Emma de Jane AUSTEN

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Emma
de Jane AUSTEN
(Challenge ABC 2009)

Archipoche,
2009, p.531

Première Publication : 1815

Pour l’acheter : Emma

Jane Austen, née le 16 Décembre 1775 et morte le 18 Juillet 1817, est une femme de lettres anglaise. Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d’elle l’un des écrivains anglais les plus largement lus et appréciés.

Amour et amitié Lady Susan Northanger Abbey Orgueil et préjugés Persuasion Raison et sentiments
L’Adaptation de 1996 (Kate Beckinsale) 

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Emma Woodhouse vit avec son père veuf. D’une grande beauté et pleine d’assurance, elle évolue en toute indépendance à Highbury, sans aucun souci financier et entourée d’amis fidèles.
Pour se distraire, elle décide de s’occuper du mariage des autres, persuadée d’avoir des talents d’entremetteuse. Elle se consacre à sa nouvelle protégée, la très jolie Harriet Smith, qu’elle destine à Mr Elton, le vicaire de Highbury.
Les plans de la jeune fille semblent en bonne voie, mais ses certitudes vacillent lorsque les événements prennent un tour inattendu : ses propres manœuvres lui vaudront bien des déconvenues…

Première lecture (Décembre 2009)

Emma est sans doute l’un des plus grands romans de Jane Austen, si l’on en croit les « spécialistes ». C’est donc avec beaucoup de plaisir que je me suis lancée dans cette lecture, surtout que l’ouvrage faisait également partie de mon Challenge ABC 2009, alors autant faire d’une pierre deux coups ! J’ai beaucoup aimé ce roman, mais si je fais un point sur les quatre livres de Jane Austen que j’ai pu lire jusque là, je ne place pas Emma en première position, je laisse Orgueil et préjugés à cette place. J’ai pris plaisir à cette lecture, certes, mais l’histoire m’a parue moins passionnante et j’ai parfois trouvé quelques longueurs au texte.
En effet, l’histoire proposée ici par Jane Austen m’a moins séduite. Il s’agit une nouvelle fois d’amour et de mariages, et j’aime ça, mais l’enchaînement des évènements, et leur ordre m’a semblé moins percutant. Cependant, je constate que jusqu’aux dernières pages, j’ai douté du dénouement, faisant des suppositions quant aux futures unions, et même si, dans l’ensemble, j’avais vu juste, le « suspens » est tout de même bien présent jusqu’au bout !

emma gwyneth paltrow 1996J’avoue que je me suis beaucoup moins attachée à l’héroïne – Emma Woodhouse -, que j’avais pu le faire avec les autres héroïnes de l’auteur – Elizabeth Bennet en tête. J’ai trouvé cette demoiselle d’une vingtaine d’années, très sûre d’elle, un peu imbue de sa personne et donc parfois, assez désagréable à côtoyer. Elle est la reine du « pays », enfin, du moins, de sa région, et elle le sait. Elle estime avoir une supériorité sur les autres et n’accepte pas que des personnes de moindre condition la sollicite ou cherche à la charmer. A côté de ça, c’est un être généreux et sensible pour qui le rôle « d’entremetteuse » n’est pas toujours des plus simples… Elle fait des erreurs à cause de sa fertile imagination, et regrette sincèrement la peine qu’elle peut causer à son entourage. Heureusement que ce côté-là de sa personnalité est mis en avant, sinon je pense que cette Miss Woodhouse m’aurait été franchement antipathique.

Je salue le talent de Jane Austen lorsqu’il s’agit de peindre toute une palette de personnages avec des personnalités bien marquées et développées. Notons par exemple le père hypocondriaque et légèrement gâteux (Mr Woodhouse, le père d’Emma), la vieille fille trop bavarde (Miss Bates), le beau et fringant jeune homme (Franck Churchill), la jeune fille réservée et mystérieuse (Jane Fairfax), la très jeune demoiselle qui devient la protégée d’Emma (Harriet Smith), les époux détestables et détestés (les Elton), la confidente inépuisable (Mrs Weston, anciennement Miss Taylor et gouvernante d’Emma) et bien sûr, le parfait gentleman (Mr Knightley). Ces quelques figures ne sont pas les seules mises en scène par Jane Austen, mais il serait trop long de toutes les citer, et pourtant, elles aussi gagnent à être connues car se voient doter de personnalités toutes aussi intéressantes et développées que les précédentes. Ne serait-ce que pour ces peintures sociales, je vous conseille la lecture d’Emma.

