Memorex de Cindy VAN WILDER

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Memorex
de Cindy VAN WILDER
Gulf Stream Editeur,
2016, p. 403

 

Première Publication : 2016

Pour l’acheter : Memorex

 

Cindy Van Wilder cultive depuis toute petite le goût des mots. Traductrice de profession et lectrice éclectique, son domaine de prédilection reste cependant l’imaginaire, où elle s’évade régulièrement tout en gardant les pieds sur notre bonne vieille Terre. Légendes d’hier et thèmes d’aujourd’hui se mêlent dans ses écrits. Ayant publié plusieurs nouvelles dans diverses anthologies, elle signe avec Les Héritiers son premier roman.

Les OutrepasseursTome 1 Tome 2  Tome 3 

 

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2022. Cela fait un an que la vie de Réha a basculé. Un an que sa mère est morte dans un attentat contre sa fondation, Breathe, qui promeut un art contemporain et engagé. Un an que son père, un scientifique de génie, ne quitte plus Star Island, l’île familiale. Un an qu’Aïki, son frère jumeau, son complice de toujours, s’est muré dans une indifférence qui la fait souffrir. Le jour de ce sinistre anniversaire, la famille est réunie sur l’île : c’est le moment de lever les mystères, les tabous, les rancoeurs que Réha ressasse depuis un an. Au coeur de l’énigme : Memorex, la multinationale pharmaceutique de son père, ainsi que ses expérimentations sur la mémoire. Des expérimentations qui attisent les convoitises de personnages puissants et sans scrupules, prêts à tout pour accomplir leurs rêves les plus fous.


Après avoir dévoré assez rapidement les trois premiers tomes des Outrepasseurs (un quatrième – spin-off sur les Ferreux – est prévu pour le printemps 2017), j’étais très curieuse de découvrir Cindy dans un exercice un peu différent : un “thriller contemporain” en one-shot. C’est un peu le grand écart.
Même si, je dois bien l’avouer, j’ai préféré sa trilogie, j’ai tout de même passé un excellent moment de suspens avec ce titre tout de vert vêtu qui me conforte dans l’idée que Cindy Van Wilder est une jeune auteure de talent, à suivre absolument !

Point de féerie ou de magie ici mais plutôt un petit côté science-fiction qui n’a pas été pour me déplaire. La romancière s’attaque au thème passionnant de la mémoire et des opérations/manipulations qui peuvent la modifier. Cet aspect scientifique et ce qui en découle sont bien affiliés à la SF mais la réflexion qui va avec reste assez légère. Pas inintéressante, pas mal menée, mais légère. Tout simplement car, comme je l’indiquais en introduction, Memorex est un one-shot qui, même s’il s’étale sur 400 pages, reste un roman en un seul tome, destiné aux adolescents et jeunes adultes et donc qui n’apportera pas la même matière scientifique et réflexive qu’un titre de science-fiction à la Philippe K. Dick décliné en plusieurs tomes, par exemple.
Malgré tout, quelques pistes sont lancées, notamment sur l’éthique et sa place auprès de la science et de la médecine : peut-on tout se permettre (et jouer les savants fous) – jouer sur la mémoire des gens par exemple – sous prétexte de les aider, parce qu’on les aime ? On peut étendre cette petite réflexion à des questions de plus grandes envergures (à échelle mondiale) et chercher à se renseigner en dehors de la lecture de ce roman. Je trouve que Cindy Van Wilder nous propose ici, avec Memorex, une entrée très abordable dans la science-fiction. Les lecteurs novices s’intéresseront peut-être ensuite à ces thèmes scientifiques (eh oui, la SF part souvent – toujours – de théories on ne peut plus sérieuses) et auront peut-être envie de creuser un peu plus avec la lecture d’articles (encore une fois dans des revues scientifiques très sérieuses) et/ou d’autres romans peut-être plus “adultes” ou en tout cas dont l’aspect science-fiction est plus poussé.

Un savant un peu fou, des adolescents ayant perdu leur mère un an plus tôt dans un attentat, un huis clos sur une île déserte, voilà quelques autres éléments pour replacer cette histoire dans son contexte. Car outre la SF, c’est surtout l’aspect “thriller” qui prend le pas ici et nous propose de reconstruire un puzzle au fil des pages. Le suspens est bel et bien là, les questions se multiplient, les réponses tombent au compte goutte… Je trouve que c’est efficace.
Je regrette juste que la clef de l’énigme soit révélée “si vite”. La pression monte sur une bonne partie du texte, jusqu’à son apothéose… et ensuite le soufflet retombe un petit peu. C’est normal, il y a toujours une chute assez violente lorsqu’un auteur nous révèle brutalement la solution d’une énigme. Mais je préfère quand ce qui suit est bref. Un peu comme Agatha Christie où le nom du coupable n’est révélé par Hercule Poirot (pour ne citer que son célèbre héros) que dans les dernières pages et ensuite, on ne s’attarde pas, ou alors vraiment très brièvement. Là, une fois la grosse surprise révélée, on n’en n’a pas vraiment fini et il reste quelques bonnes dizaines de pages à parcourir… ce qui m’a semblé un petit peu déséquilibré car avait perdu de son suspens et donc cassait le rythme. Cela dit, c’est un sentiment qui m’est très personnel et qui vient de mon passé de lectrice, avec ses habitudes et ses préférences.

