Dark Eden de Chris BECKETT

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Dark Eden
de Chris BECKETT
Presses de la Cité,
2015, p. 415

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Dark Eden


Chris Beckett
est l’auteur de trois romans et de plus d’une vingtaine de nouvelles de science-fiction, dont beaucoup ont été initialement publiées dans les revues Interzone et Asimov’s.

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Au cours d’une expédition, des astronautes s’échouent sur une planète, qui ne doit sa chaleur et sa lumière qu’à la bioluminescence de sa flore et à son activité géothermique. Malgré les avaries subies par leur navire spatial, ils décident de tenter de retourner sur Terre ; deux d’entre eux, Tommy et Angela, préfèrent cependant rester plutôt que de courir le risque d’un nouveau voyage. Cent soixante-trois ans plus tard, leurs descendants espèrent toujours une expédition de sauvetage de la part des Terriens. Au sein de cette société stagnante et dégénérescente, appelée La Famille, l’adolescent John Lampionrouge fait tout pour rompre le statu quo. Il ne supporte plus de voir son peuple se cantonner dans la vallée étroite où l’homme a initialement posé le pied et souhaite explorer le reste de ce monde, quitte à se faire des ennemis…

Avec Dark Eden reçu grâce à une opération spéciale de Babelio, j’avais envie de renouer un peu avec la science-fiction. Dans la grande famille de l’imaginaire c’est, il me semble, le sous-genre que j’explore le moins et pourtant, je suis rarement déçue lorsque j’y fais une excursion. Et ma découverte de ce roman de Chris Beckett ne fait pas exception à la règle : j’ai vraiment beaucoup apprécié.
Une situation de départ intéressante et bien posée, un élément déclencheur qui va tout changer… et une évolution passionnante qui prend l’allure d’un page-turner addictif. Le dénouement n’est pas surprenant en soi, mais j’ai aimé la route qui y mène. J’espère avoir à nouveau l’occasion de lire d’autres textes de cet auteur !

Le livre s’ouvre directement avec les descendants des terriens, plus de 160 ans après la colonisation de cette nouvelle planète, baptisée Eden. Ils étaient deux au départ, un homme et une femme, ils sont aujourd’hui plus de 500, tous frères et soeurs, tous appartenant à Famille et s’agglutinant tous dans leur vallée, refusant de s’éloigner de Cercle, là où avaient atterri leurs ancêtres la première fois et là où, obligatoirement, Terre reviendra pour les sauver. Malheureusement, les ressources s’épuisent et malgré le changement d’habitudes (la diversification de la chasse et de la cueillette), la nourriture vient à manquer. Mais les habitudes ont la vie dure et le Conseil des anciens, les chefs de cette population grandissante, refuse d’agrandir les limites du territoire de peur de casser Famille et surtout, de s’éloigner de Cercle…
John Lampionrouge réfléchit à ce qui l’entoure. Il n’a que 15 ans mais ne se satisfait déjà plus de cette vie. Il est persuadé qu’il y a de nouveaux territoires à explorer, de nouvelles choses à découvrir, là, juste de l’autre côté de la haute montagne… mais il est interdit de s’éloigner et même de simplement y penser ! Tant pis, le pubieux ne peut plus se taire, c’est plus fort que lui, il faut qu’il agisse et fasse bouger les choses parce que quelqu’un doit bien le faire… quelles qu’en soient les conséquences…

J’ai adoré me retrouver propulsée dans cette société primitive, sorte d’hommes de la Préhistoire évolués puisqu’ils suivent un ancien modèle humain dont ils ont hérité. Ils ont l’apparence des Hommes, portent des peaux pour se couvrir, chassent grâce à des lances en « verrenoir », ont un langage très similaire à celui que l’on connaît (certains mots de vocabulaire sont déformés ou n’existent pas du tout dans leur quotidien) et perpétuent les traditions et l’Histoire de la Terre, même s’ils ne les comprennent pas toujours. Descendants tous des mêmes parents (l’homme et la femme ayant atterri sur la planète), la consanguinité fait des ravages physiques (pieds griffus, faces de rats…) et dans cette micro-société au bord de l’implosion, les tensions règnent.
Chris Beckett décrit avec précision le monde qu’il nous propose. On comprend bien vite que cette planète, contrairement à la Terre, n’a pas de soleil pour l’éclairer ; c’est la faune et la flore présentes qui, grâce à quelques caractéristiques étonnantes, procurent un peu de luminosité (un peu comme les poissons des profondeurs qui ont une loupiote sur une antenne). Les animaux possèdent généralement 6 paires de membres et leur sang n’est pas rouge. Je me suis imaginée une nature particulièrement hostile, entre la jungle amazonienne et les sommets du Mont Everest. Tout est difficile pour nos descendants et pourtant, ils ont mis au point des techniques de survie assez impressionnantes.

