Roi du matin, Reine du jour de Ian MCDONALD

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Roi du matin, Reine du jour
de Ian MCDONALD
Denoël (Lunes d’encre),
2009, p. 504

Première Publication : 1991

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Ian McDonald est né le 31 mars 1960 à Manchester d’une mère irlandaise et d’un père écossais. En 1965, il s’installe avec sa famille en Irlande du Nord. Il vit aujourd’hui à Belfast.

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Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d’autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu’i imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où.

Je me rends compte que la majorité de mes lectures dites « Imaginaires » sont assez légères et/ou destinées aux jeunes lecteurs. Des grands noms classiques, je n’ai pas lu grand-chose mais compte bien y remédier au fil des années. A moi K. Dick, Herbert, Asimov, Bordage, Bradbury et compagnie… et pourquoi pas Ian McDonald, peut-être moins connu mais tout aussi prometteur ? Roi du matin, Reine du jour entre, qui plus est, dans le challenge Littérature irlandaise organisé par Dawn. D’une pierre deux coups !
Bien loin des lectures de pur divertissement que j’enchaine depuis plusieurs semaines, ce titre me permet de renouer avec un style et une narration plus complexes. Les trois parties, que l’on pourrait qualifier de trois nouvelles, ne m’ont pas toutes enthousiasmée au même niveau mais je leur reconnais volontiers une belle qualité. Je relirai Ian McDonald avec plaisir.

Ian-McDonaldTrois parties donc. Trois histoires. Trois époques. Trois héroïnes. Toutes les trois ne sont pas seulement liées par leur contexte géographique – à savoir l’Irlande – mais par leur rencontre avec l’imaginaire, le surnaturel, l’inconcevable. La « matière » irlandaise est toujours présente mais apparaît et se modèle différemment selon l’héroïne et l’époque en action. Des créatures quasi sylvestres dans les années 1910 aux démons urbains de la fin des années 80, Ian McDonald n’en oublie pas les origines : Chasse sauvage, changelings et pookas sont de la partie !
Les fées font partie intégrante de la vie irlandaise. Mais attention, point de petites fées ailées roses à paillettes, non non non. Plutôt des créatures sauvages ancrées dans leur environnement et bien décidées à y rester ! La campagne regorge de petits coins liés aux créatures magiques et les habitants ne manquent pas de le rappeler : « Fairy hill », « Fairy lake », « Fairy bog »… Promenez-vous au milieu du Roscommon, après 22 heures, un soir où les nuages cachent le clair de lune… je vous certifie que même le renâclement des chevaux peut paraître étrange !

Malgré la facilité qu’a l’auteur à transposer cette mythologie à trois époques différentes, je trouve que la toute première (les années 1910) est celle qui se marie le mieux avec cette féerie irlandaise. Les forêts encore bien présentes, l’électricité hésitante, les photographies en noir et blanc, les prémices de la psychanalyse et de l’hypnose… toute une atmosphère un peu désuète propice à la féérie et aux apparitions un peu étranges, à mon avis. Mais peut-être que c’est ma conception à moi de la magie irlandaise et peut-être avais-je en tête la série des photographies de petites fées qui ont été réalisées à la fin des années 1910, justement (et je pense que Ian McDonald y fait clairement référence lorsqu’Emily demande à emprunter l’appareil photo de son père pour prouver ses dires !).
Les deux contextes suivants m’ont un peu moins emballée, surtout le deuxième d’ailleurs mais peut-être est-ce également dû à une intrigue et une deuxième héroïne qui m’ont moins séduite. La fin des années 80 et les drogues hallucinogènes offrent un environnement intéressant aux mythes irlandais – et n’ont pas été sans me rappeler l’excellent Ames de verre de Anthelme Hauchecorne – mais peut-être trop urbain et contemporain à mon goût, en tout cas par rapport à « l’intrigue de base ».

cottingley fairiesD’ailleurs, je serais même tentée de dire que Ian McDonald aurait pu s’arrêter après la première partie et en faire une nouvelle isolée, elle se suffit à elle-même. En revanche, les deux parties suivantes ont besoin de la première pour prendre leur sens.
Si on s’arrête après l’aventure de la jeune Emily, on peut même se poser la question de la véracité de son témoignage et on se rapproche d’un fantastique pur et dur. A-t-elle vraiment vécu des expériences « féériques » ou est-elle juste tombée dans la folie ? On peut douter. Et j’aime bien cet entre-deux. Avec les deux aventures suivantes, le doute s’amoindrit et, paradoxalement, les aventures plus ancrées dans notre réalité, paraissent moins réelles (ou du moins, moins vraisemblables !).
J’ai, effectivement, eu beaucoup moins de mal à m’imaginer les scènes vécues par Emily (avec un petit côté angoissant qui n’a pas été sans me rappeler certains passages du Songe d’Adam de Sébastien Péguin) que celles mettant en avant Jessica et Enye. Malgré tout, je reconnais bien volontiers que Ian McDonald maitrise sa narration. Très détaillées et riches d’informations, ses descriptions ancrent bien le lecteur dans les différentes situations mais, attention, si vous êtes habitués aux lectures fluides (et même parfois simplistes, il faut l’avouer !), Roi du matin, Reine du jour pourra peut-être vous déstabiliser.

Il s’agit en effet d’une lecture plus exigeante qui demande concentration et quelques efforts de réflexion pour remettre les choses en place. Je pense notamment à certains paragraphes de la troisième partie qui, dédiés aux phages et à la place de la mythologie irlandaise dans la vie quotidienne des années 80, peuvent perdre un peu le lecteur ou au moins casser un peu le rythme de l’intrigue. Encore une fois, c’est la narration particulière de la première histoire que je retiendrai. Alternant les entrées du journal intime d’Emily et les lettres envoyées/reçues par son père, Ian McDonald nous offre les pièces du puzzle petit à petit, grâce à différents points de vue. J’ai bien aimé ce travail narratif, plus original que le point de vue externe ensuite utilisé pour suivre les deux autres héroïnes.

Roi du matin, Reine du jour est une lecture originale et marquante qui propose un retour sur la sombre féérie irlandaise, à travers le destin de trois jeunes femmes différentes mais intimement liées. Je retiens surtout la toute première partie, la plus aboutie et la plus intéressante, à mon avis… et c’est en tout cas celle qui me donne le plus envie de découvrir d’autres écrits de Ian McDonald.

Images : Ian McDonald et une des photos de la série « Cottingley fairies » prises entre 1917 et 1920 en Angleterre.

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8 pensées sur “Roi du matin, Reine du jour de Ian MCDONALD

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