Le Premier de Nadia COSTE

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Le Premier
de Nadia COSTE
Scrinéo,
2015, p. 312

Première Publication : 2015

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

 

 

Nadia Coste est née en 1979, près de Lyon.  Moyenne à l’école malgré son imagination débordante, elle délaisse les livres jusqu’à ses dix-huit ans, année où elle découvre les littératures de l’imaginaire. Le déclic se fait alors, et ses propres histoires commencent à mûrir. En 1998 (la semaine où la France gagne la Coupe du Monde de football !), elle s’autorise enfin à coucher ses histoires sur le papier. Elle travaille ses premiers romans comme des exercices avant de passer aux choses sérieuses en 2004. Six ans et neuf versions plus tard, le premier volume de « Fedeylins » est publié chez Gründ. Après la parution des trois tomes suivants, la tétralogie est complète. Nadia se consacre alors à d’autres univers pour les plus jeunes, dont la trilogie « Les Yeux de l’Aigle » à destination des lecteurs de 8 à 12 ans, publiée entre 2012 et 2013 chez Gründ. Elle est membre de CoCyclics, un collectif de jeunes auteurs qui s’entraident pour améliorer leurs manuscrits grâce à la relecture critique, où elle sévit sous le pseudonyme NB. Elle est également membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse. Nadia vit toujours près de Lyon, elle est mariée, mère de trois enfants, et elle travaille actuellement sur d’autres histoires pour la jeunesse, les adolescents, ou les adultes, dont certaines seront signées « N.B. Coste ». [Son blog]

Fedeylins, Tome 1 

 

♣ ♣ ♣

 

À l’origine, il était humain….
Vaïn n’est pas mort. Pourtant, son frère l’a tué. Est-il ressuscité ? Pourquoi le soleil brûle-t-il sa peau ?
Alors que son désir de vengeance augmente, Vaïn ne tarde pas à imaginer que la Nature l’a sauvé de la mort et rendu différent pour éliminer son frère et sa descendance maudite…
La quête d’un immortel depuis le néolithique jusqu’au début de Rome.

 

J’ai découvert Nadia Coste il y a quelques années avec le premier tome de sa saga jeunesse Fedeylins, premier tome que j’avais adoré (et je me demande pourquoi je n’ai pas encore pris le temps de continuer). J’étais très curieuse de retrouver l’auteure dans un texte au thème complètement différent et à l’atmosphère beaucoup plus sombre.
A vrai dire, l’illustration de couverture assez sanglante (signée Aurélien Police qui fait un magnifique travail) et le résumé de quatrième ne me tentaient qu’assez peu de prime abord, c’est vraiment le désir de lire Nadia Coste dans autre chose qui m’a convaincue de cocher Le Premier lors de l’avant-dernière opération Masse Critique de Babelio. Et vraiment, je ne regrette pas cette petite impulsion. J’ai dévoré ce roman, à nouveau sous le charme de la plume simple mais percutante de l’auteure et complètement happée par cette intrigue originale et bien menée. Une vraie réussite, de A à Z !

Difficile de vous résumer cette histoire sans spoiler le point le plus important de l’intrigue, à savoir la nature particulière des deux frères ennemis, qui sont tous les deux les deux « premiers » à subir ce sort. J’ai parcouru plusieurs chroniques et la plupart éventent le mystère et je trouve que c’est dommage. Alors même si vous pouvez largement vous douter de quoi il s’agit, je vais tout de même tenter ici de ne jamais employer les mots qui qualifient le mieux les deux hommes.
Tout part du conflit largement ancré entre Urr et Vaïn, deux frères de la fin du Néolithique que tout oppose. Urr est un homme quasiment accompli, puisqu’il ne lui reste plus qu’une épreuve d’initiation à la chasse pour pouvoir s’installer avec la jeune femme qu’il a choisie. Tout lui sourit : il est beau, grand, fort et aimé de tous. C’est le fils idéal et le futur homme dont rêvent toutes les femmes de la tribu. Vaïn, plus jeune de quelques années, est au contraire la bête noire du clan : maladroit, frêle, incapable de chasser et donc reléguer à la cueillette des fruits, le fils de l’ombre. Une jalousie fraternelle extrêmement violente l’anime et sera le moteur de la plupart de ses futurs actes. Et c’est d’ailleurs lors d’un affrontement plus brutal que d’habitude que les deux frères acquièrent l’un après l’autre leur « malédiction » et que la séparation entre eux est définitivement consommée. Ils seront dorénavant ennemis mortels et Vaïn n’aura de cesse de poursuivre son aîné et les descendants de celui-ci pour les éliminer un par un.

