Edenbrooke de Julianne DONALDSON

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Edenbrooke
de Julianne DONALDSON
Milady Romance,
2014, p. 353

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Edenbrooke

Julianne Donaldson est née à San Antonio, au Texas. Elle est la fille d’un pilote de chasse de l’U.S. Air Force, ce qui lui a permis de faire le tour du monde. Après sa licence d’anglais, elle s’est découvert une passion pour l’écriture et s’est consacrée aux romances d’ailleurs et d’un autre temps. Elle vit actuellement avec son mari et ses quatre enfants dans l’Utah.

♣ ♣ ♣

Éprise de liberté, Marianne Daventry n’est pas heureuse à Bath. Lorsque sa soeur l’invite à passer l’été à Edenbrooke, la jeune femme n’hésite pas une seconde. Devant parfaire son éducation, condition sine qua non pour pouvoir prétendre à l’héritage de sa grand-mère, Marianne tente désespérément de ne pas se laisser charmer par le maître des lieux, sir Philip, séducteur patenté. Parviendra-t-elle à contenir les élans de son coeur ou succombera-t-elle à son sourire ?

Soyons clairs : à la base, les romances historiques, c’est rarement mon truc. J’ai généralement l’impression de lire un Harlequin sans grande finesse (enfin, encore moins que d’habitude !), le tout saupoudré d’encore plus de niaiseries et d’invraisemblances. J’en lis de temps en temps pour tenter de me détendre – même si je lève constamment les yeux au ciel –, et j’avais envie de laisser une chance à Edenbrooke, la mention de la régence anglaise et la référence à Jane Austen m’attirant irrémédiablement… il fallait bien que j’y jette un œil !
Alors, je ne sais pas si je me ramollis ou si la fatigue m’empêche de bougonner, mais, contre toute attente, j’ai dévoré ce roman avec grand plaisir. Il y a des défauts – c’est évidemment cousu de fil blanc – mais je me suis prise d’affection pour l’héroïne et son aventure et sans aller jusqu’à dire que j’ai adoré, j’ai quand même vachement aimé ! C’est tellement rare qu’une romance historique m’enthousiasme que c’est à noter dans les annales !

Alors bien sûr, lorsque la jeune Marianne est envoyée à Edenbrooke pour y passer l’été, qu’elle se fait attaquer sur le chemin, est sauvée par un certain Philip – bel homme mystérieux qu’elle découvre être en fait le fils de son hôtesse – et qu’évidemment, une amitié amoureuse naît entre eux au fil des jours, on se doute bien qu’il y a anguille sous roche (on comprend vite quel sera le problème pour Marianne) et on sait pourtant avec certitude comment tout finira par se jouer et se dénouer. Comme assez souvent dans le genre de la romance (historique ou non d’ailleurs), le suspens n’est pas vraiment ce qui prime, on a très vite une idée claire d’où veut aller l’auteur et on sait presque dès la première page quel sera le dénouement. C’est cousu de fil blanc, pas forcément très surprenant (à part quelques petits retournements de situation) mais finalement, ce n’est pas tellement handicapant pour la lecture car offre un aspect très rassurant. On ouvre le livre en sachant que les deux héros finiront ensemble à la fin, coûte que coûte… on le sait pertinemment mais c’est bon pour le moral. Donc oui, sans surprise et malgré les obstacles, c’est couru d’avance, Marianne et Philip finiront par couler des jours heureux ensemble.

