Le Coin des BD [6]

Et hop, trois nouvelles bande-dessinées (ou comics) pour ce sixième numéro !

♣ ♣ ♣

courtney crumrin 1 ted naifeh

Courtney Crumrin, T. 1 : Courtney Crumrin et les choses de la nuit de Ted NAIFEH.
Akileos, 2009, 128 pages. Pour l’acheter : Courtney Crumrin, T. 1

Courtney Crumrin emménage avec ses parents à Hillsborough dans le château de l’oncle Aloysius. Obligés de s’installer pour des raisons économiques dans cette banlieue plutôt chic, (leurs cartes de crédit ont été saisies et ils ne peuvent plus payer de loyer), les Crumrin comptent bien profiter de ce coup du sort pour s’intégrer dans la bourgeoisie locale. Pour Courtney, ce nouvel environnement n’a rien d’alléchant. Le château est sinistre et ses nouveaux camarades de classes, des gamins de riches pourris gâtés, la considèrent comme une moins que rien. Heureusement, les appartements d’Aloysius recèlent quelques trésors, notamment ce Bestiaire des choses de la nuit dans lequel elle apprend que la forêt bordant le château abrite des créatures aussi merveilleuses qu’effrayantes. Sans compter que son oncle, personnage énigmatique que tout le monde craint, semble lui vouer une tendresse particulière.

J’avais vaguement entendu parler de la petite Courtney mais ne m’étais jamais vraiment penchée sur la question. La demoiselle s’est rappelée à mon bon souvenir lorsque je l’ai croisée – très surprise ! – dans le fonds BD de la bibliothèque (ça change des livres de droit ou de socio…). Malheureusement, seul le premier volume (la série en compte 6) est disponible, je n’ai donc pas pu poursuivre les aventures de Courtney… mais un jour, c’est sûr !
TedNaifeh.comAlbum 2 « Gallery 5 « » GalleryPrenez Mercredi de la Famille Adams, ajoutez-y un soupçon d’Emily the Strange et pas mal d’éléments du folklore « celtique » et vous obtenez les aventures de la jeune Courtney Crumrin, jeune adolescente parachutée dans une nouvelle vie à cause du déménagement de sa famille. Marginale dans une école d’enfants riches, la demoiselle ne vit pas des journées de tout repos… et ce ne sont pas ses nuits dans le manoir de son oncle Aloysius, nuits agitées de présences étranges, qui égayent son quotidien. Heureusement, le dit oncle ne la laisse pas en plan et lui ouvre les yeux sur un univers parallèle, sur les choses de la nuit.
Chaque journée et aventure se voit ainsi accompagnée d’un soupçon de surnaturel : rencontre avec le gobelin Butterworm qu’elle réussira à amadouer pour qu’il lui rende service, baby-sitting auprès d’un nouveau-né plus que bizarre (changeling et tout le toutim)… Ted Naifeh surfe constamment entre répliques humoristiques et situations horrifiques et n’en oublie pas moins de proposer des thèmes universellement approuvés et utilisés dans la littérature pour la jeunesse (puisque oui, apparemment, cette série est destinée aux adolescents) : la solitude des enfants « pas comme les autres » et les situations qu’ils rencontrent à l’école (racket, brimades…), les relations difficiles avec ceux qui représentent l’autorité (les parents, les professeurs…), les questionnements « existentiels » liés à cet âge…
Courtney, courageuse, espiègle et au caractère bien trempé, est une héroïne attachante que j’ai aimée suivre et que je regrette de ne pas pouvoir retrouver rapidement dans les volets suivants. Je regrette également de ne pas pouvoir me plonger à nouveau dans les illustrations de Ted Naifeh, illustrations en noir et blanc hyper détaillées et jouant sur les ombres avec brio. Certaines vignettes (parfois en pleine page), valent le coup d’œil ! 
Derrière une esthétique clairement « gothique », l’auteur/illustrateur n’oublie pas de distraire, évidemment, mais aussi de faire passer quelques messages intelligents.

