♣ ♣ ♣


Dépassée par les sombres secrets de Christian Grey, Ana Steele a mis un terme à leur relation pour se consacrer à sa carrière d éditrice. Mais son désir pour Grey occupe toujours toutes ses pensées et lorsqu’il lui propose un nouvel accord, elle ne peut y résister.
Peu à peu, elle en apprend davantage sur le douloureux passé de son ténébreux M. Cinquante Nuances, toujours aussi passionné. Tandis que Christian lutte contre ses démons intérieurs, Ana doit prendre la décision la plus importante de sa vie.


J’ai lu le premier tome il y a quelques années maintenant, par curiosité. Je n’avais pas aimé et n’avais alors pas compris son immense succès. Pourquoi tenter le deuxième me direz-vous ? Parce que j’avais envie (et besoin) d’une lecture très légère, très détente, très simple, juste pour me changer les idées sans avoir besoin de réfléchir. J’ai fouillé dans ma liseuse et j’y ai trouvé ce deuxième tome, je me suis dit que c’était également l’occasion de donner une deuxième chance à la saga, peut-être que les choses allaient s’améliorer ?
Force est de constater que non seulement je n’ai pas été détendue et distraite par cette lecture mais que j’ai au contraire été exaspérée la plus grande partie du temps et que je suis arrivée au bout – après plus de deux semaines – uniquement parce que je suis « toquée » et que je suis incapable d’abandonner un livre.

Très sincèrement, j’ai tenté d’ouvrir ce deuxième tome en mettant de côté les impressions que j’avais eu à la lecture du premier et en n’attendant rien d’autre que de la distraction. Je ne cherchais pas de la grande littérature, pas forcément de la crédibilité dans l’intrigue et même pas vraiment de l’empathie pour les personnages… juste mettre de côté mes soucis du moment en me plongeant dans un truc pas prise de tête. Mais me prendre la tête, je n’ai pas pu m’en empêcher. Et sur quasiment tous les points.
Je laisse de côté la crédibilité de l’intrigue, quand on lit une romance on s’attend à ce qu’il y ait des facilités dans le scénario et que des « trucs gros comme une maison » parsèment la plupart des pages. Donc le fait qu’Ana, qui, alors qu’elle a passé la vingtaine, n’avait jamais eu de petit-ami avant et ne semblait n’avoir jamais attiré aucun regard (en tout cas c’est la perception qu’elle avait), se transforme soudainement en bombasse du quartier, aimant à beaux mecs… soit. Le fait qu’un jeune homme soit devenu multimilliardaire à même pas 25 ans alors qu’il semble passer son temps à participer à des bals de charité, faire du voilier, piloter un hélicoptère, conduire des bolides (c’est beau la vie de riche)… soit. Le fait que ce même jeune homme soit immensément beau et grand, indécemment riche et puissant (le patron de sa copine fait des avances à celle-ci, allez, il rachète la boîte, impose ses règles très strictes et puis il finit par le licencier parce que c’est plus simple et que de toute façon il en a les pouvoirs) et qu’il sache absolument TOUT faire (cf ses passe-temps quotidiens)… à part cuisiner. Eh oui, couper un poivron, ce n’est pas donné à tout le monde, même pas à Christian Grey…
Tout est vraiment très crédible dans ce bouquin. D’ailleurs, je ne sais même pas pourquoi je n’ai pas encore croisé Christian Grey en allant acheter le pain à la boulangerie du coin. Mais bon, je l’ai dit, c’est une romance, c’est un conte moderne revisité… donc les princes charmants se croisent au coin de la rue et frisent la perfection. Finalement, c’est un aspect que j’apprends à accepter de plus en plus quand je lis des romances, je laisse ça de côté et parfois, je passe un bon moment.

