Contes du grenier de Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS, illustré par Eric PUYBARET

contes du grenier emmanuelle benoît de saint chamas éditions du jasmincoupdecoeur
Contes du grenier
de Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS,
illustré par Eric PUYBARET
Editions du Jasmin,
2015, p. 125

Première Publication : 2002

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

Née en 1973, Emmanuelle, après des études littéraires et artistiques, et Sciences-Po, écrit des contes et étudie la graphologie. Né en 1970, Benoît, après Sciences-Po et des études d’économie, s’est aperçu qu’il préférait les lettres aux chiffres et les contes aux comptes.
Leur goût commun pour les contes les a conduits à imaginer le concept des Contes de l’alphabet. Ils ont écrit le premier de ces contes la semaine de leur mariage et le dernier deux ans après, à quelques jours de la naissance de leur premier enfant.

♣ ♣ ♣

Avez-vous déjà vu la cinquième roue du carrosse ? Connaissez-vous les ciseaux qui coupent les cheveux en quatre ? Et le rouleau de tissu de mensonges ? Eh bien, qu’attendez-vous pour aller faire un tour dans le grenier de Tante Anna ? Qui sait, elle aura peut-être une histoire à vous raconter…

Lorsque j’ai sélectionné ce titre proposé dans une des dernières opérations Masse critique de Babelio, je pensais qu’il s’agissait d’un album pour enfants. Quand je dis « album », je pense aux ouvrages entièrement illustrés (les images sont présentes sur chaque page et prennent plus de place que le texte). Alors quand j’ai reçu ce petit recueil de contes à la couverture très jolie mais finalement assez peu fourni en illustrations, j’étais un peu surprise et déçue, il faut bien l’avouer.
Et puis samedi, ayant un peu de temps devant moi, je me suis plongée petit à petit dans ces contes et, résultat : dévoré en quelques heures, j’ai adoré ce recueil et c’est même mon premier coup de cœur de l’année 2015 !

Deux enfants, un frère et une sœur, partent explorer le grenier de leur grande tante Anna qui a la particularité de connaître instantanément l’histoire des objets qu’elle touche. S’étalant sur de nombreuses pièces en enfilade, le grenier recèle un nombre incalculable de trésors oubliés et tout autant d’anecdotes croustillantes.
Le recueil aurait pu compter un nombre beaucoup plus élevé de contes (et ça ne m’aurait pas gênée !) mais Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas se sont concentrés sur six d’entre eux et donc sur six objets atypiques. Un régal d’originalité et d’humour !

On retrouve les figures et les lieux communs des contes de fées, mais rien de vieillot là-dedans, bien au contraire ! Princesse sans bras, roi indécis, gentille sorcière amoureuse… mais aussi prêtre acharné, icône prenant vie et orphelin au bon cœur ; tout y est !

Un petit mot sur chacun des contes découverts dans ce fabuleux recueil ? Allez, brièvement !
Le rabot magique. Un berger tombe amoureux d’une princesse et il prend son courage à deux mains pour aller demander… sa main justement, au roi son père. Malheureusement, toute la famille royale est maudite, chacun de ses membres est né sans bras. Le père accepte de donner la main de sa fille… quand le berger l’aura retrouvée, justement ! Un petit conte bourré de jeux de mots (autour des bras, des mains, des doigts… et des expressions sur le sujet, il y en a un paquet !), avec une chute fabuleuse. Premier conte du recueil, premier waouh !
La girouette de Godibert. Le roi Godibert est indécis, il ne sait pas prendre une décision. Le peuple gronde, le dirigeant finit par acquérir – d’un vaurien – une girouette qui lui indique ce que veulent les habitants du royaume… Oui mais voilà, ce qu’ils veulent n’est pas forcément ce qui est bon pour eux !
L’étole du Père Gronet. Un prêtre qui a une foi aveugle en son Dieu et qui, malgré une inondation massive, refuse de quitter son église… jusqu’au bout il s’accroche, persuadé que le Bon Dieu fera ce qu’il faut pour le féliciter de sa foi aveugle. Oui, mais voilà. Une chute amusante !
Le nocher de Noël. Un petit orphelin, en plein hiver, tombe sur un riche Monsieur qui se moque de lui en lui faisant croire que le bouton qu’il lui offre gracieusement est un trésor inestimable… Le petit garçon n’a rien, il meurt quotidiennement de faim et de froid, mais pour Noël, il veut absolument faire un beau cadeau pour remercier le Monsieur… mais quoi ? Emouvant et efficace. Une question reste en suspens à la fin, le frère et la sœur apportent chacun une solution, mais laquelle est la bonne ?
L’icône de Cordoue. L’amour fait son apparition dans le recueil. Un homme tombe fou amoureux du portrait peint d’une femme. Il l’accroche chez lui et le regarde amoureusement au quotidien. Mais les années passent, l’homme change et son amour aussi… jusqu’au jour où il retourne carrément l’icône face contre le mur, ne voulant plus voir la jolie femme. C’est beau, carrément touchant… et pourtant, pendant le développement, on pouvait sérieusement douter du dénouement !
Les espadrilles de la sorcière. Une gentille sorcière aux grands pieds, bannie par les siens car ils ne comprennent pas son goût pour la gentillesse. Sur son chemin, elle croise un cordonnier dont elle tombe amoureuse et elle va tout tenter pour le satisfaire pour qu’il finisse par accepter de l’aimer en retour… La chute est amusante là aussi et particulièrement bien trouvée !