Malgré tout, cette société s’enracine dans ce que ses ancêtres lui ont transmis. Les Anciens gardent précieusement des reliques de la Terre, qu’ils sortent régulièrement, au moment de grandes cérémonies, histoire de propagander et de bien rappeler aux plus jeunes ce qu’il faut (et surtout ce qu’il ne faut pas) faire. La moindre proposition de changement est vécu comme un affront personnel, une rébellion qu’il faut très vite tuer dans l’œuf.
Intéressant de voir à quel point un groupe d’êtres doués de réflexion, suit aveuglément les commandements – stupides – d’une minorité qui détient le pouvoir grâce à quelques objets et à quelques paroles bien choisies. John est celui qui met un coup de pied dans la fourmilière. On se réjouit vraiment de son courage. Au début. Parce que les conséquences ne sont pas si positives que ça, finalement. Le changement entraîne beaucoup de choses, et des mauvaises. Et comme John finira par le faire, on doute du bien fondé de son choix premier. N’aurait-il pas mieux valu continuer comme tout le monde l’avait fait ces 160 dernières années ? Est-ce que ça valait le coup de briser Famille ? Et finalement, on comprend que même si on repart de zéro sur une nouvelle planète, on recommence exactement les mêmes choses, on reproduit exactement les mêmes erreurs et on en arrive aux mêmes horribles extrémités. Quand je dis on, je parle des êtres humains, évidemment.

chris beckettLa chute n’est pas très surprenante finalement, on pouvait largement s’en douter. Et pourtant, tout le cheminement jusque là, toute la réflexion par laquelle passent John et ses compagnons – notamment le noyau dur : Tina, Gerry et Jeff, valent le coup d’oeil. On se met dans les mêmes conditions qu’eux et on se demande ce qu’il pourrait bien se passer si ça arrivait vraiment, parce que oui, c’est un futur largement envisageable...
Et en même temps, on s’indigne pas mal – et on a envie d’entrer dans le livre pour taper du pied et en secouer certains – devant les réactions (ou le manque de réactions) de tous ces êtres humains qui se laissent porter par la vague ou qui, au contraire, prennent des décisions horribles, simplement par bêtise ou par désir de puissance. C’est révoltant… et en même temps, comme je le disais dans le paragraphe précédent, ça semble être immuable. Planètes différentes, époques différentes et pourtant les mêmes résultats, à croire que l’être humain est capable du meilleur comme du pire, quelles que soient les situations de base.

Chris Beckett donne la parole à plusieurs personnages dans ce roman. John la plupart du temps, le penseur visionnaire qui ne se satisfait jamais de ce qu’il a acquis ; mais aussi Tina, la jeune femme qui souhaite l’accompagner et le soutenir malgré les doutes qui l’assaillent à de nombreuses reprises. D’autres figures plus secondaires prennent parfois la parole, illustrant d’un nouveau regard et avec leurs mots quelques situations clefs du récit. Le lecteur a ainsi un tout petit tour d’horizon de cette micro-société et ce n’est pas plus mal.
Les chapitres sont donc rédigés à la première personne du singulier ce qui, en plus de leur relative brièveté, offre un rythme de lecture et une immersion assez forte. Les pages se tournent très très vite, on est pressé de connaître le dénouement : Terre va-t-elle revenir les sauver ? John va-t-il réussir à faire accepter ses idées de progrès ? Cette petite société va-t-elle prendre les bonnes décisions et évoluer positivement ou s’enraciner dans ses mauvaises habitudes ? Je vous laisse le découvrir…

J’ai apprécié cette lecture d’un bout à l’autre. Les mots m’ont portée de la première à la dernière ligne, les images éclataient devant mes yeux, la réflexion était là et beaucoup d’émotions m’ont submergée pendant cette exploration. Encore un titre qui me conforte dans l’idée de continuer à lire de la science-fiction !

Illustration : portrait de l’auteur trouvé sur Amazon !

13 pensées sur “Dark Eden de Chris BECKETT

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