Le Coin des BD [9]

Trois nouvelles bande-dessinées (ou séries) dans ce nouveau numéro et trois découvertes très positives. Je fais même de l’une d’entre elle un beau coup de coeur que je relirai régulièrement !

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HERITAGE D EMILIEL’Héritage d’Emilie, Tome 1 à 5 de Florence MAGNIN.
Dargaud, 2002 à 2008, 48 à 62 pages. Pour les acheter  : L’Héritage d’Emilie, Tome 1

Nous sommes dans les années 1920, à Paris.
Émilie, une jeune femme danseuse au Moulin-Rouge, reçoit une énigmatique lettre d’un huissier. Stupéfaite celle-ci apprend qu’elle hérite – d’un grand oncle mystérieux – d’un château situé en Irlande, dans le Connemara !
Mais que cache vraiment ce « cadeau » tombé du ciel ? Commence alors pour elle un fabuleux voyage dans le temps, sur ces terres celtiques que l’on dit sacrées…

Le Paris des années 20 et l’Irlande de l’ouest (Connemara), il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour me tenter. Prêtés par un collègue, j’ai lu ces cinq volumes voilà quelques semaines et espère bien avoir l’occasion de mettre le nez dans d’autres travaux de Florence Magnin ; son coup de crayon m’a conquise.
Le lecteur découvre Emilie l’héroïne alors qu’elle se fait virer du Moulin Rouge où elle dansait et poussait la chansonnette. Elle oublie bien vite sa peine, lorsqu’un notaire lui annonce qu’elle a hérité d’un vieux manoir dans le Connemara (en Irlande donc). Curieuse et n’ayant pas grand chose à perdre, elle se rend sur place pour voir de ses yeux de quoi il s’agit. En chemin, elle jette un œil au journal intime de son oncle, également compris dans le legs. Celui-ci raconte ses rencontres et découvertes mystérieuses alors qu’il errait en Irlande. Le manoir semble abriter l’entrée d’un passage vers un monde parallèle, mais où est-il, comment l’activer et surtout, que cache-t-il en son sein ?
l'héritage d'émilie tome 1 florence extrait planchemagninEmilie se retrouve embarquer dans cette aventure, entourée de plusieurs groupes de personnages qui ne lui veulent pas tous du bien mais qui ont tous quelque chose à gagner dans cette histoire. Je me suis sentie parfois un peu déboussolée entre toutes ces figures, ayant du mal à fixer le rôle de chacun, ne sachant pas toujours de quel côté (alliés ou ennemis) les situer. Les réponses apparaissent petit à petit au fil des tomes mais le voile de mystères n’est jamais totalement levé. J’ai laissé passer trop de temps entre chaque volume et avais la tête à beaucoup d’autres choses (je n’étais pas très concentrée) ; j’ai donc loupé certains points et éclaircissements. Il vaut mieux tout lire d’une traite, à mon avis !
Ce qui m’a le plus plu et marquée, c’est le contexte dans lequel prend place cette intrigue. Les deux premiers volumes (surtout le second d’ailleurs), sont très marqués par l’atmosphère irlandaise, par la présence du petit peuple derrière la brume. On perd ensuite un peu de cette matière avec l’introduction d’explications plus tournées vers la science-fiction. Ce n’est pas inintéressant, loin de là, mais le côté moins « magique » et plus « scientifique » me séduit moins.
Malgré tout, je dois avouer que Florence Magnin pourrait me raconter n’importe quoi, je serais tout de même sous le charme de ses illustrations. Colorées et pleines de détails (mais pas non plus trop fouillies), j’ai adhéré dès la première planche. Les figures sont posées dans des décors magnifiques qui témoignent bien de la beauté des paysages irlandais et elles prennent vie grâce aux expressions fortes (mais naturelles) des visages.
Un gros plus pour les deux premiers volumes (surtout le deuxième d’ailleurs) qui à eux seuls valent le détour. Je suivrai dorénavant attentivement le travail de Florence Magnin !

