Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante de Alexandre KHA

les nuits rouges du théâtre d'épouvante alexandre kha
Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante
de Alexandre KHA
Editions Tanibis,
2014, p. 120

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : directement sur le site de la maison !

Alexandre Kha, né à Lannion le 30 novembre 1969, est un illustrateur et dessinateur de bande dessinée français.

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Trois ans après Les Monstres aux pieds d’argile, Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante pose un nouveau jalon dans l’univers d’Alexandre Kha. Il retrace cette fois-ci l’histoire funeste de la troupe de comédiens d’un théâtre délaissé où, peu à peu, les cauchemars imaginaires de leur spectacle macabre prennent le pas sur la réalité.
Les cinq chapitres constituent autant d’histoires secondaires, tel un roman-feuilleton, et évoquent les personnages étranges qui peuplent ces nuits rouges : un épouvantail misanthrope, persécuté par les corbeaux, un Casanova au visage vitriolé, un jeune étudiant décapité mais bavard, un loup-garou aguicheur et lunatique, de vrais et faux zombies, sans oublier Elena, jeune femme d’Europe de l’Est engagée dans ce théâtre pour sa faculté à exprimer la peur, sous le joug d’un metteur en scène tyrannique. Ici, le dérisoire côtoie le tragique. Le morbide se teinte d’érotisme. Les nuits sont rouges mais le sang plutôt noir.

Reçu grâce à la dernière opération Masse Critique de Babelio, Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante est un petit ovni proposé par les éditions villeurbannaises Tanibis, que je remercie. Je ne connaissais ni la maison (pourtant je vis à côté !) ni Alexandre Kha, auteur et illustrateur de l’ouvrage (et d’autres avant celui-ci, dans la même veine a priori). Je prends vraiment beaucoup de plaisir à sortir des sentiers battus et à découvrir de « petites » structures ; c’est d’ailleurs le point le plus positif de ce blog et des partenariats que je peux mettre en place ici ou là.
Je n’ai pas adoré Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante d’un bout à l’autre mais j’ai été intriguée et surprise par l’aventure. Il y a clairement un quelque chose qui se dégage de cet ouvrage, une « patte » particulière que j’ai appris à apprécier au fil des pages et que j’ai même été déçue de quitter lorsque ma lecture a été terminée. Etonnant et marquant, ce « recueil » m’a convaincue. Et vous ?

A l’intérieur de ce joli et grand livre rouge, cinq épisodes dédiés à cinq personnages différents, tous liés les uns aux autres, et tous rencontrés plus ou moins régulièrement en personnages secondaires dans les historiettes dont ils ne sont pas les héros.
Un Epouvantail raseur (qui n’effraie aucun oiseau, bien au contraire !), un Casanova vitriolé (qui espionne de jeunes femmes chez elles avant de leur voler quelques affaires et de les collectionner comme trophée… jusqu’au soir d’Halloween !), un Lycanthrope aguicheur (qui peine à contrôler ses pulsions), une Tête parlante (qui a perdu la tête lors d’un rendez-vous amoureux bien particulier !) et un Souffleur intempestif (embauché pour soutenir Elena qui peine à retenir son texte) : cinq figures masculines gravitant autour d’une seule et blanche colombe – la fameuse Elena – une jeune ukrainienne sans papier qui devient actrice dans le théâtre de l’épouvante. Tout ce petit monde est plus ou moins réuni dans ce théâtre particulier auprès du directeur des lieux – Henri Chaptal – un créateur un peu fantasque, aux allures de tyran parfois légèrement amère.

extrait les nuits rouges du théâtre d'épouvante alexandre kha tanibisJ’ai globalement apprécié toutes les histoires liées à chacun des personnages que l’on croise même si certaines m’ont davantage accrochée et donc marquée. L’aventure du Lycanthrope aguicheur est la plus courte de toutes (c’est la troisième, celle du milieu) et c’est sans doute celle que j’ai trouvé la moins aboutie. Le personnage mis en scène est intéressant – on le croise en personnage secondaire dans les autres épisodes – mais c’est court, trop court. Par contre j’ai apprécié les quatre autres, toutes différentes dans la narration, toutes originales et assez intenses. Le passé de la Tête parlante (comment le personnage s’est retrouvé sans tête) est assez glauque mais c’est bien trouvé.

De façon générale, Alexandre Kha entremêle l’Amour et la Mort (Eros et Thanatos) dans la vie de chacun de ses personnages. Il n’est pas le premier à le faire, mais ça fonctionne bien et c’est un duo qui me parle assez. Pour autant, l’auteur/illustrateur ne tombe pas non plus dans un romantisme effréné ou dans l’hyperbole insupportable ; non, il apporte juste ce qu’il faut d’ironie, une petite pointe de cynisme qui rééquilibre un peu l’ensemble et offre un peu de fraîcheur.

Je dois avouer qu’au premier abord, je n’étais pas vraiment fan du dessin. Vignette par vignette, les visages et expressions ne me plaisaient pas plus que ça. Un côté résolument enfantin, cherchant la simplicité… ça ne me parlait pas vraiment. Et puis, à force de tourner les pages, j’ai laissé ma vision s’élargir un peu et ai finalement pris beaucoup de plaisir à regarder ces 120 grandes pages. L’ensemble fonctionne très bien et j’ai tourné la dernière page en ayant gagné une certaine tendresse pour le style de Alexandre Kha.
Les teintes choisies m’ont aidée à apprivoiser celui-ci car le choix de la polychromie rouge/noir/gris/blanc offre une ambiance particulière, un juste milieu entre douceur et brutalité des nuances. Un peu comme l’Amour et la Mort d’ailleurs.

Curieuse mais sceptique à la lecture des premières pages, j’ai finalement refermé l’ouvrage séduite par la « patte » Alexandre Kha, convaincue par son originalité décalée. Je suivrai le travail de l’auteur/illustrateur et essayerai de me pencher sur ses précédents titres, pour commencer !

 

3 pensées sur “Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante de Alexandre KHA

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