Le Coin des BD [5]

Après les biographies illustrées d’écrivains, je me suis tournée vers des bandes-dessinées traitant de sujets plus « contemporains », ayant envie d’un peu plus d’actualité voire de fraicheur. Mes dernières incursions n’ont pas toutes été des réussites mais dans l’ensemble, cela reste plutôt positif.

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premières chaleurs intégrale jp peyraudPremières chaleurs. L’intégrale de Jean-Philippe PEYRAUD.
Casterman, 2011, 244 pages. Pour l’acheter : Premières Chaleurs, Intégrale

Delphine, Nina, Abie (sa demi-soeur), Véro, Nini (enceinte de Globule), Charlotte (qui vient de quitter Gaby), Gaby, Marco, Jean-Bath : voilà une sympathique bande d’amis, trentenaires et parisiens.
L’appartement des filles est transformé en salon de coiffure.
Abie, Véro, Nina et Delphine (en voix off par haut-parleur de téléphone) papotent. Tous les sujets y passent : la rupture entre Charlotte et Gaby, les pubs avec des filles à poil, les magazines pour hommes, le fils exhibitionniste de la voisinne d’en face, la liaison sans espoir de Nina avec son patron, les yaourts à 0% et le play-boy du 6 ème…
Côté garçons, c’est du même cru, au rythme d’une petite virée et d’une cuite chez Nini et Globule : le premier baiser, le désir ou non de paternité, la rupture entre Gaby et Charlotte.

En ouvrant cette intégrale, je m’attendais à découvrir les aventures d’une bande d’amis parisiens, un peu dans le genre de Friends, mais en France. On peut effectivement rapprocher la vie de ces jeunes adultes à celles des six New-yorkais, les éclats de rire et l’empathie en moins, à mon avis.
planche premières chaleurs peyraudLe couple de futurs parents, les demi-sœurs d’origines différentes, l’éternelle célibataire obsédée par son poids, le couple qui bat de l’aile, les amoureux qui se voient en secret… Autant de situations que de personnages… c’est trop pour le lecteur (en tout cas pour moi). Je me suis très très vite sentie perdue entre toutes ces personnalités, notamment masculines car même si le dessin permet une différenciation, je ne l’ai pas trouvée assez prononcée. Cela dit, je n’étais pas non plus très concentrée et pas vraiment désireuse de scruter le moindre détail de la coupe de cheveux de ces messieurs pour pouvoir reconnaître qui est qui. C’est beaucoup plus net du côté des filles, à mon goût mais il est peut-être plus facile de proposer plus de coupes de cheveux et tenues différentes pour ces demoiselles. Bref, tout ça pour dire que face au nombre important de figures mises en scène ici, j’étais larguée et j’ai eu du mal à intégrer la place et le rôle de chacune.
Outre cette première difficulté, l’affluence de personnages m’a empêché de m’attacher à eux. Certaines scènes, certains passages sont amusants et émouvants, je me suis même parfois reconnue dans certaines situations, mais je suis globalement restée étrangère au quotidien de ce grand groupe d’amis.
Enfin, et c’est là que je place ma plus grosse déception, la fin ne me paraît pas en être une. J’ai beaucoup de mal avec les fins ouvertes généralement et là, elle m’a paru tellement ouverte qu’après avoir tourné la dernière page, j’ai du faire des recherches pour voir si un sixième tome existait. J’étais vraiment persuadée qu’il y avait une suite. Mais non, rien du tout et a priori rien de prévu (le cinquième tome commence à dater donc je pense qu’on peut définitivement faire une croix sur un tome 6).
En revanche, et pour terminer sur une note positive, j’ai bien aimé le coup de crayon et la colorisation. Le rendu me semble agréable à l’œil, c’est frais et plutôt dynamique, dans l’air du temps.

