Rose soie de Camille ADLER

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de Camille ADLER

Milady (Romance),
2014, p. 283

Première publication : 2014

Pour l’acheter : Rose soie

Née en 1991, Camille Adler a suivi des études de lettres à Avignon. Grande admiratrice d’Émile Zola, elle a souhaité situer son intrigue à Paris en 1884, dans une ville foisonnante et à une époque (charnière) qui l’a toujours fascinée. Également amatrice de mode historique, elle conjugue ses passions avec Rose soie, sa première romance.

 

Paris, 1884. Rose de Saulnay est une jeune femme en avance sur son temps et a un goût immodéré pour la mode, ce que ne manque pas de lui reprocher son mari violent. C’est grâce à sa rencontre avec Alexander Wright, le couturier le plus en vue de la capitale, que Rose trouve le courage de réaliser son rêve : elle ouvre une boutique de confection. C’est le début d’une période à la fois difficile et grisante. Mais la passion qui lie Rose et Alexander se transforme peu à peu en un amour qui ne peut s’exposer au grand jour…

Après deux ou trois ouvrages assez denses, j’avais envie de quelque chose de léger, aussi bien dans le fond que dans la forme. Et quoi de mieux qu’une petite romance historique pour se vider la tête tout en passant un agréable moment ? Attention, certaines romances historiques sont parfois tellement niaises (et pas du tout historiques) qu’au lieu de me détendre, elles m’agacent et me crispent.
Je suis un minimum exigeante avec le genre et aime y trouver un contexte assez riche et des héros crédibles ; ce en quoi je suis malheureusement souvent déçue… mais ce n’est pas le cas ici ! L’intrigue est certes cousue de fil flanc et donc sans grande surprise, mais l’héroïne a su me convaincre sur la durée et Camille Adler a réussi à apporter un petit truc en plus qui fait la différence.

Paris, dernier quart du XIXe siècle. Les femmes sont toujours sous le joug des hommes, passant de la main/protection du père à celle du mari. Pour beaucoup d’entre elles, un semblant de liberté commence avec le mariage, encore faut-il bien choisir l’époux en question. Malheureusement, le choix ne concorde alors pas forcément avec l’amour, surtout lorsqu’une fortune est en jeu.
C’est ainsi que Rose, la vingtaine, se laisse passer la bague au doigt, flattée d’être courtisée par un homme riche et à la bonne réputation. Trois ans après avoir convolé en justes noces, elle le regrette amèrement et dépérit de son côté, brisant sa solitude à l’aide de sa première femme de chambre avec laquelle elle confectionne toute sa garde-robe. Les rendez-vous du vendredi avec d’autres femmes de sa condition ne la divertissent plus, elle ne peut soulager sa peine et avouer la violence de son époux à celles qui la jalousent, persuadées que Rose mène une vie de rêve. Dans cette triste monotonie, la jeune femme va faire la connaissance d’Alexander Wright, un anglais, couturier très en vogue dans la capitale. Elle doit lui commander une robe pour le prochain bal costumé, son mari estimant que confectionner ses tenues n’est pas digne de son rang et apporte la honte sur leur couple.
Evidemment, coup de foudre (ou presque) entre les deux passionnés de mode mais, en 1884, si l’on fermait facilement les yeux sur les infidélités des hommes mariés, il n’en était évidemment pas de même pour les femmes. La situation est donc difficile pour Rose, voire inextricable. Heureusement, et on s’en doute, tout est bien qui finit bien grâce au concours de plusieurs personnages secondaires qui sont d’un immense soutien pour la demoiselle.

