Caroline Bingley de Jennifer BECTON

caroline bingley becton
Caroline Bingley

de Jennifer BECTON
Milady,
2013, p. 372

Première Publication : 2011

Pour l’acheter : Caroline Bingley

Jennifer Becton est éditrice, écrivain et amatrice de romans historiques et policiers. Elle vit en Caroline du Nord, avec son mari Bert et son chat Puttytat. Elle est également férue d’équitation et possède un cheval qui répond au doux nom de Darcy. N’hésitez pas à contacter Jennifer qui est toujours heureuse de recevoir les avis de ses lectrices et d’échanger avec elles.

Charlotte Collins
Orgueil et préjugés de Jane AUSTEN (vo)

♣ ♣ ♣

Dans Orgueil et Préjugés, Caroline n’a qu’une idée en tête: faire main basse sur le très convoité Mr Darcy. Peine perdue, ce dernier lui préfère Elizabeth Bennet, celle-là même dont Caroline n’a de cesse de se moquer. Bannie de la demeure de son frère, la voilà contrainte de retourner vivre chez ses parents, loin de Londres. Contre toute attente, ses rêves les plus fous – une lignée ancestrale, un titre, un domaine – sont enfin à sa portée en la personne de MrCharlton. Mais l’homme qui la séduit, Mr Rushton, n’a que l’amour à lui offrir. Caroline sera-t-elle prête à renoncer à ses ambitions pour écouter son cœur ?

Autre titre de Jennifer Becton lu il y a quelques semaines à peine, Charlotte Collins m’avait laissé une très bonne impression, me donnant à penser que l’auteure connait bien l’univers de Jane Austen et qu’elle sait le respecter. J’étais donc plutôt confiante en ouvrant Caroline Bingley, confiante et également très curieuse de découvrir si Jennifer Becton réussirait à me faire aimer ce personnage assez haïssable.
Un peu moins emballée que pour l’autre « austenerie », j’ai tout de même passé un agréable moment et si Miss Bingley ne devient jamais mon personnage préféré, j’ai réussi à la comprendre et presqu’à l’apprécier grâce au travail de Jennifer Becton. Il me tarde désormais de lire un autre roman de l’auteure, persuadée qu’elle pourrait faire un excellent travail avec d’autres personnages secondaires évoluant dans l’univers de Jane Austen.

Caroline Bingley c’est cette jeune femme pas très sympathique qui fait tout pour mettre des bâtons dans les roues aux héros d’Orgueil et préjugés. Jeune soeur de Charles Bingley ayant des vues sur Darcy, le meilleur ami de celui-ci, Miss Bingley fait tout pour éviter que son cercle restreint ne passe trop de temps en compagnie des membres de la ridicule famille Bennet. Mais voilà, malgré ses manipulations, elle ne peut empêcher l’inévitable… Bingley épouse Jane et Darcy choisit Elizabeth…
Trop fière pour présenter des excuses et reconnaître ses erreurs, Caroline est « bannie » et doit retourner vivre auprès de sa mère dans le nord du pays. Société restreinte et campagnarde, compagnie indésirable d’une femme de chambre sans classe, l’avenir semble bien sombre… Seul un mariage avantageux avec Mr Charlton – futur baron et frère de son ancienne meilleure amie – permettrait à notre héroïne de briller à nouveau en société et surtout, d’acquérir un minimum de liberté. Mais les obstacles se multiplient et Miss Bingley devra accepter d’apprendre de ses erreurs et rabaisser un peu son orgueil mal placé !

Vous l’aurez compris, Jennifer Becton nous offre l’aventure de Caroline Bingley après le dénouement d’Orgueil et préjugés et elle nous propose un nouvel éclairage de cette personnalité plutôt antipathique. Nouvel éclairage et évolution de caractère oui, mais pas n’importe comment ! La jeune femme ne change pas du tout au tout et ne devient pas gentille et facile à vivre uniquement parce qu’elle est l’héroïne principale de ce roman. Non, non, non. C’est toujours la même jeune femme orgueilleuse, manipulatrice et cynique que dans l’oeuvre d’origine MAIS, on se rend compte, grâce au temps qu’on passe avec elle, que derrière ce fort caractère se cachent quelques faiblesses qui la rendent plus humaine et donc plus touchante. On parvient même à comprendre ses agissements et à accepter son comportement. Je ne dis pas qu’elle est devenue ma meilleure amie après cette lecture mais disons que lors de mes prochains visionnages d’adaptations ou lors d’une future lecture d’Orgueil et préjugés, j’aurai une approche différente de son personnage.

anna chancellor pride and prejudice 1995Jennifer Becton revient ici sur la place de la femme dans l’Angleterre à la charnière du XVIIIe et XIXe siècle. Elle nous rappelle qu’à l’instar de l’antiquité romaine, la femme passait alors de la tutelle d’un père (ou homme de la famille le plus proche : frère, cousin…) à celle de son mari, sa fortune personnelle passant ainsi de l’un à l’autre. Pour parvenir à une certaine liberté et sécurité, il fallait alors faire un « beau » mariage et c’est ce que s’efforce de faire Caroline. Plutôt indépendante pour son époque, elle sait ce qu’elle veut et n’hésite pas à manigancer pour l’obtenir (d’où son comportement parfois antipathique mais que l’on découvre sous un éclairage nouveau). J’ai trouvé le caractère de l’héroïne en accord avec celui offert par Jane Austen à l’origine et évoluant pertinemment sous la plume de Jennifer Becton.
En revanche, je dois avouer que l’élément déclencheur de toute cette petite « comédie », à savoir le refus de présenter des excuses à Elizabeth Bennet (dorénavant Mrs Darcy) et de reconnaître ses torts, semble un peu exagéré et futile… d’ailleurs, au bout d’un moment, je ne me souvenais même plus pourquoi elle restait à ce point butée dans son idée… « Heureusement » qu’elle répète régulièrement son aversion pour Lizzie !

Si les portraits – du personnage principal et des secondaires – sont plutôt bien croqués, l’intrigue dans laquelle ils évoluent connait quant à elle quelques faiblesses. Cousue de fil blanc, on sait dès les premiers chapitres comment cette Miss Bingley va finir… l’ensemble manque donc un peu de péripéties, de quiproquos, de retournements de situation… en bref de complexité ! Mais je le reconnais volontiers, la lecture n’en reste pas moins divertissante et l’on tourne les pages – jusqu’à la dernière – avec plaisir.
Et cela, sans doute, grâce au style fluide de Jennifer Becton. Celui-ci n’est pas exempt de défauts, notamment dans les dialogues (mais quelle est cette manie qu’ont les personnages d’appeler l’héroïne « Caro » !?) et ne brille pas par son extrême richesse, mais il permet assez facilement de se laisser transporter dans l’Angleterre de l’époque et d’imaginer le décor correspondant. C’est une lecture détente, on n’en demande pas plus.

Un peu moins bon que Charlotte Collins à mon goût – sans doute à cause du fait que j’ai beaucoup moins d’empathie pour le personnage de Caroline Bingley – cette petite austenerie se place malgré tout parmi les bons crus du genre. Jennifer Becton nous montre l’héroïne sous un autre angle tout en restant fidèle au texte d’origine. Une suite tout à fait appréciable et appréciée !

Image : j’ai eu un peu de mal à digérer les 20 ans de Caroline, ayant constamment en tête ce visage (celui de Anna Chancellor – alias « Tronche de canne » dans Quatre mariages et un enterrement ! :p ) dans la version de 1995.

7 pensées sur “Caroline Bingley de Jennifer BECTON

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