♣ ♣ ♣

ONE MODEL NATION COURTNEY TAYLOR TAYLOR NAIVE

One Model Nation de Courtney TAYLOR-TAYLOR et Jim RUGG.
Naïve Livres, 2014, 160 pages. Pour l’acheter : One Model Nation

One Model Nation est l’histoire fictive d’un groupe d’art-rock allemand.
Le récit, situé en 1977, suit le parcours de quatre jeunes gens qui vont devenir la voix de leur génération.
Dans cette œuvre, écrite par le leader des Dandy Warhols, on retrouve de nombreuses références au rock allemand des années 1970 : Kraftwerk en premier lieu, mais également David Bowie, dans sa période berlinoise, ou encore Nina Hagen.

Si j’ai accepté de découvrir ce titre (qu’on peut a priori classer dans les comics, mais je suis incapable de faire la différence entre BD et comics… ça tient du style des illustrations, non ?), c’est essentiellement parce que l’auteur – Courtney Taylor-Taylor – est le chanteur des Dandy Warhols et que ce groupe a accompagné pas mal d’heures de mon adolescence. Le côté « rock underground » de l’histoire me tentait également et il me semblait que Courtney Taylor-Taylor était le mieux placé pour nous proposer un tel titre. L’idée est excellente, le propos de base est intéressant et le dessin accompagne parfaitement le tout… Je ressors malheureusement sceptique, la faute à un enchainement un peu brouillon, comme l’impression qu’il manque un vrai fil conducteur et un lien à tout ça. Je suis malgré tout très heureuse d’avoir pu découvrir le travail de Monsieur Taylor-Taylor et remercie Naïve pour la traduction et la qualité de l’objet-livre.
one model nation plancheSi je n’ai pas su apprécier l’histoire à sa juste valeur, c’est peut-être aussi – et surtout – parce que le contexte politico-musical de l’Allemagne des années 70 m’est complètement inconnu. Si j’ai vaguement entendu parler de la Bande à Baader, ça ne va pas plus loin. Cependant, après la découverte de One Model Nation, j’ai bien envie de me pencher davantage sur la question ! J’ai en revanche souri à l’évocation (et souvent la rencontre) de certains grandes figures de la musique : David Bowie et Nina Hagen, pour ne citer qu’eux !
Un environnement passionnant donc (même si je n’ai certainement pas pu comprendre toutes les allusions, n’étant pas du tout calée sur le sujet) mais une histoire un peu décousue et des scènes qui se succèdent sans véritable lien. Le lecteur suit l’évolution du fameux groupe (fictif) One Model Nation dans ce contexte particulier (la censure, les problèmes rencontrés pour jouer dans certains concerts, la police toujours à leurs trousses, la violence quotidienne…) mais se perd un peu. J’avoue – honteusement – que j’ai eu du mal à différencier chacun des membres (ils sont tous bruns avec des coupes de cheveux plus ou moins approchantes et sont quasiment tous habillés de la même façon) et qu’il m’a donc été difficile de comprendre les aventures personnelles de chacun.
Malgré tout, le graphisme de Jim Rugg m’a plu (personnages ou décors, tout m’a semblé maîtrisé, rien n’est laissé de côté) et j’ai surtout aimé son utilisation des couleurs. A noter également (et c’est ce pourquoi je félicitais les éditions pour l’objet-livre) : de nombreuses pages bonus nous offrent les explications et commentaires de Courtney Taylor-Taylor (sur la genèse de cette histoire, sur la Bande à Baader…), des croquis, des planches préparatoires, des scènes alternatives… c’est vraiment un très bel objet !

Merci aux éditions Naïve pour la découverte !