Malgré ce côté convenu et sans surprise qui a tendance à m’exaspérer habituellement, je me suis ici laissée porter par les évènements et ai pris un immense plaisir à les vivre auprès de l’héroïne. Parce que ce qui fait toute la réussite de cette histoire, à mon avis, ce sont les personnages qui y évoluent et notamment la figure principale, Marianne.
Contrairement aux frêles jeunes femmes rencontrées dans les romances historiques que j’ai pu lire jusque là et qui m’avaient particulièrement agacée, Marianne m’a touchée. C’est une des rares avec laquelle je me suis sentie de véritables atomes crochus et affinités, une des rares avec laquelle j’ai ressenti de véritables émotions. Cette jeune fille de 17 ans, délaissée par son père (parti vivre en France) depuis plus d’un an suite à la mort accidentelle de sa mère et constamment dans l’ombre d’une sœur jumelle très solaire (Cecily), m’a beaucoup parlé. C’est une figure que l’on a aucun mal à voir vivre sous nos yeux, elle est très authentique et très attendrissante. Attention, elle ne fait pas non plus pitié (ce qui peut parfois arriver si l’auteur exagère trop le pathos), non, elle est juste terriblement humaine et beaucoup de lectrices pourront s’identifier à elle, je pense. Outre ce côté solitaire un peu mélancolique, elle possède également une certaine petite folie qui lui donne parfois envie de tournoyer sur elle-même au milieu de la campagne, par exemple. Mais encore une fois, Julianne Donaldson a très bien dosé la personnalité de son héroïne, lui offrant une pointe de rébellion sans non plus en faire une figure vulgaire irrespectueuse des codes de la bienséance de l’époque. Elle est du genre à avoir envie de marcher pieds nus dans l’herbe quand personne ne la regarde mais à faire attention à ce que sa robe ne se retrousse pas lorsqu’elle s’assoit et est accompagnée. Elle sait où est sa place et ne met en avant qu’une rébellion discrète. J’ai vraiment adoré sa personnalité et n’ai quasiment rien à reprocher à ses agissements. Si j’avais été à la rédaction de cette histoire, je pense que je serais allée dans le même sens que l’auteure et n’aurais pas changé grand chose aux scènes qu’elle propose.

julianne donaldsonFace à cette héroïne tout en finesse, Julianne Donaldson place un homme particulièrement attrayant. Plein d’esprit, espiègle tout en restant gentleman, Philip incarne le héros parfait (en tout cas pour moi) pour une romance historique. Il n’est pas sans défaut, n’est pas présenté comme un dieu grec, n’est pas macho, n’a pas un côté sombre et mystérieux effrayant mais en même temps attirant… C’est un type plutôt normal et pas trop mal dans ses baskets (enfin pour l’époque) ; bref, un type bien et pas ennuyeux. J’approuve totalement. J’en ai en effet un peu marre des bad boys mystérieux au sombre passé, généralement assez agressifs et dominants mais a priori tellement attirants pour les héroïnes et les lectrices… sauf qu’un bad boy dépressif, c’est en fait super chiant au quotidien et non, il ne changera jamais même si vous êtes son grand amour (c’est un mensonge de la fiction, ou feu le couple Vanessa Paradis – Johnny Depp). Bref, j’ai vraiment apprécié que Philip soit une sorte de Mr Bingley avec plus de réparties et un poil plus de fun.

Les personnages secondaires, bien qu’assez peu présents et moins marquants à côté des deux principaux, existent tout de même et sont utiles à l’avancée de l’intrigue. Eux aussi sont bien croqués et sont crédibles.
On en apprécie certains : la mère de Philip, la petite bonne de Marianne par exemple ; on est plus mitigé pour d’autres : Cecily, la sœur jumelle notamment mais j’ai apprécié son ambiguïté. Malgré les différences qui séparent les deux sœurs et la jalousie qui peut en découler, « l’aînée » (de 7 minutes) n’est pas foncièrement mauvaise ni contre notre héroïne, elle est humaine avec ses qualités et ses défauts.
Julianne Donaldson n’est peut-être pas aussi douée que Jane Austen pour mettre au point des portraits convaincants mais elle n’a rien à envier à d’autres auteurs de romance historiques, bien au contraire ! Ses figures sont crédibles, particulièrement palpables et occupent parfaitement le petit monde créé par l’américaine.