Sauf que là, Christian Grey a beau être très beau, très fort, très riche, très intelligent et pouvoir vous offrir tout ce que vous voulez, il n’en reste pas moins que c’est un psychopathe qui harcèle sa copine et fait preuve de violence (la violence n’est pas forcément que physique). Je vous vois venir, vous allez me dire : « oui mais c’est normal, on parle d’une relation SM ». Alors je l’avoue, je ne connais absolument pas les préceptes des relations SM alors j’ai peut-être une idée faussée des « règles » mais il me semblait que, cette histoire de dominant-dominé se limitait à la sexualité et qu’elle n’entrait pas en compte dans tous les aspects du quotidien. Est-ce que je me trompe ? Si je fais fausse route, alors mea culpa, je n’ai rien compris.
Dans le cas contraire, Christian Grey ne pratique pas que le SM et a un grave problème psychologique (bon, il voit un psy dans cette histoire et la merveilleuse Anastasia va le sauver et va le changer… je reviendrai plus tard sur cette idée de sauvetage et de transformation de l’autre). Et là, je me pose la question, qu’est-ce qui fait rêver les jeunes femmes quand elles lisent cette saga et rencontrent ce milliardaire (à part tout le fric qu’il a à dépenser) ? Est-ce que vivre une relation avec un type qui ne peut pas s’empêcher de vous harceler de sms et de mails toutes les cinq minutes pour surveiller les moindres aspects de votre vie (où vous êtes, ce que vous faites, avec qui vous le faites, ce que vous mangez, ce que vous portez…), qui vous fait une crise quand vous passez du temps avec vos amis masculins, qui contrôle ce qu’il y a dans votre assiette, qui choisit vos vêtements… est-ce que vraiment, ça fait rêver ?

En commentaire de ma vidéo, Lilianne faisait très justement remarquer que beaucoup de gens confondaient aujourd’hui la violence avec la force, le harcèlement avec les attentions, le besoin de sécurité avec la perte de libertés… et je suis TOTALEMENT EN ACCORD avec ses propos. Vous me présentez un homme fort (bien dans ses baskets et sur lequel on peut compter), attentionné (qui s’intéresse à vous sans vous coller et contrôler tous vos faits et gestes) et qui vous offre un sentiment de sécurité (pas une prison), alors là OUI, évidemment que toutes les filles en rêve ! Mais Christian Grey dépasse toutes les limites et je trouve ça vraiment malsain. Encore une fois, cette histoire de dominant/dominé ne me choque pas dans le cadre de la sexualité mais je la trouve inconcevable dans tous les aspects du quotidien et c’est même, à mon goût, un message dangereux à faire passer aux jeunes femmes. Surtout aux jeunes femmes un peu candides comme Ana qui, jeunes et sans expérience, sont capables de TOUT accepter par amour, juste pour lui faire plaisir, pour ne surtout pas perdre l’homme qu’elles aiment.
C’est séduisant de croire que par amour et parce qu’on va le sauver de lui-même, un homme (ou une femme d’ailleurs) va changer et se transformer. Mais croyez-moi, même si je n’ai pas une immense expérience amoureuse, ça n’arrive pas. Un type mal dans ses baskets et à tendance psychopathe, vous aurez beau lui offrir votre corps, votre vie, votre âme, il ne deviendra pas le Prince charmant, il vous fera finalement plonger avec lui. Et puis, de toute façon, c’est quoi cette envie de transformer l’autre pour qu’il devienne ce qu’on aimerait qu’il soit ? C’est pas malsain ça aussi ? Quand on aime quelqu’un on l’aime comme il est, on ne doit pas avoir à le changer, non ? Ok, je suis peut-être trop fleur bleue finalement.

Jamie DORNAN incarne Christian Grey dans l'adaptation. Autant j'apprécie l'acteur dans la série The Fall, autant là...
Jamie DORNAN incarne Christian Grey dans l’adaptation. Autant j’apprécie l’acteur dans la série The Fall, autant là…

Je sais que beaucoup de jeunes femmes aiment les « bad boys », surtout lorsqu’elles lisent des romances… mais franchement, on en revient. Un type équilibré, sans « dark secret », bien dans ses pompes et avec le sourire aux lèvres au quotidien, je vous jure, c’est vachement plus agréable à vivre.
Et puis, ça n’empêche pas une relation passionnée et passionnelle, pas besoin de cadavre dans le placard pour ça. De toute façon, toute passionnelle qu’elle soit, une relation qui entrave la liberté de l’un des deux partis n’a, personnellement, aucune chance de me faire rêver. Alors la romance entre Ana et Christian, je n’adhère pas et je n’arrive pas à comprendre pourquoi elle séduit autant de lectrices, même si j’essaye de mettre de côté mes expériences personnelles et ma conception d’une relation amoureuse.

