Le Clairvoyage, Tome 1 de Anne FAKHOURI

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Le Clairvoyage,
Tome 1
de Anne FAKHOURI
L’Atalante Jeunesse,
2011, p. 253

Première Publication : 2008

Pour l’acheter : Le Clairvoyage, Tome 1

Anne Fakhouri est née à Paris et, après quelques escales ici et ailleurs, y est revenue. Passionnée par Lewis Carroll et les chevaliers de la Table Ronde, sa formation très classique la mène sur les bancs de la Sorbonne puis devant ceux d’un collège où elle exerce l’enthousiasmant métier de professeur de français. Dévorant toutes formes de littérature, elle s’est naturellement tournée vers celle de l’imaginaire pour écrire, pratiquant le voyage immobile et l’évasion quotidienne. En 2008, l’Atalante publie son premier roman, un diptyque pour la jeunesse, Le Clairvoyage et La Brume des Jours, pour lequel lui sera décerné le Grand Prix de l’Imaginaire 2010. En 2011, elle change de lectorat avec Narcogenèse, un thriller fantastique pour adultes où les sorcières côtoient les flics et le Marchand de Sable tue les enfants en perdition. Quelques nouvelles après (du space opera à la fantasy), elle a pour projet de continuer à explorer toutes les facettes de l’imaginaire, pour les adolescents et les adultes. (Wikipédia)

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Confiée, à la mort de ses parents, à un oncle qu’elle ne connaît pas, Clara découvre une famille excentrique et devient la pièce maîtresse d’une bataille âpre entre le monde des fées et le monde des humains. Clara arrivera-t-elle à dépasser ses peurs pour entrer dans l’aventure ?

Acheté aux Imaginales 2014 suite aux conseils avisés d’un collègue, j’ai enfin pris le temps de découvrir la plume de la très appréciée Anne Fakhouri. En apprenant que l’auteure comptait s’installer à Dublin dans les mois qui suivaient, cette histoire féérique – qui avait tout pour me plaire à la base – m’a semblé encore plus alléchante.
Ecrire de la littérature jeunesse intelligente, à la fois accessible aux jeunes lecteurs et parvenant également à enthousiasmer les lecteurs plus aguerris (pour ne pas dire les plus vieux) : voilà un exercice difficile et il faut l’avouer, assez rarement probant. Anne Fakhouri s’en sort ici très admirablement et réussi le pari de nous donner envie de nous jeter rapidement sur le deuxième et dernier tome de sa duologie !

Le lecteur suit Clara, une toute jeune fille de 12 ans, qui doit survivre au drame causé par la perte de ses deux parents dans un accident de la route. Vive, intelligente, curieuse à l’esprit scientifique et un brin cartésienne, la demoiselle est recueillie par son oncle Antoine (le frère de sa mère) et son étrange femme évanescente (Elizabeth, surnommée Bébé par tout le monde), dans leur grande demeure. Trouvant réconfort en la présence de son inséparable poupée aux yeux de bois (Miss Buba), constamment suivie par un corbeau noir, Clara découvre un monde parallèle à la fois inquiétant et séduisant, haut en couleurs et rempli d’ombres… Le lecteur le découvre à ses côtés : elle a un rôle important à jouer car évidemment, elle est au centre de tout…
Je n’ai plus 12 ans depuis longtemps mais j’ai tout de même beaucoup aimé suivre cette toute jeune fille, sa quête d’identité et les questionnements qui y sont liés. Clara est mature (mais pas trop), elle est agréable à suivre, que l’on est 12 ans comme elle ou quasiment 30… Débrouillarde et pleine de ressources, elle évolue à la lisière des deux mondes, aidée en cela par des personnages secondaires tous plus loufoques les uns que les autres (la Grande-Tante Coucou, les soeurs Suze et Lia, Monsieur Hêtre et même Antoine qui voit et parle à sa défunte mère). Seul Gauvain semble plus ou moins «normal».
De quelques années l’aîné de notre héroïne, il est bientôt un homme, mais pas tout à fait quand même. C’est une figure – secondaire mais presque principale – que j’ai appréciée, à la fois sûr de lui et au courant de plusieurs choses mais en même temps toujours un peu naïf et tout à fait touchant. On sent bien qu’il a grandi trop vite, par la force des choses car témoin et victime de drames.
C’est toute une fourmillière qui gravite autour de Clara et chacune de ces petites fourmis détient une connaissance particulière, une pièce du puzzle… en bref, une place précise dans l’équation dont notre héroïne est la clef.