emmanuelle benoît de saint chamasOutre les contes en eux-mêmes, parfois très amusants et parfois très émouvants, ce sont surtout les interludes dans le grenier qui m’ont largement fait sourire. En effet, les deux enfants ouvrent grand leurs yeux pendant l’exploration et nous racontent ce qu’ils voient.
Le casque de Dark Vador, l’anneau magique de Frodon, la machine à remonter le temps de H. G. Wells, les petits cailloux du Petit Poucet, le collier de Milou, les robes de Peau d’Ane… c’est bien une dizaine de références de notre culture populaire qui défilent sous nos yeux. Alors peut-être que les plus jeunes ne les connaîtront pas toutes (et c’est peut-être justement l’occasion de leur faire découvrir ces histoires célèbres ?), mais les adultes se régaleront !
Ajoutez à cela quelques boîtes renfermant un bon paquet de jeux avec les mots… avez-vous, par exemple, déjà ouvert la boîte aux clefs ? Vous y trouverez la clef des champs, la clef de sol, la clef à molette… et dans le bocal intitulé « Modes démodées d’enfants », on y trouve quoi ? des scoubidous, des pokémons, des pogs, des bracelets brésiliens, des pin’s et même des diabolos… ça ne vous dit rien ?

Et en plus de tout ça, figurez-vous qu’il y a un vrai fil conducteur dans le cheminement à travers toutes les pièces du grenier et donc à travers tous les contes traversés… Arrivés au bout, à la dernière porte (qu’est-ce qui peut bien s’y cacher ?), les enfants vont devoir faire un choix bien particulier. Et le dénouement est excellent, vraiment. Un vrai hommage aux livres qui nous – petits et grands lecteurs – font tant rêver au quotidien. Merci aux auteurs pour ce message !

Quant aux illustrations rencontrées dans ce petit recueil – parce qu’il y en a quand même quelques-unes – elles sont jolies et bienvenues. Je regrette un peu qu’elles soient en noir et blanc (mais je me doute que le prix de fabrication aurait grimpé en flèche si la couleur avait été ajoutée) et qu’elles soient si peu nombreuses (comme dit précédemment), mais elles accompagnent le texte, offrant des images précises à des moments-clefs. Il y en a au moins une par conte et chaque chapitre est décoré d’un petit en-tête stylisé.
C’est un joli petit plus dans ce recueil mais, finalement, et contrairement à mes attentes initiales, c’est vraiment le texte qui me marquera durablement ici.

Contes du grenier est un recueil qui m’a énormément surprise. Alors que je partais presque à reculons, ma déception première s’est bien vite transformée en large sourire… et finalement en coup de cœur ! De beaux messages, des contes originaux entre traditions et modernité, beaucoup d’humour et d’émotions. Génial !

8 pensées sur “Contes du grenier de Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS, illustré par Eric PUYBARET

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1b050854bee4f3ab355eb56e8084120eXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX