Edith, reine des Saxons de Regine SONDERMANN

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Edith, reine des Saxons
de Regine SONDERMANN,
traduit de l’allemand par Karine VOIGT
Editions Amazon,
2014, p. 208

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : Édith, reine des Saxons

Regine Sondermann est née en 1965 à Nördlingen (Donau-Ries). Après des études de langues slaves à Cologne et à Berlin, elle se consacre à sa vocation d’écrivain. Elle vit à Magdebourg avec sa famille.

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« Vous voulez m’aimer, mais vous ne me connaissez pas ». C’est par ces mots que la Reine Édith commence son récit, qu’elle nous adresse aujourd’hui la parole, à plus de mille ans de distance. L’auteur magdebourgeoise, Regine Sondermann transporte le lecteur dans un Moyen-Âge encore jeune, aux côtés d’une femme, dont on ne connaissait jusqu’à présent que peu de choses. Elle mourut à trente-six ans et fut enterrée dans la cathédrale de Magdebourg où ses ossements ont été retrouvés dans un petit cercueil de plomb, en l’an 2010. L’auteur a trouvé dans les sources historiques, les livres d’histoire et ses entretiens avec archéologues et historiens de petits morceaux de cette courte vie, qu’elle a patiemment assemblés et remis en place, comme un bol ancien brisé il y a très longtemps. Lire l’histoire d’Édith et de sa famille, c’est voyager dans des contrées inconnues, qui nous paraissent si proches, et se trouvent pourtant infiniment loin, c’est découvrir des moeurs tantôt archaïques, tantôt cruelles et la croyance profonde guidant et réconfortant nos ancêtres, livrés impuissants aux guerres, famines et maladies.

J’ai longtemps été passionnée par tout ce qui a trait au Moyen Age. Les cours d’histoire de l’art médiéval étaient mes préférés (je me suis même lancée dans un master sur le sujet) et j’ai dévoré bon nombre de romans et études sur le sujet. Je ne sais pas s’il me reste grand chose aujourd’hui de tout ça, j’étais donc heureuse de pouvoir retrouver mes amours adolescentes avec cet ouvrage, adorablement proposé par Regine Sondermann et Karine Voigt (la traductrice) que je remercie.
Il me semble que l’on connaît davantage l’histoire médiévale à partir de l’an 1000 et la mise en place du système féodal avec les châteaux (et surtout leur ancêtre, la motte castrale) mais que l’on est moins à l’aise avec le Haut Moyen Age, première partie de cette longue période (Ve-XVe, grossièrement, séparée en trois). Evidemment, les sources écrites sont plus rares… mais quand même (j’avais beaucoup aimé la duologie Les Reines pourpres de Jean-Louis Fetjaine) ! Edith, reine des Saxons, revient sur la vie d’une femme ayant vécu dans la première moitié du Xe siècle… et quelle vie !

Difficile d’être une femme à cette époque. Pauvre vous deviez travailler des dizaines d’heures par jour et mourriez à à peine trente ans ; née dans une famille privilégiée, vous étiez là pour servir les intérêts de la lignée et donc pour être « vendue » au plus offrant. Fille du royaume du Wessex (sud de l’Angleterre actuelle), Edith est envoyée avec l’une de ses soeurs pour être présentée à Otton, futur successeur d’Henri 1er, roi de la Francie occidentale. Bien sûr, pas de chance, c’est elle qu’il choisit comme future épouse, devant répudier la femme qu’il avait alors dans sa couche et dont il avait eu un premier fils. Dès lors, Edith doit seconder cet époux aux lourdes responsabilités, réussir à intégrer une belle famille réticente, s’adapter à des coutumes étrangères aux siennes et surtout… donner un fils à la lignée royale. Jeux de pouvoirs, manipulations, conflits fraternels, meurtres de sang froid plus ou moins déguisés… Edith meurt à l’âge de 36 ans, fatiguée par une courte vie bien remplie.

statuettes edtih otton magdebourgCe n’est que très récemment, en 2010, que les ossements d’Edith furent découverts au sein de la cathédrale de Magdebourg (en Allemagne). Regine Sondermann, grâce à de nombreuses recherches et grâce à l’aide de spécialistes, nous propose de les faire revivre en nous contant ce que a pu (a dû ?) être la vie d’Edith de Wessex.
De son enfance sur les routes du sud de l’actuelle Angleterre aux derniers jours de son existence, soulagée par les promesses d’avenir de ses deux enfants, Edith nous relate son voyage. C’est un peu comme une sorte de journal intime sorti tout droit de l’au-delà.
Regine Sondermann a en effet choisi la narration à la première personne du singulier tout en gardant un ton assez détaché, une certaine distance. On se retrouve donc avec un texte qui oscille entre le roman et le témoignage historique. Le « je » rend le tout plus palpable pour le lecteur, plus attachant et donc digeste… mais j’aurais presque aimé que l’histoire soit plus romancée, plus développée ; que l’auteure s’attarde davantage sur la psychologie de cette « héroïne », figure historiquement réelle car à mon goût, cette femme d’exception qui a fait l’Histoire (comme beaucoup d’autres femmes avant et après elle), reste trop froide tout au long du récit, trop distante, un peu comme si elle nous récitait un exposé d’une voix monocorde, laissant les émotions de côté. Je suis donc restée légèrement sur ma faim, et je le regrette. En même temps, je comprends aussi ce choix de narration qui n’est pas inintéressant au demeurant ; j’ai juste une préférence pour les textes qui jouent plus sur le côté émotif que sur la narration neutre de faits réels, comme un manuel d’histoire pourrait le faire. L’ouvrage de Regine Sondermann hésite entre les deux.

L’auteure a fait nombre de recherches, ce qui se ressent dans les nombreux détails disséminés tout au long du texte. C’est documenté, riche en informations et vraiment passionnant ! Malgré tout, pour des lecteurs parfaitement novices et pas historiens de base, il me semble que quelques explications sommaires auraient pu être utiles (qu’entend-on par « Saxons », par exemple ? Le duc de Saxe – Otton – ça correspond à quoi exactement ?) ; une carte présentant le découpage des différents royaumes dans la première moitié du Xe siècle aurait aussi pu être insérée au début du livre, de même qu’un succinct arbre généalogique ? Bien sûr, les recherches peuvent se faire en parallèle, grâce à Google qui est notre ami… mais pour les fainéants comme moi, qui lisent loin de leur écran d’ordinateur, c’est moins pratique. Cela dit, c’est l’occasion de laisser libre court à sa curiosité et d’apprendre plein de choses ! J’aime assez les livres historiques pour ça.

J’ai vraiment beaucoup aimé découvrir cette reine méconnue de notre Histoire et en savoir plus sur les us et coutumes de l’époque, par la même occasion. 200 pages, c’est court, et la plume très fluide et très belle de Regine Sondermann participe, bien paradoxalement, au sentiment de manque : j’en aurais voulu plus ! Le choix d’une narration un peu froide et distante – témoin d’une personnalité de l’époque ? – me laisse un peu sur ma faim car m’a un empêchée de m’attacher à Edith autant que je l’aurais pu si le côté émotif avait été plus développé. Un grand merci à Regine Sondermann d’avoir fait revivre cette figure historique à travers ces quelques pages !

Merci à Regine et Karine pour leur confiance !

Illustration : les statuettes présumées d’Edith et Otton, installées dans la cathédrale de Magdebourg.

9 pensées sur “Edith, reine des Saxons de Regine SONDERMANN

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