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le chien qui louche davodeau bdLe Chien qui louche d’Etienne DAVODEAU.
Futuropolis, 2013, 135 pages. Pour l’acheter : Le Chien qui louche

Fabien est surveillant au Louvre. Il aime son métier. Il aime aussi Mathilde. Celle-ci le présente à sa famille, dans la vaste maison de campagne près d’Angers. Non sans appréhension, car le clan Benion est un peu spécial. Il y a son père, Louis, qui est à la tête depuis 1975 de l’entreprise familiale de meubles, fondée en 1947, et ses deux frères, Maxime, l’aîné, et Joseph. Ils ne sont pas méchants, plutôt maladroits et ont un humour qui n’est pas forcément subtil. Le fait que Fabien travaille au Louvre est une coïncidence bienvenue, puisqu’ils viennent de retrouver au grenier, le tableau d’un aïeul, peint au XIXe siècle. C’est une affreuse toile représentant un pauvre clébard qui louche. Que vaut le travail de l’ancêtre ? demandent les Benion. Est-ce une croûte ou un chef-d’œuvre ? Fabien, bien emmerdé, botte vaguement en touche. Alors, pour les Benion, la cause est entendue, tant que l’inverse n’est pas prouvé, nul doute que le tableau ait sa place sur les cimaises du musée du Louvre !

Une des dernières bande-dessinées arrivées à la bibliothèque, je me suis pratiquement jetée dessus dès sa mise en rayon. Et je ne regrette pas car, même si ce n’est pas extraordinaire, j’ai passé un excellente moment, divertissant mais pas que. Je vais surveiller Davodeau d’un peu plus près !
planche chien qui louche davodeauUn homme gardien au musée du Louvre, quel rapport avec le titre – Le Chien qui louche – ? Eh bien cet employé modèle va voir son petit quotidien pépère changer après avoir fait la connaissance de sa belle-famille. Belle-famille qui peut paraître un peu caricaturée (et je ne dis pas le contraire) mais qui m’a quand même arraché quelques sourires. On n’est pas loin de la famille Bidochon, pour résumer. Peut-être pas très futés que les membres du clan Benion, mais ils soulèvent tout de même une question intéressante : comment et par qui sont choisies les œuvres exposées au Louvre ? Est-ce que le tableau de Monsieur Dupont, peintre du dimanche, a moins sa place qu’un Leonard de Vinci ? Pourquoi ? Parce que le second est mondialement célèbre alors que le premier n’a pas les ficelles et les relations qu’il faut ? Parce que nous n’avons pas assez de recul sur l’œuvre de Monsieur Dupont ? Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre mérite d’entrer au Louvre ? Sa beauté ? Et dans ce cas, qu’est-ce qui est beau ? Qui définit le Beau ? Vous la trouvez belle vous La Joconde ? Pourquoi un Chien qui louche ne pourrait-il pas être installé dans une des salles de ce musée ?
J’ai aimé trouver la réflexion derrière la comédie légèrement franchouillarde et caricaturale parce que c’est ce que je préfère lorsque je lis un ouvrage (bande-dessinée ou roman, c’est la même chose) : réfléchir et/ou apprendre deux ou trois trucs tout en ayant un fort aspect divertissant. Lire un essai de 300 pages de Panofsky va m’endormir mais parcourir une bande-dessinée comme Le Chien qui louche va réveiller en moi quelques questions. Bien sûr, la réflexion est ici limitée mais loin d’être dénuée d’intérêt. Bref, ça me plaît.
J’ai, qui plus est, particulièrement apprécié le coup de crayon de Monsieur Davodeau. La bd précédemment présentée était colorisée, toutes les planches sont ici en noir et blanc… mais c’est très appréciable car permet de se focaliser davantage sur les détails. Et les détails, il y en a un paquet, surtout lorsque le Louvre nous ouvre ses portes. Des décors muraux aux œuvres exposées, l’illustrateur ne laisse rien passer. J’ai, enfin, bien aimé les silhouettes toutes en courbes des différents personnages. C’est généreux, à mon goût.
Un fond léger mais pas que, habillé d’un visuel travaillé et très agréable à parcourir. Je conseille.