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lydie zidrou jordi lafebre dargaudcoupdecoeur

Lydie de ZIDROU et Jordi LAFEBRE.
Dargaud, 2010, 60 pages. Pour l’acheter : Lydie

Avez-vous déjà entendu parler de « l’impasse du bébé à moustache » ? Ne cherchez pas ce bout de rue sur un plan, vous perdriez votre temps ! Seuls Zidrou et Jordi Lafebre peuvent vous y conduire ! Les habitants de l’impasse, les « moustachus », partagent les joies et les peines du quotidien sous le regard d’une statuette de madone à l’enfant Jésus. Alors quand Camille, jeune femme simple d’esprit, perd sa petite Lydie tout juste née, tous les habitants la soutiennent. Ils sont solidaires à nouveau lorsque Camille leur annonce le retour miraculeux de sa petite fille. Mieux vaut un joli mensonge qu’une vilaine vérité, pensent-ils tous. Seulement qu’arrive-t-il quand la vérité reprend ses droits ?

Une amie vendait certaines de ses bd. Séduite par le visuel et convaincue par son « ça va te plaire », je me suis laissée tenter… et j’ai bien fait ! Ce volume est une petite pépite pleine de douceur et de bons sentiments qui redonne le sourire lorsqu’on en a besoin. Une bande-dessinée « doudou », si on peut dire !
En découvrant l’histoire de Camille, jeune femme perdant sa petite fille à la naissance, je me suis dit que « ça commençait bien ! » et que ça n’allait pas être très bon pour mon moral… Et puis finalement, au fil des planches, les lèvres s’étirent, le sourire s’accroche et on a presque envie de laisser couler quelques larmichettes de bonheur en tournant la dernière page. N’ayez donc pas peur de vous lancer dans cette lecture qui prend un tournant inattendu.
eCopy, Inc.L’histoire nous est racontée du point de vue d’une statuette (une Vierge à l’enfant), installée dans la cavité d’un mur de la rue. Témoin de tout ce qui se passe dans l’impasse, c’est avec un regard bienveillant que la statuette suit la destinée des personnages et notamment de cette jeune Camille, brisée par la perte de son bébé. Elle revient sur la difficile épreuve puis nous explique ensuite comment, grâce à leur bonté et leur simplicité, tous les habitants du coin vont permettre à la jeune femme de traverser cette épreuve. En effet, persuadée du retour de sa petite Lydie, Camille retrouve le sourire… mais personne ne voit l’enfant ! Pourtant, pour ne pas faire de peine à la maman, tout le monde va jouer le jeu et s’extasier devant ce nourrisson invisible. Les semaines, les mois et les années passent, Lydie grandit, choyée par sa mère et son grand-père, protégée par toute la communauté… Et je ne vous raconte pas le dénouement, je vous invite plutôt à y jeter un coup d’œil.
Les êtres humains peuvent faire preuve d’une immense bonté quand l’un d’entre eux est touché par le sort. J’ai aimé cet aspect, peut-être trop embelli (trop niais ?) pour certains, mais qui offre beaucoup d’espoir et plein de bons sentiments. J’ai beaucoup souri devant les vignettes présentant les voisins maladroits face à la situation et pourtant tellement volontaires et j’ai été terriblement touchée par le devenir de la jeune Camille auprès de sa jolie Lydie.
La belle histoire scénarisée par Zidrou est sublimée par les magnifiques illustrations signées Jordi Lafebre. J’ai tout aimé dans le coup de crayon ! Les expressions des figures, leur silhouette, le détail du décor… et surtout la colorisation qui reste dans des teintes grises/beiges/jaunes, à la façon d’un filtre « sépia » qui donne l’illusion d’un vieillissement naturel de l’image et un certain charme à l’ancienne que j’aime beaucoup.
C’est simple, authentique et terriblement émouvant… j’ai adoré et je conseille plus que jamais !

