L'Epouse de bois de Terri WINDLING

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L’Epouse de bois
de Terri WINDLING,
traduit par Stéphan LAMBADARIS
Les Moutons électriques,
2010, p. 317

Première Publication : 1996

Pour l’acheter : Sur le site de la maison !

Terri Windling, née le 3 décembre 1958 à Fort Dix au New Jersey, est une dessinatrice, peintre, romancière, essayiste et directrice littéraire américaine de littérature fantasy, spécialisée dans la féerie. Ses œuvres ont été exposées aussi bien en France qu’en Angleterre ou aux États-Unis. Elle a participé entre 2008 et 2010 au projet européen Interreg IV « nos légendes en partages » (« the shared legends project »), collaboration de réalisateurs et d’artistes vivant en Angleterre et en Bretagne. (Wikipédia)

Le site de Terri Windling 
Le site de Brian Froud 

♣ ♣ ♣

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, Davis Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds… Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille- lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison – ou la vie.

C’est Acr0 Livrement qui m’a parlé de ce livre il y a quelques mois de cela, juste après ma lecture de Faërie de Raymond E. Feist. Selon elle, L’Epouse de bois avait tout pour me séduire. J’ai toute confiance en Acr0 et je me fie très souvent à ses impressions. Et de toute façon, quand j’ai vu la couverture et le sujet, recommandations ou non des copines, je n’avais plus qu’une idée en tête : l’acheter et le lire ! Une réédition chez Le Livre de Poche existe mais je voulais absolument l’avoir dans sa première traduction française chez Les Moutons électriques (collection de la Bibliothèque Voltaïque) parce que l’objet-livre est magnifique.
Finalement, et à mon plus grand regret, ce n’est pas un coup de coeur (j’en ai très – trop – rarement, de toute façon) mais j’ai beaucoup apprécié ce livre à l’atmosphère chargée en magie primitive. Une belle découverte et un très bel achat que je ne regrette absolument pas !

L’Epouse de bois n’est pas un roman à l’action haletante ni même avec un fil conducteur bien marqué (si ce n’est trouver une explication à la mort étrange de Davis Cooper). Il s’agit plutôt d’une plongée surprenante dans l’atmosphère particulière des montagnes et du désert de l’Arizona. Point de prophétie, de malédiction ou de combat contre le Mal ici, non, juste la rencontre avec une forme de magie primitive, une magie naturelle ancrée dans le quotidien de ces paysages sauvages.
Le lecteur effectue ce voyage en compagnie de Maggie Black, l’héroïne qui, après une vie turbulente à Los Angeles, quitte tout pour s’installer dans le chalet de Davis Cooper, vieux poète anglais lui ayant légué la plupart de ses biens (dont la maison). Fascinée par l’écrivain et par sa mort surprenante (noyé dans un cours d’eau asséché), Maggie veut lui rendre un dernier hommage en écrivant sa biographie et se plonge donc dans le passé du vieil homme. Elle-même poète et journaliste, elle semble pourtant avoir perdu le feu sacré au fil des années ; la quarantaine est là, c’est le moment des remises en question. La vie dans les montagnes va lui ouvrir les yeux sur beaucoup de choses : sorte de voyage initiatique chamanique… danse autour du feu, calumet de la paix et plume dans les cheveux en moins… quoique !

J’ai été surprise en jetant un oeil aux chroniques déjà publiées, de découvrir qu’une lectrice (je ne sais plus laquelle) avait été très déçue par sa lecture car s’attendait à un livre jeunesse au vu de l’illustration de couverture. Je suis surprise parce que pour moi, ce magnifique tableau signé Brian Froud, n’a absolument rien d’enfantin, bien au contraire ! J’y perçois beaucoup d’ambiguïté (cette créature féminine est-elle « bonne » ou « mauvaise » ?) et une certaine sensualité. Et le texte qui se cache derrière est clairement destiné aux adultes. Pas qu’il y ait une quelconque difficulté de compréhension mais plutôt à cause des thèmes abordés et de la façon dont ils le sont. L’héroïne a la quarantaine, elle est bien loin des préoccupations adolescentes, et c’est tant mieux !

C’est donc un rythme assez long et contemplatif qui prévaut ici. Les éléments surnaturels s’intègrent petit à petit et naturellement à l’intrigue. Le lecteur s’habitue à croiser des animaux qui n’en sont pas vraiment et, comme l’héroïne, adopte petit à petit les croyances et certitudes des lieux. Entre folklore celtique et mythologie amérindienne, il n’y a qu’un pas !
Les créatures sont intimement liées à la terre qu’elles foulent et à l’air qu’elles respirent. Changeurs ou animaux-totems de la culture amérindienne et principe du « un prêté pour un rendu » très présent dans le folklore anglais (les humains passent des marchés avec les faes mais attention, comme celles-ci ne font pas la différence entre le Bien et le Mal, c’est souvent risqué !) se mêlent à merveille ici, offrant une ambiance très particulière. Chaque pierre, chaque feuille, chaque cactus, chaque animal des montagnes possèdent une essence propre et les personnages ont plusieurs visages (pour la plupart insoupçonnés !)… bref, l’atmosphère crépite de puissance magique et envoûte aussi bien Maggie Black que le lecteur.