emmanuelle nuncq camille adler robe rose titanicDans le genre, on nous vend souvent des héroïnes fortes et indépendantes qui perdent pourtant tout intérêt (et intelligence) dès qu’un Apollon (parce qu’elles ne sont forcément entourées que de beaux mâles très virils, généralement écossais) entre dans leur champ de vision (ce qui, il n’est plus nécessaire de le répéter, m’agace plus que franchement lorsque je lis des romances, historiques ou non d’ailleurs). Rose soie évite heureusement cet écueil… merci à Camille Adler pour cette héroïne qui m’a convaincue de la première à la dernière page ! Au début plutôt discrète, Rose va s’avérer finalement très courageuse pour son époque. Je l’ai beaucoup appréciée et ne doute pas qu’elle touchera un grand nombre de lectrices.
Alexander Wright, beau célibataire très convoité, difficile à approcher et pas toujours très causant de prime abord, est sans doute possible un petit clin d’œil au célèbre Fitzwilliam Darcy d’Orgueil et préjugés. Le parallèle est encore plus présent dans la déclaration finale : « Vous n’étiez pas comme toutes ces autres femmes, qui ne cessent de me poursuivre, qui se comportent avec moi comme si j’étais un chien qui leur devait tout, et vous m’avez intrigué tout d’abord pour cela. J’ai aimé que vous me teniez tête, et que vous me considériez comme votre égal ». Wright ne possède pas le charisme et la richesse de Darcy mais la référence est très plaisante !
Le couple s’entoure de personnages secondaires marquants et particulièrement indispensables à la bonne marche de l’intrigue. C’est notamment le cas de Louise, la première femme de chambre qui évolue dans l’ombre de Rose, figure sympathique dont la présence pas si discrète est rassurante et apporte un vent de fraicheur dans les moments difficiles.

Camille Adler se passionne pour les costumes historiques et de films et voue un culte au personnage de Rose (Kate Winslet) dans Titanic (ce que j’approuve). Elle reproduit de nombreuses tenues de ses mains et maîtrise donc particulièrement le sujet.
C’est ainsi que vous pourrez profiter de nombreux détails et d’un vocabulaire généreux consacrés à la mode : noms des différentes robes et leurs coupes, tissus, accessoires, coiffures… voilà qui apporte de la matière au texte, le rend beaucoup plus riche et palpable. Même s’il n’est pas toujours évident de se représenter parfaitement la tenue décrite par l’auteure, notre imaginaire fait ce qu’il faut et les scènes apparaissent facilement sous nos yeux. A côté des romances historiques faibles et peu garnies en détails, voilà qui change… et ça fait plaisir !
En ce qui concerne les dialogues et par extension les agissements des personnages, j’ai l’impression que l’époque est plutôt bien respectée (mais je ne suis pas une experte, loin de là !). On ne se retrouve pas avec un niveau de langue familier ou trop oral (mais ça reste très fluide à lire) et les figures semblent tenir compte des règles de bienséance de cette fin de XIXe siècle français. Si ce n’est peut-être pas parfait pour les puristes, au moins, ça ne détone pas et pour le coup, ça me suffit !

Alors qu’il m’arrive fréquemment d’être tatillonne avec les romances que je peux lire (surtout lorsqu’elles sont qualifiées d’historiques), j’ai passé un excellent moment avec Rose soie. L’héroïne courageuse et attachante évolue dans un Paris en pleine transformation où la mode commence à s’installer dans les magasins. J’ai aimé le contexte, tous les détails liés aux costumes et la jolie relation, crédible, qui se met en place entre Rose et le grand couturier. On connait le dénouement dès la lecture de la première ligne mais on aime tourner les pages pour y arriver. Une romance historique qui donne le sourire aux lèvres !

 

Merci à Milady pour cette jolie lecture !

 

Image : je me suis permis d’utiliser une des photos postées par l’auteure sur son site (une des robes de Rose dans le Titanic, confectionnée par ses soins !).

10 thoughts on “Rose soie de Camille ADLER”

  1. Ce roman m’a fait de l’œil durant la masse critique de Babelio, et même si je n’ai pas été sélectionnée, je compte bien le lire malgré tout quand l’opportunité se présentera, d’autant que ta chronique donne envie! 🙂

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