Le roman est séparé en trois grandes parties. La première s’attarde sur la « naissance » de Urr et Vaïn dans leur nouvelle condition et les premières années de chasse ; la deuxième insiste plus particulièrement sur la solitude ressentie par le plus jeune frère, complètement seul (ou presque) pour mener à bien sa mission, il envisage donc de « procréer » pour avoir un compagnon de route, un fils… le troisième et dernier tiers du texte est sans conteste le plus « mélancolique » mais aussi le plus violent puisqu’il touche aux derniers moments de Vaïn, qui est parfaitement conscient des choses.

J’ai cru voir que plusieurs lecteurs avaient été un peu décontenancés par les personnages auxquels ils ne s’étaient pas du tout attachés. Cela n’a pas du tout été un frein pour moi. Alors évidemment, difficile de s’identifier aux deux frères et notamment à Vaïn, le héros principal (il n’est pas narrateur mais on suit l’aventure essentiellement de son point de vue) mais en même temps, vu leur nature et la violence de leur vie… mais je n’en ai pas moins ressenti beaucoup d’émotions à leur encontre.
Vaïn est carrément détestable au début. Une vraie tête à claques, l’adolescent en rebellion, égoïste et égocentrique. Vous savez, le petit frère insupportable qui suit son aîné partout, le jalouse et est persuadé que tout le malheur vient forcément de lui… Insupportable et je compatissais vraiment pour le pauvre Urr. Au début. L’un des intérêts du Premier réside notamment dans son héros qui connaît une évolution assez impressionnante au fil des pages, et surtout que l’on apprend, sinon à apprécier, au moins à comprendre et à respecter. Je ne dis pas que je me suis attachée à Vaïn, qui reste un être extrêmement violent qui n’hésite pas à éliminer femmes et enfants pour mener sa mission à bien mais derrière son égoïsme premier, on entraperçoit un homme seul, blessé et finalement décidé à protéger le monde d’une malédiction se répandant beaucoup trop vite. Je n’ai pas aimé Vaïn mais j’ai aimé le suivre (il expérimente petit à petit ses nouveaux pouvoirs et connaît quelques désillusions assez soudaines) et puis, malgré toute la noirceur de ce héros, j’ai été émue par son destin.

Nadia Coste s’attarde un peu moins longuement sur les autres personnages – en même temps, on les découvre généralement sous l’angle de Vaïn qui n’est pas des plus sociables – mais ils ne sont pas absents du récit. Urr, évidemment, figure primordiale à l’origine de tout. Difficile de s’attacher à lui et à son destin, on ne le suit que trop peu et notre avis est biaisé par les considérations de son jeune frère qui le déteste.
Dans la dernière partie, le héros « justicier » chasse une jeune femme bien particulière et je lui ai finalement trouvé un lien bien plus grand avec Vaïn ou en tout cas une intensité qui n’existait pas (ou moins) entre les deux frères. Il faut dire aussi qu’on sent très bien que le héros est conscient qu’il mène ici sa dernière traque, tout revêt donc une certaine mélancolie, une certaine émotion très palpable. Clairement, Vaïn est un « méchant » mais un méchant qui en a bavé et qui touche un peu. Et puis, la jeune femme traquée, forte et déterminée jusqu’au bout ne laisse pas non plus indifférent.
Le seul « personnage » qui me laisse assez sceptique est celui que Vaïn baptise « Qu’une corne ». Il s’agit en fait du crâne (dont une corne est cassée, comme sur l’illustration de couverture) qu’il revêt depuis qu’il a tué l’auroch auquel il appartenait (le premier auroch qui l’a fait devenir un homme, un vrai). Une seule corne, un crâne un peu déséquilibré, un peu brisé, une seule moitié… ce qui définit assez bien Vaïn lui-même. Si je qualifie ce crâne de « personnage » c’est non seulement parce qu’il porte un nom mais surtout qu’il intervient dans le récit sous forme d’une voix conseillère (parfois moqueuse). Je ne suis pas convaincue par ce côté surnaturel du récit, alors que les pouvoirs et la nature des deux frères ne m’ont en aucun cas gênée. Je suis sceptique parce que je n’arrive pas à « comprendre » l’apparition de cette voix d’outre-tombe… et l’explication surnaturelle ne me convainc pas totalement cette fois (je préfère y voir une preuve de la solitude du héros). En même temps, heureusement Qu’une corne est là, apportant un peu de compagnie à Vaïn pendant de nombreux siècles…