terri windling portraitOutre cette magie primitive très palpable, j’ai également apprécié la grande place accordée à l’Art dans ce roman. L’Ensorceleuse de Elizabeth Hand lie très intimement la Faërie à la peinture préraphaélite ; ici, les personnages évoluent dans un cercle d’artistes divers, du poète au peintre (en passant par le sculpteur et le musicien). J’aime énormément l’idée qu’un fil très solide et très intense existe entre Magie et Art ; et là, on est en plein dedans !
Le tableau de Brian Froud (l’illustration de couverture) sert d’ailleurs de bases à cette histoire. Terri Windling s’en est inspiré pour l’écriture de son roman et l’insère d’ailleurs dans son texte puisque les personnages ont l’occasion de côtoyer le travail de l’illustrateur, notamment ce tableau, alors baptisé L’Epouse de bois.
L’auteure dissémine également quelques extraits de poèmes, certains de Pablo Neruda, d’autres d’une certaine Anna Naverra (défunte compagne de Davis Cooper). Ne cherchez pas, cette dernière est le fruit de l’imagination de Terri Windling mais réalité et fiction se marient si bien qu’on ne sait plus où se situe la barrière… les coyotes qui hurlent à la lune dans l’Arizona sont-ils ce qu’ils semblent être ? L’ambiguïté est peut-être vraiment présente dans les montagnes près de Tucson ? En tout cas, je me plais à le croire.

Terri Windling est un nom trop peu connu en France. Éditrice et anthologiste de renom, l’américaine n’a que peu écrit et a été encore moins traduite dans notre pays, snif ! J’espère que cette erreur sera vite réparée dans les années à venir car c’est définitivement une spécialiste à suivre. Je possède Blanche Neige, rouge sang, anthologie qu’elle a dirigée en compagnie d’Ellen Datlow, que j’avais beaucoup aimée lors de ma découverte il y a de cela plusieurs années et qu’il faut absolument que je relise (pour vous en parler !).
Quelques coquilles se sont glissées dans la traduction de Stéphan Lambadaris, traduction que j’ai parfois trouvée un peu maladroite (j’ai plusieurs fois relevé des répétitions) ; malgré tout, il se dégage quelque chose de fort de la plume de Terri Windling : beaucoup d’images percutantes et comme un brin de magie, un peu comme si l’auteure avait glissé un peu de sa forte aura dans son texte. J’ai bien envie de rapprocher l’américaine de Loreena McKennitt qui, dans un autre registre (la musique en l’occurrence), fait passer comme un puissant courant magique. De toute façon, je pense qu’elles sont un peu faes toutes les deux.

Pas un coup de coeur mais un univers marquant, un thème que je veux plus que tout continuer à explorer et une auteure/éditrice/artiste qu’il me tarde de retrouver grâce à une autre de ses oeuvres !

Illustration : Portrait de l’auteure trouvée sur son site.

La Playlist qui va bien : Loreena McKennittDaemonia NympheOmniaFaun

 

9 pensées sur “L'Epouse de bois de Terri WINDLING

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  • 10 avril 2015 à 19 h 31 min
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    Je découvrir ce roman avec ta chronique ! La couverture m’appelle irrésistiblement et tes mots encore davantage, merci 🙂

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  • 10 avril 2015 à 12 h 19 min
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    Ok là je suis morte de rire parce que je discute souvent avec une personne qui habite à Tucson justement !! ^^ Je ne crois pas qu’elle lise beaucoup de fiction mais je vais quand même en discuter avec elle. 🙂 En tous cas ton avis donne très envie, et si tu dis qu’Acr0 a aimé aussi, je pense comme toi que c’est un avis à retenir également. ^^
    Par contre je sais pas quand… ma PàL monte plus qu’elle ne descend en ce moment !

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  • 10 avril 2015 à 8 h 48 min
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    Ouf, je suis contente que tu ne regrettes pas ton achat malgré le coup de cœur loupé. Ce qui m’a fait le plus bizarre, c’est de me retrouver en plein Arizona ! Et c’est là où tout le talent de l’auteure se révèle car on prend plaisir à ce voyage.

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  • 9 avril 2015 à 23 h 22 min
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    Au résumé, on sent bien ce côté contemplatif en effet. ça peut être sympa si bien dosé.

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  • 9 avril 2015 à 20 h 54 min
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    Effectivement, je ne trouve pas que l’image fasse « jeunesse ». Il y a une sensualité a double tranchant dans son regard. Comme tu dis, est-elle bonne ou mauvaise ?
    Et j’approuve le choix de Loreena Mckennitt 😀

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