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matteo tome 1 jean pierre gibratMattéo, Tome 1 : Première époque (1914 – 1915) de Jean-Pierre GIBRAT.
Futuropolis, 2008, 63 pages. Pour l’acheter : Mattéo, Tome 1

Mattéo, d’origine espagnole, ne reçoit pas d’ordre d’engagement lorsque la guerre est déclarée. Mais, ses amis au front, il est pris de remords, et décide de franchir le pas. Sa mère tente bien de s’y opposer, mais que peut-elle face à l’Amour ? Il faut dire que Juliette, la belle fiancée, très patriotique, ne comprend pas le détachement de Mattéo, et elle le harcèle un peu. Guillaume, le fils du noble du coin, lui, est parti au combat, même s’il sert dans l’Aviation où les risques sont moindres.
Alors, de l’Est de la France où les combats font rage à l’Amour de Juliette, il n’y a qu’un pas. Le tout est de ne pas le faire en territoire allemand…

Autre bande-dessinée rachetée à mon amie et autre jolie découverte même si pour apprécier véritablement l’œuvre, il me faudra lire les volumes suivants, je pense.
Ce premier tome pose les bases de l’histoire et présente les différents personnages au lecteur. Comme le sous-titre l’indique, l’intrigue prend place au début de la Première Guerre Mondiale, alors que les hommes commencent à être appelés pour aller sur le front. Mattéo lui, ne reçoit pas l’ordre car d’origine espagnole, ce qui rassure beaucoup sa mère mais déçoit Juliette, la jolie jeune femme du coin, largement impressionnée par l’engagement des hommes, notamment celui du beau Guillaume.
Une intrigue qui met donc en avant les sentiments d’un jeune homme sur fond de guerre… mais le tout reste assez « léger » pour le moment. On suit les tergiversations de Mattéo sur plusieurs planches, amoureux transi de sa Juliette qui le regarde à peine, complètement sûr de lui lorsqu’il annonce qu’il part sur le front et finalement revenu sur terre lorsqu’il découvre l’horreur de la guerre des tranchées. On tourne les pages avec l’envie de savoir ce qu’il adviendra du héros (sortira-t-il vivant de l’enfer de la guerre ?) et s’il parviendra à ses fins avec la demoiselle mais il faudra lire les volumes suivants pour obtenir les réponses à nos questions.
tome 1 mattéo jean pierre gibrat figure julietteOutre l’intrigue amoureuse et le devenir de Mattéo (la vie du héros est au centre de la bande-dessinée), c’est aussi le contexte historique qui a son intérêt ici. C’est l’occasion de découvrir comment l’annonce de la Première Guerre Mondiale a été prise par les français, ce que pouvaient ressentir les jeunes hommes appelés à briller sur le terrain (l’envie de faire ses preuves puis la désillusion face à la barbarie réelle) et évidemment ce qu’ils ont pu vivre une fois sur place, laissant famille et amis derrière eux, bravant les attaques et supportant les pertes quotidiennes de leurs alliés.
Je ne suis pas entièrement convaincue par le fond, attendant de lire la suite pour me faire une meilleure idée de ce que vaut le scénario, mais je suis déjà complètement conquise par le coup de crayon de Jean-Pierre Gibrat, notamment en ce qui concerne les visages de ses figures et les couleurs utilisées, plus généralement. J’ai souri en découvrant le joli minois de Juliette qui n’est pas sans me rappeler celui de l’actrice Evangeline Lilly, que je trouve absolument sublime, notamment dans Lost. Bref, visuellement, ça m’a beaucoup plu.
Convaincue par la forme, je fouillerai dans les autres œuvres de Jean-Pierre Gibrat pour faire plaisir à mes mirettes ; pour le fond, j’attends d’avoir l’occasion de lire la suite pour me prononcer définitivement car pour le moment, c’est plutôt un volume d’introduction qui reste en surface. L’intérêt sera de voir l’évolution du héros au fil des années et des périodes historiques qu’il traversera.

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