Anne_Fakhouri©Frederic_GrosjeanOpixidoMais la clef de quoi ? Anne Fakhouri nous propose dans ce premier tome, la mise en place des personnages et de quelques éléments féériques apparement au monde parallèle au notre. Mais finalement, ce n’est ici qu’une grosse introduction à ce que l’on découvrera dans le tome suivant, j’en suis sûre. En tout cas, les dernières pages du Clairvoyage annonce une entrée dans le vif du sujet. Et j’ai hâte d’y être !
Clara rencontre donc, par petites touches de plus en plus fréquentes, les êtres féériques qui semblent avoir élus domicile dans la demeure et le jardin de son oncle et de sa tante. Une banshie et des fantômes dans le grenier, une sirène dans un des bassins… chaque recoin cache bien des secrets. Et j’ai particulièrement aimé le traitement de la Faërie par l’auteure française.
Elle nous le dit noir sur blanc au coeur des pages : les fées ne font pas la différence entre le Bien et le Mal, elles agissent donc selon leurs désirs, sans se soucier de la morale ou de «bien faire». Tantôt enjoleuses et douces, tantôt brutales et teigneuses, elles changent de forme et d’humeur à loisir ! On ne sait pas trop sur quel pied danser avec elles, on ne sait si on doit leur faire confiance (surtout pas !) ou définitivement les craindre…
Ce doute persistant laisse planer une atmosphère bien particulière sur le texte car, bien loin des contes de fées plein de paillettes, notre jeune héroïne et les jeunes lecteurs sont propulsés dans un monde dur et cruel, glauque et inquiétant… où la Mort revêt bien des formes et peut frapper à tout moment. Le côté horrifique est ici moins poussé que dans le Faërie de Raymond E. Feist (par exemple) mais comme dans ce dernier, le lecteur pourra croiser la reine Titania et l’espiègle Puck, toutes les deux des figures très classiques en terme de folklore celtico-britannique (en témoigne Le Songe d’une nuit d’été, célèbre pièce de Monsieur William Shakespeare). Clara rencontre également le célèbre Merlin qui en prend ici pour son grade (il est assez loin le digne et sage barbu au chapeau pointu) ! Voilà de nombreux éléments mythologiques piochés de-ci de-là, qui devraient en ravir plus d’un, moi la première !

Quant au style d’Anne Fakhouri, me voilà tout à fait conquise. Encore une fois, l’auteure réussit le pari de conter une histoire à la fois accessible littérairement pour les plus jeunes mais en même temps, maîtrisée et stylistiquement agréable pour les adultes. J’ai aimé les images fortes qui défilaient devant mes yeux pendant ma lecture, de même que les répliques – ni trop présentes ni pas assez – des personnages.

Entre un Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et un Matilda de Roald Dahl, Anne Fakhouri a tout d’une très grande. La suite et fin m’attend d’ores-et-déjà dans ma bibliothèque, de même que le – semble-t-il – très fun American Fays, rédigé à quatre mains en compagnie de Xavier Dollo (alias Thomas Geha). Voilà qui devrait me promettre de bons futurs moments de lecture !

Illustration : Portrait de l’auteure trouvé sur Et alors jeunesse.

 

9 pensées sur “Le Clairvoyage, Tome 1 de Anne FAKHOURI

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