Niveau personnages, rien à redire. Cindy Van Wilder sait construire des personnalités qui tiennent la route et qui réussissent à créer de l’empathie. Alors évidemment, et je me répète, il est moins facile de créer des héros attachants en un seul tome, mais le pari est réussi.
Réha est une lycéenne qui m’a plu. Je n’ai pas eu un coup de foudre pour elle mais j’ai aimé la suivre et, comme elle, j’avais besoin d’obtenir des réponses aux questions qu’elle se pose pour comprendre les mystères renfermés sur l’île. C’est une jeune fille crédible qui réagit comme pourrait le faire n’importe quelle demoiselle de son âge. La perte de sa maman dans un attentat m’a touchée – surtout en ce moment – et j’ai aimé l’évolution émotionnelle que lui offre l’auteure. De son côté, Aïki garde ses distances et est beaucoup moins facile à cerner, mais c’est évidemment voulu, ceux qui ont lu le roman comprendront. La forme s’ajuste au fond, c’est pertinent.
Je me suis surprise à beaucoup apprécier le personnage secondaire de Holly, la nouvelle petite amie d’Aïki qui déplaît beaucoup à Réha car trop parfaite, trop lisse. D’abord intruse et un peu extérieure au huis clos qui se met en place, c’est un petit bout de jeune femme qui tire son épingle du jeu et qui, par son courage et sa détermination, se faufile sur le devant de la scène. C’est vraiment le genre de figure-soutien que j’aime trouver dans un roman, discrète mais indispensable à la bonne marche de l’ensemble. Quant au père des jumeaux, lui aussi personnage secondaire… voilà une personnalité intéressante, pleine de paradoxes et d’entre-déchirements. Savant un peu fou qui perd le contrôle, qu’on ne peut pas foncièrement haïr mais que l’on regarde différemment quand on connaît la vérité… Une figure bien traitée par Cindy Van Wilder, encore une fois.

Finalement, si j’ai un petit reproche à accorder à l’auteure (et ce n’en est pas vraiment un), c’est la brièveté de son roman. On ne pouvait peut-être pas développer cette histoire sur plusieurs tomes mais le thème de base et les personnages sont si intéressants que je les aurais bien suivis quelques centaines de pages de plus. Et cela notamment grâce à la plume de la romancière qui maîtrise son art.
Différent des Outrepasseurs dont le style plus descriptif s’accordait assez bien avec le merveilleux, Memorex est plus incisif, plus hâché… plus haletant en somme, thriller oblige. Les phrases sont peut-être plus courtes, les dialogues peut-être plus présents… c’est peut-être un peu plus “moderne”, on est plus dans l’action, dans l’oralité et dans l’urgence alors que les Outrepasseurs tenaient plus du récit pur, du conte de notre enfance. Les deux possèdent de belles qualités et sauront trouver chacun leur public.
A noter ici que Cindy Van Wilder a choisi d’intégrer des passages du passé sous forme de “journal intime”, quelques pages qui à chaque fois, entrecoupent deux chapitres qui se déroulent au présent (en tout cas pour la narration) et qui apportent quelques éclaircissements. Un bon moyen de rythmer encore plus la lecture et d’accentuer cet aspect “puzzle” qui fonctionne très bien lorsqu’on lit un thriller.

J’ai une préférence pour Les Outrepasseurs tout simplement parce que le contexte “féerique” me parle davantage et parce que, aimant les détails et les univers riches, je préfère les histoires qui s’étalent sur plusieurs tomes ; mais je ne boude pas mon plaisir, j’ai beaucoup apprécié ma lecture de Memorex qui m’a tenue en haleine plusieurs heures. Entre le thriller et la SF, Cindy Van Wilder nous prouve une nouvelle fois qu’elle sait raconter des histoires qui tiennent la route et dans lesquelles évoluent des personnages bien campés. Vivement la publication du prochain roman !

Petit plus non négligeable : le travail éditorial sur l’objet-livre dont la tranche – verte – ne passe pas inaperçue en librairie (signe distinctif de la collection “Electrogène”) !

 

1 commentaire sur “Memorex de Cindy VAN WILDER”

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