Les Neiges de l’éternel de Claire KRUST

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Les Neiges de l’éternel
de Claire KRUST
ActuSF,
2015, p. 344

 

Première Publication : 2015

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

Jeune lilloise, étudiante en métiers de la rédaction, Claire Krust signe ici un premier roman envoûtant, cruel et poétique.

 

 

Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.
Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore.

 

Pour cette nouvelle rentrée littéraire, les Indés de l’Imaginaire – et plus particulièrement ActuSF – nous transportent en plein hiver dans un Japon d’inspiration médiéval auprès de cinq figures liées par le même destin.
Initialement rédigé sous forme de nouvelle – il y a plus de 7 ans -, Les Neiges de l’éternel est un premier roman qui a tout d’un grand. Claire Krust annonce avoir bien d’autres projets sous le coude, je serai au rendez-vous.

5 parties pour 5 personnages. On pourrait presque y voir 5 nouvelles rassemblées par un univers unique et un fil conducteur principal. Tout tourne principalement autour d’une (voire deux) figure(s), enfant(s) d’une famille noble atteinte d’une maladie mortelle que l’on pourrait voir comme une malédiction car elle cause sa déchéance.
Yuki n’est qu’une adolescente lorsqu’elle fuit sa riche demeure et sa famille, bien décidée à trouver le fameux guérisseur de la montagne qui, elle en est persuadée, sauvera son frère adoré qui se meurt. La jeune fille traverse les villages et malgré les dangers qu’elle croise – le froid intense d’un hiver très enneigé – elle ne baisse pas les bras. Plusieurs rencontres se profilent, ne laissant pas toutes les meilleurs souvenirs, mais aucune n’est anodines… jusqu’à sa trouvaille du guérisseur en haut de la montagne et l’horrible révélation qui lui sera faite.

Tout part de Yuki, tous les autres personnages que l’on rencontrera ensuite lui sont liés, soit par des liens de sang, soit par des rencontres décisives. Mais ça, le lecteur le découvre au fil des pages, sans vraiment se douter de quoi il retourne. Lorsqu’on termine la première partie, et donc l’aventure auprès de Yuki, on ne se doute pas que la suivante ne se fera pas auprès d’elle mais auprès d’une nouvelle figure. Et ce n’est qu’en tournant les pages que l’on découvre qui est ce nouveau personnage, comment il est lié à notre héroïne… et que, grâce à lui, on apprend quelques bribes qui complètent la suite de l’histoire de Yuki.
Parce que Claire Krust distille les informations et qu’il faut passer dans chaque portrait, dans chaque conte de chacun des 4 autres personnages, pour avoir quelques réponses à nos questions. J’ai beaucoup aimé cette construction narrative qui pousse à continuer sa lecture toujours un peu plus pour avoir une nouvelle petite pièce du puzzle. Alors bien sûr, ce n’est pas chronologique et donc pas linéaire ce qui implique une petite gymnastique pour le cerveau du lecteur, mais en toute franchise, je suis de celles qui adorent devoir réfléchir un peu pour replacer les cartes dans le bon ordre et je ne pense pas être la seule. Et puis, même si vous n’arrivez pas exactement à replacer qui est qui sur une ligne du temps, il vous restera toujours le plaisir du voyage et du dépaysement auprès de chacun des personnages.

Parce que, et c’est une force de Claire Krust, le voyage est garanti, l’immersion est bien là. Et j’ai vraiment adoré me plonger dans chacun des destins – intimement liés les uns aux autres – de chaque figure. Et même si toutes les histoires s’imbriquent dans un ensemble plus grand, il m’a été très facile d’oublier tout le reste quand je me trouvais auprès d’un des jeunes hommes ou d’une des jeunes femmes de ce livre, entièrement captivée par le moment « présent », par l’histoire personnelle de chacun.
On croise un fantôme centenaire qui tente de défier le temps et sa condition à travers deux jeunes garçons, les seuls à le voir ou à le sentir ; une belle courtisane un peu fière qui malgré la situation dans laquelle elle se trouve, n’oublie pas qui elle est et un jeune guérisseur qui refuse d’accepter les dons hérités de son père.
J’ai perçu beaucoup de sensibilité dans ces portraits, beaucoup d’humanité et d’authenticité. Encore une force de la jeune auteure qui ne se contente pas de nous offrir quelques personnages rapidement esquissés et définis par un ou deux traits de caractère, mais bel et bien des figures complexes auxquelles on croit et auxquelles on s’attache beaucoup, à Yuki principalement.

claire krust portraitVous allez me dire : et l’imaginaire là-dedans ? Outre le contexte inventé (bien qu’inspiré d’un Japon médiéval), le fantastique s’invite grâce à l’apparition régulière du fantôme et, dans une moindre mesure, aux dons des guérisseurs venant tout droit des dieux. C’est léger mais tout de même bien présent et si bien intégré à la « réalité » que l’on y croit sans problème.