Après ce long blabla très tourné sur mon ressenti personnel – même si, comme je le disais, objectivement, je ne peux pas comprendre comment une femme peut rêver d’une relation lui ôtant toutes ses libertés -, j’ajouterai que, en plus de présenter une histoire d’amour qui ne m’émeut pas (enfin si, ça m’exaspère), EL James nous sert quasi 600 pages de vide (720 en poche). L’intrigue tient en deux lignes : Ana rencontre une ancienne soumise de Christian qui, déséquilibrée et jalouse, cherche à la tuer. Alors le bellâtre, fou d’inquiétude, cherche à tout prix à protéger sa fragile princesse (je pense que l’attacher au pied du lit pendant une semaine serait plus efficace).
Entre deux moments de frayeur (la méchante est armée), les deux héros s’envoient en l’air. Et quand ils ne se sautent pas dessus, ils s’envoient des mails/sms pornographiques. Les scènes de sexe sont tellement systématiques (on se demande si Christian Grey ne se fait pas des perfusions de viagra) que ça n’a plus aucun impact. Je veux dire, quand les scènes de sexe sont rares, elles en sont d’autant plus intenses, non ? Là, à toutes les pages, déjà que c’était pas très émoustillant (faut dire que ce n’est pas super bien écrit), ça en devient carrément lassant. On aurait presqu’envie que Christian connaisse une baisse de libido, histoire qu’Ana puisse passer une journée peinarde sans qu’un homme constamment en rut lui saute dessus.
Une autre personne en commentaire de la vidéo me disait que ses connaissances avaient lu les scènes de sexe en diagonale pour ne lire que les passages d’amour et de tendresse. Personnellement, la tendresse et l’amour, je ne les ai jamais vus dans ce tome (la demande en mariage alors qu’ils ne se connaissent que depuis 5 semaines, ça ne compte pas, je trouve ça « waouh », et pas dans le bon sens… en plus là encore, Christian fait pression sur Ana pour qu’elle réponde vite et positivement si possible) et si je dois sauter toutes les scènes de cul, en fait j’atterris directement au mot « FIN » à la dernière page.

Bref, je pourrais encore développer pendant des paragraphes entier sur « pourquoi je trouve cette relation malsaine, pourquoi elle ne me fait pas rêver et pourquoi je trouve les personnages inintéressants », mais je crois que je vais m’arrêter là.
D’ailleurs, je crois que je ne lirai jamais le tome 3 qui doit sans doute être dans la même veine. Je vois la fin de là : la candide princesse sauve le bad boy qui, par amour, passe de vilain crapeau à prince charmant, ils se marient et ont beaucoup d’enfants et ils vivent toute leur vie dans un luxe indécent en continuant à s’envoyer en l’air trois fois par jour dans tous les coins du globe (plus de sexe SM, que des pratiques parfaitement « normales », s’il vous plaît !).



 

11 pensées sur “Cinquante nuances de Grey, Tome 2 : Cinquante nuances plus sombres de EL JAMES

  • 22 janvier 2017 à 12 h 30 min
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    Voilà qui est rondement mené et sobrement exécuté, pour un sucés de librairie commerciale, bravo !
    Seule réserve, pourquoi accorder un si long commentaire sur un roman qui ne le mérite en rien ?

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    • 22 janvier 2017 à 12 h 48 min
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      Pour le plaisir d’argumenter. Parce que les éléments qui ne me plaisent pas à moi, seront peut-être des éléments recherchés par d’autres lecteurs. Parce que je me refuse à dire « c’est de la merde » pour abréger, je ne suis qu’une lectrice lambda qui n’a pas la science infuse alors peut-être que je me trompe, que je n’ai rien compris… j’étaye mon propos
      Je suis absolument contre les blogueurs qui ne parlent que de leurs coups de cœur, ça fausse la donne, ça donne l’impression qu’ils aiment tout. Alors oui, j’ai passé du temps sur cette chronique et ça n’en valait peut-être pas le coup, mais j’aime argumenter et je trouve ça plus intelligent et intéressant.
      Voilà pourquoi. 🙂

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      • 22 janvier 2017 à 13 h 18 min
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        Non, vous n’êtes pas une lectrice lambda. Et quand un sucés de librairie ne le doit qu’à une diffusion savamment commerciale, la ficelle est trop grosse pour une lectrice expérimentée.
        Quand aux blogueurs qui ne traitent que de leurs coups de cœur, seul leur talent critique nous laissent mesurer qu’ils peuvent ou non aimer n’importe quoi. Y a pas photo, un bon exposé décide très vite de la qualité du livre commenté.
        Mais vous avez raison de vous attarder et d’argumenter tranquillement et clairement ce roman sm. J’ai beaucoup apprécié votre sage et honnête critique, qui d’ailleurs trancherait sur beaucoup d’autres que j’ai pu lire. Toutes mes félicitations.