Même si la trame m’a moins séduite que je l’espérais, j’ai retrouvé avec bonheur le contexte cher à l’auteure. En effet, les personnages appartenant à la petite noblesse terrienne et à la bourgeoisie montante évoluent dans une campagne anglaise idyllique, au début du romantisme montant (au début du XIXème siècle). Cette société se rencontre un an durant, d’octobre à octobre, dans trois endroits principaux : à Hartfield (chez Emma et son père), à l’abbaye de Donwell (chez ce cher Mr Knightley) et enfin à Randalls (chez les amis précieux, les Weston). Les scènes de bals, de piques-niques et de visites de courtoisie se succèdent donc pendant douze mois, entraînant avec elles, des quiproquos, des retournements de situations et des révélations…
J’admire une nouvelle fois la plume de l’auteure, même si, je regrette les marques d’ironie propres à son style, que je n’ai que très rarement retrouvées dans ce roman. Cependant, la lecture est toujours aussi fluide et agréable, sans aucune difficulté.

C’est donc, pour résumer, sur une bonne impression que j’ai fermé ce roman, et c’est avec impatience que j’espère continuer ma découverte de cette talentueuse Jane Austen ! Il me tarde également de voir les différentes adaptations de cette histoire, alors si vous avez des conseils, n’hésitez pas !

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Relecture (Juillet 2014) – Nouvel avis, sans relire ce que j’en avais pensé précédemment !

Il s’agit, il me semble, de ma troisième lecture d’Emma. C’est en compagnie de Cali et Elodie (et brièvement Nicolas) que nous avons (re)découvert le texte les premières semaines du mois de juillet. Notre lecture commune d’Orgueil et préjugés – l’été dernier – avait été une telle réussite pour Cali, qu’il ne fallait pas qu’Emma la déçoive… A en croire ses commentaires en direct et son avis définitif, le pari est réussi (et la magie a également opéré pour Nicolas qui a dévoré le roman en quelques jours… et s’est ensuite jeté sur d’autres textes de Jane Austen !). Quant à Elodie, je ne crois pas trop me tromper en affirmant que sa relecture fut aussi agréable que la mienne.
Souvent mal aimé des lecteurs qui y voient une héroïne insupportable et n’y trouvent peut-être pas leur compte en matière de romance, ce roman majeur de Jane Austen me paraît pourtant être un des plus aboutis de l’auteur. Et je pense que les réactions de Cali et Nicolas (qui découvrent petit à petit l’œuvre de l’anglaise et ne sont généralement pas très portés sur les classiques) pourront vous convaincre de vous lancer à votre tour… Jane Austen ce n’est définitivement pas compliqué à lire (certains termes sont un peu désuets mais vous n’aurez pas besoin de dictionnaire !) et ce n’est pas ennuyeux. Il faut juste adhérer à l’ironie de l’auteure… qui fait tout son charme !

Si j’avais apprécié ma découverte la première fois, prise par l’intrigue, ses rebondissements et ses retournements de situation ; la relecture permet d’appréhender le texte d’une autre façon. Connaissant déjà les secrets de chacun des personnages et sachant pertinemment de quelle façon les choses se terminent, l’on peut alors se concentrer sur les détails de l’histoire. Et c’est un régal de mettre le doigt sur les indices qui étaient pourtant là la première fois et l’on s’amuse beaucoup à voir la jeune héroïne… complètement à côté de la plaque !
Emma est une jeune femme riche, vivant seule auprès de son vieux père hypocondriaque après le départ de sa gouvernante, fraichement mariée à un gentleman du coin. Il s’agit de la seule héroïne d’Austen vivant dans un milieu aisé et n’ayant donc pas besoin du mariage pour accéder à une situation confortable. Emma a tout ce qu’elle peut souhaiter et ne trouvera certainement jamais un homme digne d’elle alors, aucun besoin de se faire passer la bague au doigt. En revanche, son entourage regorge de jeunes filles et jeunes hommes qu’elle va s’échiner à réunir… souvent très maladroitement, sans prendre garde aux goûts et sentiments de chacun, seulement pour satisfaire son envie de jouer les marieuses. Alors oui, Emma est une jeune femme capricieuse et manipulatrice… mais derrière cette personnalité entrevue dans les premières pages, on découvre au fil des chapitres, une demoiselle aimante qui a vraiment envie de rendre son entourage heureux. Elle se trompe souvent, ne voit pas plus loin que le bout de son nez… mais elle apprend beaucoup de ses erreurs pendant cette année à jouer les marieuses et lorsqu’on tourne la dernière page, on la quitte grandie et dans une situation bien différente (quoique…) de ce qu’elle pouvait imaginer.