Je suis assez impressionnée par la qualité du texte alors qu’il s’agit d’une toute première publication. A travers un point de vue omniscient (toujours à la troisième personne du singulier pour les 5 personnages rencontrés), Claire Krust fait passer à la fois beaucoup d’informations et donc d’images fortes aux lecteurs qui sera transporté dans ce Japon fantasmé dès les premières pages, mais aussi beaucoup d’émotions : il n’est vraiment pas difficile de s’attacher aux personnages et à leur devenir, souvent cruel d’ailleurs.
Un juste milieu entre le descriptif et l’émotionnel qui se marie bien avec l’idée que je me fais de la culture nippone. Entre subtilité, délicatesse, intensité et poésie.

Avec Les Neiges de l’éternel, non seulement je découvre une nouvelle plume mais aussi une maison d’édition que je connaissais évidemment de nom mais dont je n’avais pas encore lu un titre (il me semble). Et si tous les titres de l’éditeur sont de cette qualité, nul doute que je vais sérieusement me pencher sur le catalogue. Quant à vous, allez-y, fiez-vous à cette magnifique illustration de couverture signée JungShan Chang, elle est à l’image du texte : délicate et intense à la fois.

 

Illustration : Portrait de Claire Krust trouvé sur sa page Facebook !

 

Merci aux Indés de l’Imaginaire pour cette belle découverte !

 

20 pensées sur “Les Neiges de l’éternel de Claire KRUST

  • Ping : Les neiges de l’éternel de Claire Krust | Carolivre

  • 2 novembre 2015 à 15 h 10 min
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    Je suis en pleine lecture du livre « Les Neiges de l’Eternel ». L’esprit et le contexte narratif m’ont conquis, je retrouve dans sa lecture la même gourmandise que celle des histoires d’Héroïc Fantasy. Et le style avec les regards croisés des différents personnages pour faire avancer l’histoire est captivant : je suis embarquée.

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  • 20 août 2015 à 10 h 50 min
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    Le Japon me fascine et j’ai pour l’instant plus lu sur la Chine à l’époque des pieds bandés, je note cette référence

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    • 20 août 2015 à 17 h 37 min
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      J’espère que ce livre te plaira. Je suis complètement novice en ce qui concerne la culture nippone (à part les mangas) et je crois que je n’ai jamais rien lu ayant trait à la chine… donc si tu as des titres à me conseiller, pourquoi pas ! 🙂

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      • 28 août 2015 à 9 h 41 min
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        Alors, pour les titres sur la culture chinoise :
        Alors époque pieds bandé juste avant le Révolution point de vue haut niveau social :
        « Lune de printemps » de Bette Bao Lord
        Même époque mais niveau social plus bas avec tout le processus du rite des pieds bandés, toutes les conséquences possibles et si très bien fait les filles peuvent accéder à un meilleur statut (je te conseille plus celui-là pour commencer) :
        « Fleur de Neige » de Lisa See
        et de la même auteure mais pour apprendre sur les rites funéraires et le voyage des âmes, les croyances sur l’au-delà, tu as « Le pavillon des pivoines »
        Autre thème, la condition des femmes chinoises de tout temps mais principalement entre la révolution populaire et aujourd’hui par Xinràn « Chinoises » « Baguettes chinoises » et « Messages de mères inconnues »
        Et sur le Japon, j’ai lu sur les immigrés de l’entre deux guerres qui sont partis en Amérique « Certaines n’avaient jamais vu la mer » par Julie Otsuka
        Bonnes lectures 😉

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  • 19 août 2015 à 20 h 43 min
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    Tiens, la construction fait penser au tout récent Royaume de Vent et de Colères, de Jean-Laurent Del Socorro chez le même éditeur, et le thème choisi rappelle, de loin j’avoue, Porcelaine, d’Estelle Faye chez Les Moutons électriques. Bref, deux bons points 🙂

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    • 19 août 2015 à 20 h 46 min
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      Merci pour ces deux titres, je les note ! J’avais déjà repéré le Estelle Faye (tu as lu sa saga chez Scrinéo ?), je vais aller voir pour l’autre. Merci pour les références !

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      • 19 août 2015 à 21 h 10 min
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        De rien, c’est bien normal. Les Estelle Faye sont des valeurs sûres (mais c’est ma chère et tendre qui a attaqué sa saga chez Scrinéo).

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        • 20 août 2015 à 10 h 42 min
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          J’ai le premier tome chez Scrinéo… je vais essayer de le sortir vite de ma PAL et s’il me plaît, j’envisagerai très sérieusement l’achat de Porcelaine. As-tu lu Un éclat de givre ? La couverture est là aussi tellement magnifique que je suis bien tentée… trop de tentations chez les Moutons !

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      • 21 août 2015 à 1 h 58 min
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        J’aime beaucoup la culture nippone. Je suis loin d’être une spécialiste, mais j’ai lu un certain nombre d’ouvrages se déroulant au Japon. Je te recommande vivement « Deux amours cruelles », de Junichiro Tanizaki (deux nouvelles assez courtes). Plus long, mais incontournable : « La pierre et le sabre », de Yoshikawa, sorte de roman de cape et d’épée dans le Japon féodal (avec samouraïs et tout le toutim).

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