♣ ♣ ♣

30 JOURS DE NUIT TOMES 1 A 5

30 jours de nuit, T. 1 à 5 de Steve NILES, Ben TEMPLESMITH et Bill SIENKIEWICZ (pour le 4ème uniquement).
Delcourt, 2003 à 2008, 82 à 150 pages. Pour l’acheter : 30 jours de nuit, T. 1

Barrow, Alaska : une bourgade terriblement ordinaire… mais un endroit de rêve aux yeux d’une horde de vampires. Car durant l’hiver polaire, le soleil ne s’y lève pas pendant 30 jours consécutifs. 30 jours de nuit, 30 jours de terreur durant lesquels une poignée de survivants menés par le shérif local et son épouse devront faire face au mal absolu.

Si le vampire n’est pas une créature que j’affectionne plus que ça, j’aime bien lire (regarder) ce qui est produit sur le sujet. J’apprécie les artistes (auteurs/réalisateurs) qui sont fidèles au mythe d’origine mais également ceux qui arrivent à s’en détacher pour proposer quelque chose de nouveau (du moins, autant que faire se peut). J’ai lu/vu Dracula, Entretien avec un vampire, Je suis une légende, Buffy, pas mal de titres classés en urban fantasy ou même Twilight (et tant d’autres, finalement !) mais, jusque là, je n’avais jamais – me semble-t-il – tenté le thème en bande-dessinée (ou en comics). Là encore, après la surprise de voir de tels titres dans le fonds de la bibliothèque universitaire, j’ai emprunté les cinq volumes. Mitigée après la lecture du premier tome, plus enthousiasmée par les deux suivants, j’ai finalement trouvé les deux derniers assez inutiles. Quelques éléments intéressants mais globalement, 30 jours de nuit n’est pas une série indispensable. 
30-jours-de-nuit-plancheLe pitch est simple, des vampires pas gentils profitent d’une période de nuit complète pour attaquer un petit village d’Alaska et pour croquer tout le monde. L’intrigue du premier volume ne va pas bien plus loin, ce qui m’a un peu déçue. Par la suite, l’auteur et l’illustrateur développent un petit peu les choses : une rescapée écrit un livre en espérant ouvrir les yeux d’un maximum de gens, ce qui ne plait pas aux anciens vampires qui tentent, depuis des siècles, de se fondre dans la masse. Les trois premiers volumes composent une première intrigue, les deux suivants peuvent se lire complètement à part et n’apportent pas grand-chose, à mon sens (une expédition de touriste dans le grand Nord, ils ne vont pas être déçus du voyage !, et un retour en arrière avec un épisode de la seconde guerre mondiale qui opposent Russes et Allemands – et vampires – sur les terres gelées). Je trouvais le point de départ intéressant mais finalement, je trouve que Steve Niles et Ben Templesmith n’apportent pas beaucoup de sang frais ; tout est assez attendu, c’est du vu/lu et revu/relu.
Quant aux illustrations, je me trouve bien en peine car n’arrive pas à dire si oui ou non, j’adhère. Ben Templesmith utilise une technique du « flou » qui a certes des côtés intéressants (notamment lors des scènes d’attaques brutales et rapides) mais qui me laisse également un peu déstabilisée et perplexe. Les couleurs ne sont pas très variées : rouge, noir, gris et l’ensemble est pas mal gore. Cela dit, on ne peut pas reprocher le manque de liens entre le fond et la forme ! A noter que pour le quatrième tome, Bill Sienkiewicz s’est invité à la fête et ça se voit énormément, notamment grâce à une palette de couleurs un peu plus variée… mais bizarrement, c’est visuellement (et narrativement), le volume que j’ai le moins aimé !
Je suis globalement mitigée sur cette série. Tout n’est pas mauvais, c’est évident, mais certains volumes sont vraiment en deçà des autres et dans l’ensemble, aucune idée très innovante n’est apportée. 30 jours de nuit ne fait pas partie des indispensables, à mon humble avis.

10 pensées sur “Le Coin des BD [6]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4abf0412a6678c92dfb719d845633a7ahhhhhhhhhh