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coupdecoeur

nex-york-trilogie-eisnerNew York. Trilogie, Tomes 1 à 3 de Will EISNER.
Delcourt, 2008, 144, 167 et 112 pages. Pour l’acheter : New York Trilogie, Intégrale

L’avenue C connecte l’east side au west side de la « grosse pomme », surnom affectueux que donnent les new-yorkais à leur ville. Un canal au milieu d’une mer de béton. Entre les deux, une grille d’aération se fait le spectacle de bien des scènes e la vie quotidienne, et le réceptacle de nombreuses offrandes involontaires. Une bague refusée par une jeune femme… une pièce de monnaie… le couteau d’un tueur des rues… Un véritable trésor pour deux gamins qui récupèrent le tout à l’aide d’une ficelle et d’un chewing-gum. Le quartier de Brooklyn est également célèbre pour ses perrons, servant tantôt de gradins, tantôt d’escaliers, tantôt d’estrades… De même, les lampadaires, les bornes à incendie, les poubelles, les boîtes aux lettres, les feux tricolores (…), sont souvent détournés de leurs rôles initiaux. Les scènes de la vie quotidienne alimentent aussi les journées des voisins d’immeuble ou les couloirs des métros, sous l’asphalte. Des inconnu(e)s s’y côtoient, s’y entassent et supportent ou fantasment sur la faune bigarrée qui s’y déverse. Dans le bruit ou la musique, New-York vibre de mille façons…

Plusieurs personnes dans mon entourage sont fascinées par les Etats-Unis et notamment par la ville de New York… ce qui n’est absolument pas mon cas. Trop de monde, trop de bruit, trop de pollution, trop de stress, trop de trop. Alors pourquoi avoir emprunté cette trilogie ? Ce sont les illustrations des trois couvertures qui m’ont intriguée et séduite. Et j’ai bien fait de sauter le pas car j’envisage maintenant d’acquérir l’intégrale pour l’ajouter à ma propre collection.
immeuble eisner new york trilogieWill Eisner revient sur le quotidien de cette grande ville, véritable fourmilière sans cesse en activité. Il choisit quelques personnages et dépeint tantôt rapidement un mini-épisode du quotidien, tantôt l’aventure d’une vie résumée sur une poignée de planches. Qu’elles m’aient fait sourire ou m’aient émue, chacune de ces – plus ou moins longues – aventures a su me toucher. Pendant quelques (dizaines) de minutes, chaque individu sort de la masse pour devenir un personnage unique. J’ai franchement ri aux mésaventures subies dans le métro bondé (même si Lyon ne peut être comparé à New York, les métros bondés et toute la faune qui y évolue, on connait !), j’ai aimé découvrir les quatre vies qui ont gravité autour d’un vieil immeuble avant (et après) sa démolition, j’ai été touchée par le devenir de ces deux jeunes couturières prisonnières du feu… Autant d’histoires, de peintures, de souvenirs… que de personnages.
J’ai cru lire à plusieurs reprises que les critiques reprochaient à Will Eisner un aspect trop larmoyant. Ce n’est évidemment pas joyeux mais plus que larmoyant, j’ai trouvé l’ensemble très juste, authentique. Et particulièrement marquant. Je serais vraiment très heureuse de pouvoir relire l’intégrale, à l’occasion (d’où mon envie de la faire entrer dans ma bibliothèque).
Encore une fois, l’auteur-illustrateur fait le choix du noir et blanc. Et vraiment, j’adhère. J’ai trouvé les illustrations magnifiques, qu’elles soient de taille réduite dans les vignettes ou que l’on puisse en profiter en pleine page. Les jeux d’ombre et les détails sont sublimes. Un trait de génie, à mon humble avis !

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