Les scènes réunissant Marianne et Philip sont excellentes. Tantôt amusantes, tantôt attendrissantes, une véritable complicité et tendresse unissent les deux héros et ça se ressent à la lecture. Je suis rarement convaincue par les romances mises en scène car n’y crois souvent que très moyennement. Cette fois, je n’ai eu aucun mal à percevoir la naissance de cette relation et son évolution. Marianne-Philip est un des couples les plus marquants de mon parcours de lectrice, pas à la hauteur d’un Elizabeth-Darcy bien sûr mais ça reste tout de même plus qu’honorable.

L’utilisation d’une narration à la première personne du singulier (du point de vue unique de Marianne) permet évidemment d’accentuer l’empathie que l’on peut ressentir pour cette héroïne. Le piège c’est de trop en faire, de s’enfermer dans l’introspection et de lasser le lecteur… ce qui n’est évidemment pas le cas ici, je vous l’ai déjà dit.
Julianne Donaldson maitrise plutôt bien son point de vue et sait doser les descriptions et les dialogues. Rassurez-vous, les tournures de phrases ne sont pas alambiquées, le vocabulaire employé est abordable et plutôt simple sans non plus dénoter avec l’époque à laquelle se déroule l’histoire. C’est vraiment un excellent compromis entre roman classique qui peut effrayer et romance bateau qui n’apporte pas grand-chose.

Je suis la première surprise par mes impressions. Moi qui suis habituellement si difficile en matière de romance historique, j’ai trouvé avec Edenbrooke, une intrigue qui fonctionne bien, une romance en laquelle j’ai cru et surtout une héroïne qui m’a beaucoup touchée. Une réussite ! Je lirai les autres romans traduits de Julianne Donaldson (une autre romance arrivera chez Milady au premier trimestre 2015) !

 

Merci à Aurélia pour cette excellente découverte !

 

Illustration : Portrait de Julianne Donaldson.

 

challenge XIXe

10 pensées sur “Edenbrooke de Julianne DONALDSON

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  • 13 janvier 2015 à 21 h 12 min
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    Personnellement, j’ai toujours pensé que Mr Bingley était un personnage sous-estimé et malheureusement mal-aimé des Janeites ! Alors ce que tu dis me convainc tout à fait ! 😉

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  • 22 décembre 2014 à 19 h 11 min
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    Et bah voilà, à cause de la toi je l’ai acheté :p Il était en occasion aussi, je ne pouvais pas résister ! J’espère qu’il me plaira autant qu’à toi !

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  • 20 décembre 2014 à 9 h 34 min
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    Je partage ton avis, j’ai beaucoup aimé ce livre qui se détache des romances historiques souvent de moins bonne qualité. Je me suis attachée aussi a l’héroïne qui est très intéressante, un bon petit moment de lecture qui réchauffe toujours notre petit coeur de janeite…

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  • 20 décembre 2014 à 9 h 14 min
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    Comme toi, je ne suis pas fan des romans historiques (C’est ce qui m’empêche de lire Orgueil & Préjugés) mais ta chronique est particulièrement positive alors j’ai bien envie de tester 🙂

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    • 20 décembre 2014 à 9 h 17 min
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      Orgueil et préjugés n’est pas du tout une romance historique. C’est une critique de la société régence. C’est très drôle et l’histoire de la famille Bennet est passionnante. Lizzie est sans doute mon héroïne préférée. Jane Austen avait un don pour décrire la société et les personnages y évoluant. Et pour le coup, il y a un peu de suspens et pas mal de retournements de situation. C’est un classique de la littérature anglaise mais c’est hyper abordable. Il faut lire Jane Austen ! ^^

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  • 19 décembre 2014 à 23 h 47 min
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    Ahhh, vraiment contente qu’il t’ait plu 🙂 J’avoue qu’il y avait bien longtemps qu’une romance ne m’avait plus autant enthousiasmé ^^
    Je suis curieuse de lire son titre suivant !

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