La Vie devant soi de Romain GARY (Emile AJAR)

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La Vie devant soi
de Romain GARY
(Emile AJAR)
Folio,
1982, p. 274

 

Première Publication : 1975

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Roman Kacew, dit Romain Gary, est un diplomate et romancier français, de langues française et anglaise, né le à Vilna dans l’Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie) et mort le (à 66 ans) à Paris. Important écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d’emprunt d’Émile Ajar, en les faisant passer pour l’œuvre d’un auteur différent. Il est le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises dans sa vie.

 

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Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort.

 

Je peux enfin le dire : j’ai lu un prix Goncourt… qui m’a plu ! Après Raboliot de Maurice Genevoix (1925), L’Amant de Marguerite Duras (1984) et La Joueuse de Go de Shan Sa (prix Goncourt des Lycéens en 2001) qui m’avaient tous les trois plus ou moins laissée de marbre (ou carrément ennuyée), l’ouvrage de Romain Gary alias Emile Ajar m’a séduite… et émue !
Je n’irais peut-être pas jusqu’au coup de cœur mais La Vie devant soi est un livre marquant et qui n’a pas pris une ride, malgré 40 années passées (prix Goncourt 1975). C’est un texte qui touche et que, je pense, on peut relire plusieurs fois en y trouvant à chaque fois une belle émotion.

C’est l’histoire de Momo (Mohamed), un petit garçon d’une dizaine d’années, qui vit auprès de Madame Rosa dans un vieil appartement au 6ème étage d’un immeuble sans ascenseur. La vieille dame juive, prostituée à la retraite, accueille des enfants de femmes « qui se défendent avec leur cul » en échange d’une petite pension. Dans ce petit pigeonnier défraichi, les nationalités et les religions s’entremêlent dans un joyeux bazar : musulmans, juifs, catholiques, vietnamien, algérien, français… tous les petits ont un toit et à manger grâce à Madame Rosa.
Mais voilà, l’ancienne prostituée se fait vieille et sa santé décline… si certains des enfants retrouvent leurs parents ou sont adoptés, Momo le plus vieux d’entre eux, n’a que Madame Rosa. C’est dorénavant à lui de prendre soin de sa protectrice et sa disparition proche est plus que difficile à avaler…

Ce qui peut surprendre au début, c’est clairement le style. Romain Gary s’est mis dans la peau d’un jeune garçon étranger n’ayant pas suivi une scolarité approfondie – l’école n’ayant pas voulu de lui -, ce qui donne de nombreuses expressions un peu étranges, quelques termes pas toujours bien employés et surtout revisités. Ainsi, Momo nous parle d’avortement au lieu d’euthanasie, de « proxinètes »… mais malgré ça, les messages sont là et ils sont forts.
L’enfant nous parle avec ses mots de sujets graves, il les aborde avec une vision à la fois naïve mais aussi tellement désabusée pour son âge… c’est plus que touchant. Et si le texte avait été rédigé dans une prose parfaite, l’émotion n’aurait pas été la même, j’en suis persuadée !

romain gary portraitJ’ai parfois senti quelques petites longueurs dans le récit puisqu’il s’agit finalement de la description du quotidien du garçon… C’est parfois un peu répétitif et clairement, il ne faut pas lire La Vie devant soi si vous cherchez de l’action.
Mais en même temps, grâce aux longs paragraphes de Momo, c’est une véritable plongée dans ce quartier de Paris un peu désuet pour le lecteur. On apprend à connaître les différentes figures qui font partie du quotidien de l’enfant et fatalement, on s’attache à eux. Mais surtout, on ressent clairement l’attachement que ressent le petit orphelin musulman pour sa vieille protectrice juive… et même si on se doute du dénouement dès le début, la chute ne peut être que terriblement émouvante. Ces quelques dernières pages m’ont touchée en plein cœur et j’ai vraiment failli verser quelques larmes. Je revois encore la scène et j’en suis encore chamboulée… c’est fort. Aussi fort que l’amour qui lie ces deux êtres que tout semble pourtant opposer.

La Vie devant soi a été rédigé en 1975 et je pense qu’aujourd’hui, 40 ans plus tard, on aurait tout à y gagner si on le (re)lisait. Romain Gary nous parle du quotidien d’un enfant, mais pas que. Il aborde de nombreux sujets toujours d’actualité aujourd’hui et mène quelques réflexions à travers le point de vue de son jeune narrateur ; beaucoup de passages sont d’ailleurs criant de vérité.

L’histoire de Momo c’est une histoire d’amour, de tendresse, d’amitié et d’entraide malgré tous les obstacles qui peuvent se glisser sur son chemin : la religion, la nationalité, la pauvreté, la loi, la justice, la maladie, la médecine… La Vie devant soi c’est un livre qui nous fait sourire souvent et est capable, quelques pages plus tard, de nous émouvoir aux larmes. C’est un condensé d’émotions fortes dans un petit quartier, un petit immeuble, un petit appartement défraichi de Paris.

 

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