Emma-HQ-stills-emma-2009-tv-mini-series-21480727-1370-2055.jpg romola garaiOn s’attache sans mal à cette héroïne (peut-être essentiellement grâce au point de vue adopté) mais on ne peut traverser cette histoire sans être également touché par les personnages secondaires, nombreux, à la limite du caricatural… mais qui ne dépassent justement jamais cette limite et nous offrent au contraire, une belle palette de personnalités hautes en couleurs !
Mr Woodhouse, le père célibataire hypocondriaque tout bouffi de bons conseils qu’il prodigue à tout le monde (surtout sans que personne ne demande rien), pourrait frôler le rôle de personnage insupportable… et pourtant, ses répliques font sourire et si l’on pouvait, on entrerait dans l’histoire pour aller le rassurer d’un sourire. Miss Bates et sa mère, les deux voisines, reines du commérage et du bavardage inconsidéré… nous offrent des répliques proches d’un monologue, passant du coq à l’âne, faisant les questions et les réponses. Là encore, le lecteur pourrait facilement se crisper et pourtant, impossible de ne pas s’attacher à ces deux femmes courageuses.
Mr Knightley, Franck Churchill, Harriet Smith, Jane Fairfax, les Elton, les Weston… autant d’autres personnages qui ont tous leur rôle à jouer et qui apportent chacun leurs propres histoires et secrets, faisant de ce « club fermé », un huis clos riche en rebondissements ! Il est dès lors très agréable de voir chacun évoluer au milieu des autres : certains manipulent, tombent amoureux, jouent les hypocrites, taisent des secrets, racontent des banalités…

Encore une fois, les portraits très réalistes sont le point fort de Jane Austen. La bienséance, les apparences… autant de règles à respecter. Le mariage est une nouvelle fois au cœur de l’intrigue même s’il est évidemment traité de façon plus détournée que dans Orgueil et préjugés, par exemple. Certains pourront donc regretter que la « romance » ne soit pas plus mise en avant… je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce point puisqu’à mon sens, on ne parle que d’amour dans Emma ! Alors certes, on est loin des histoires d’amour contemporaines où l’héroïne croise le héros en page 2, l’embrasse en page 5 et pense à l’épouser en page 8 (mais hop, ils s’engueulent en page 10 et vont jouer au jeu du chat et de la souris les 300 pages suivantes… jusqu’au happy end !)… C’est beaucoup plus complexe, implicite et dans la retenue que ça… mais c’est d’autant plus fort, à mon goût !

Je vous le disais plus haut, Jane Austen n’a pas un style très compliqué. Si le mot « classique » vous fait peur, je vous encourage à lire quelques extraits. C’est effectivement tourné différemment, les phrases sont plus longues et mieux construites et le vocabulaire est légèrement désuet, mais je persiste, ce n’est pas inabordable et pompeux. Il faut effectivement avoir l’esprit légèrement aiguisé pour saisir l’ironie de l’auteure et ainsi goûter tout l’humour déployé dans le livre… mais je pense que beaucoup de personnes en sont capables. Testez, je vous assure que vous pourriez être surpris !

Il n’a toujours pas détrôné Orgueil et préjugés de la plus haute place du podium mais au fil des années, j’apprécie de plus en plus Emma et son entourage. Je le disais en introduction mais c’est très certainement un des romans les plus riches et aboutis de Jane Austen (il me reste Mansfield Park à lire pour avoir une vue d’ensemble). En tout cas, c’est certainement un des plus drôles !

Les avis de Cali et d’Elodie !

Images : (1) Gwyneth Paltrow dans un des films de 1996 et (2) Romola Garai dans la mini-série de 2009

challenge XIXe

15 pensées sur “Emma de Jane AUSTEN

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