Le Premier est différent de Fedeylins dans le thème et dans le public visé. Si la première saga de Nadia Coste – publiée chez Gründ – apportait son lot de poésie et de jolis moments tout doux, il n’en est rien ici. Dans ce one-shot, la brutalité et l’animalité est de mise. Certaines scènes sont particulièrement crues et peuvent gêner la sensibilité de certains lecteurs. L’indication « jeunesse » n’apparaît pas sur la couverture et je pense qu’effectivement, cette histoire n’est pas faite pour les plus jeunes lecteurs. On y trouve quand même des passages décrivant le meurtre d’enfants (certes pas tout à fait humains mais quand même) ou encore le viol explicite d’une jeune femme. Peu de choses sont épargnées aux lecteurs, il vaut mieux avoir le coeur bien accroché.
En même temps – et c’est là que l’on reconnaît bien la plume de Nadia Coste -, comme pour Fedeylins, le texte est très imagé et carrément immersif. J’ai dévoré ces centaines de pages, quasiment d’une traite, complètement transportée dans une époque et un monde différents. Je trouve d’ailleurs que l’époque néolithique permet peut-être plus facilement de s’imaginer les décors et les rites (funéraires notamment) que l’époque romaine ensuite abordée. Malgré tout, les images apparaissent sans difficulté dans notre tête, c’est fort, intense… et on en redemande !

Un grand bravo à Nadia Coste qui m’a totalement convaincue avec cette réutilisation de plusieurs mythes et de passages religieux (nul doute que la figure de Caïn est à l’origine de celle de Vaïn) ancrés dans notre imaginaire. L’auteure fait de l’original avec des choses pourtant déjà maintes fois décortiquées… et apporte même une explication à un certain fait, à l’origine de la civilisation romaine (Remus et Romulus, pour les citer). Mais contrairement à d’autres lecteurs, je me satisfais pleinement d’un one-shot (je trouve ce choix parfait) ; il aurait été inutile d’étendre cette aventure sur plusieurs tomes (ce qui aurait occasionné quelques longueurs).
Vivement le prochain roman de Nadia Coste, je serai au rendez-vous, c’est sûr… et en attendant, je vais continuer la saga Fedeylins (que je vous conseille grandement également !).

 

Merci à Babelio et Scrinéo pour cette excellente découverte !

15 pensées sur “Le Premier de Nadia COSTE

  • 17 juillet 2016 à 22 h 11 min
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    Ça a été un coup de cœur pour moi, j’ai été complètement immergé dans ce court roman très prenant. Le personnage de Vaïn est remarquablement écrit ; s’il n’inspire guère de sympathie, l’auteur réussit à nous faire comprendre ses motivations, sa jalousie extrême, ses complexes, ses obsessions, et parfois à nous le faire prendre en pitié. Le suivre au fil des années est fascinant.
    J’ai été assez surpris par la violence et la sexualité qui, sans être crues (même si parfois assez dures), sont abordées avec une grande liberté et sans complaisance, et très bien traitées, ce qui fait plaisir dans un récit « jeune adulte » (pour lesquels j’ai souvent quelques craintes du côté de ces thèmes-là).
    Placer l’histoire au néolithique est une super idée, ça change des cadres habituels.
    J’ai adoré les références/réutilisations de certains mythes (Caïn et Abel, Remus et Romulus pour les plus évidents) de manière très intelligentes. Par contre j’aurais également apprécié quelques explications sur les caractéristiques traditionnelles des vampires qu’on retrouve ici mais qui semblent plus évoquées pour bien cocher toutes las cases du vampire plutôt que pour apporter un réel intérêt au récit.
    J’avais peur quant aux ellipses obligatoire avec de tels personnages, mais c’est très bien géré.
    Pour Qu’une Corne, l’intervention du surnaturel ne m’a même pas traversé l’esprit. Même si ce n’est jamais explicité, pour moi c’était clairement la solitude et la folie de Vaïn qui lui font entendre la voix de Qu’une Corne (qu’il ait le seul à entendre d’ailleurs il me semble).
    Et l’écriture de Nadia est super maîtrisée, très imagée, percutante, ça m’a donné envie de découvrir d’autres œuvres de l’auteur (les Fedeylins notamment, dans un genre différent je sais).
    Et puis, petit bonus, la couverture d’Aurélien Police est comme toujours très réussie.

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  • 15 juillet 2015 à 12 h 08 min
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    Quel enthousiasme ! J’ai trouvé l’histoire réussie et hautement originale. Par contre, les émotions sont particulières vis à vis des personnages – bien que cela soit voulu par l’auteure.

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  • 6 juillet 2015 à 13 h 55 min
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    Rah j’hésite, j’hésite… Je suis très tentée car j’avais beaucoup apprécié l’écriture de Nadia Coste dans Fedeylins mais en même temps j’ai peur de rester trop distante à cause de ces personnages très sombres. Je ne sais pas, je prends note tout de même (^-^)

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  • 27 juin 2015 à 15 h 01 min
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    Tu confortes mon envie de départ, principalement motivée par la découverte de l’auteure et par la couverture ! Grâce à toi, je suis convaincue de devoir concrétiser cette tentation au plus vite, merci 🙂

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