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  • 31 août 2016 à 1 h 09 min
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    Parfaite chronique ! Je l’ai aussi lu il y a quelques années, histoire de comprendre pourquoi ce torchon avait autant de succès… j’ai toujours pas compris^^

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  • 20 août 2016 à 10 h 41 min
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    Salut, j’ai une question : est ce que c’est possible de lire, selon toi, directement le tome 2 sans avoir lu le tome 1 (juste en ayant vu le film) ou je risque de pas comprendre beaucoup de chose ? Merci de ta réponse 😉

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    • 20 août 2016 à 11 h 25 min
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      Tu peux te lancer sans trop de problème, à mon avis. On ne peut pas dire que l’intrigue soit hyper compliquée à suivre, alors tu devrais vite t’y retrouver. 🙂

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  • 7 août 2016 à 10 h 58 min
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    Oh je me suis bien amusée à la lecture de ta chronique! J’avais lu le premier et je n’ai pas aimé même si j’avais vraiment envie de comprendre pourquoi de monsieur est comme ça. J’ai failli prendre le tome 2 car j’avais oublié mon impression. Merci de me le rappeler! Je garde mon temps de lecture pour autre chose! 🙂

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  • 7 août 2016 à 10 h 37 min
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    Je n’ai lu que le tome 1 pour voir ce que ça donnait mais je n’ai jamais continué et ton avis me prouve que j’ai bien fais, de toute évidence !

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  • 7 août 2016 à 10 h 24 min
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    Je n’ai pas lu le premier tome, ni la suite, donc, mais quel bonheur de lire ta chronique !
    En fait je vais faire ma sadique mais j’aimerais que tu trouves le courage (et le temps à perdre) pour lire le tome trois et nous le chroniquer !
    Sadique et égoïste en plus ! Parce que comme ça, je n’ai pas besoin de le lire, et je me paye une bonne tranche en lisant ton avis 😀
    Ok ok je m’en vais !

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  • 7 août 2016 à 9 h 46 min
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    J’ai beaucoup aimé cette chronique, merci pour cet avis très tranché. Je suis d’accord avec l’aspect malsain de domination et de contrôle excessif dans la vie quotidienne, et l’excès de scènes sexuelles qui gâche finalement la magie qu’elles pourraient avoir. Cela étant dit, je me souviens qu’à la lecture de cette saga, que j’ai dévorée au moment de sa sortie, j’étais surtout curieuse de comprendre pourquoi Christian Grey se comportait de la sorte. Je voulais vraiment savoir ce qui aurait pu expliquer, dans l’histoire personnelle du personnage, ces extrêmes et et ce mode de vie complètement fou. J’étais exaspérée par la vulgarité de certaines scènes et le ridicule des dialogues, mais trop curieuse pour abandonner (je pense être pire que toi. Je ne peux pas arrêter la lecture d’un bouquin, mais j’ai aussi beaucoup de difficultés à ne pas terminer une saga une fois commencée…!).
    Je t’avoue ne pas véritablement avoir trouvé les réponses que je cherchais après avoir fini le troisième tome. Du coup, très récemment, j’ai lu le quatrième opus qui nous plonge dans la tête de Christian Grey. J’ai préféré ce type de narration, j’ai mieux compris et cerné le personnage, mais ça reste globalement très moyen. Toujours très vulgaire, toujours trop de sexe, mais beaucoup plus intéressant que la narration par Anastasia.
    Merci encore pour cet échange ! Les lectures suivantes n’en seront que meilleures 🙂

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  • 6 août 2016 à 21 h 15 min
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    J’avoue qu’une fois encore j’ai ris à plusieurs reprises en lisant ta chronique WTF 😀 😀 😀
    Surtout ce passage « Les scènes de sexe sont tellement systématiques (on se demande si Christian Grey ne se fait pas des perfusions de viagra) que ça n’a plus aucun impact. Je veux dire, quand les scènes de sexe sont rares, elles en sont d’autant plus intenses, non ? Là, à toutes les pages, déjà que c’était pas très émoustillant (faut dire que ce n’est pas super bien écrit), ça en devient carrément lassant. On aurait presqu’envie que Christian connaisse une baisse de libido, histoire qu’Ana puisse passer une journée peinarde sans qu’un homme constamment en rut lui saute dessus.  » 😀

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