Haute-Terre de John MCGAHERN

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Haute-Terre
de John MCGAHERN
Presses de la Renaissance,
1987, p. 183

Première Publication : 1985

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John McGahern est un écrivain irlandais (12 novembre 1934 – 30 mars 2006). Né à Dublin, il grandit dans l’ouest de l’Irlande et fut diplômé de l’University College de Dublin. Les romans et nouvelles de John McGahern sont peuplés de personnages désenchantés par le nationalisme irlandais après l’indépendance de l’île. Leur amertume n’a d’égal que la sensation d’étouffement qu’ils expriment à travers la prose soignée de l’auteur. Le romancier apporte ainsi une large contribution au révisionnisme culturel irlandais et à la littérature irlandaise.

On imagine volontiers les nouvelles de John McGahern racontées dans un pub de Dublin, entre deux verres, à la lueur d’un éclairage rendu opaque par la fumée du tabac.
Haute-Terre regroupe dix nouvelles qui, parfois avec humour, parfois avec gravité, et toujours avec verve, constituent de véritables petits romans.
L’atmosphère de ces récits, malgré leur dureté dramatique, a comme un parfum de Tchekov.
McGahern s’attache à décrire des lieux et des personnages qui méritent le détour.
En somme, à travers ces textes, McGahern nous livre une série d’images de l’Irlande : une île où les clivages religieux continuent de jouer un rôle considérable, mais où règne aussi une certaine douceur de vivre, empreinte de mélancolie, de désespoir.

Il y a quelques semaines encore, je n’avais jamais entendu parler de John McGahern. C’est en feuilletant un « essai » sur l’Irlande et notamment sa bibliographie que j’ai découvert que cet auteur irlandais possédait une petite renommée. Ni une ni deux, je fouille dans le catalogue de la bu où je travaille et, ô joie, je découvre quelques ouvrages en rayon. J’ai choisi de commencer ma plongée dans l’univers de l’écrivain avec Haute-Terre car il s’agit d’un recueil de nouvelles et que les nouvelles, c’est plutôt pas mal pour se faire une idée.
Sans être complètement conquise par ma lecture, je suis assez satisfaite pour être curieuse et avoir envie de lire autre chose de John Mc Gahern. J’ai emprunté La Caserne, un roman (et donc un format plus long) dont le sujet me semble intéressant. Je vous en parle très vite, je pense !

Ce recueil de dix courtes nouvelles a été publié pour la première fois en 1985 (en 1987 pour la traduction française) et offre des tranches de vie, des tableaux de la vie en Irlande entre 1950 et 1985 (je pense). Aujourd’hui, en 2013, on peut donc ressentir le côté un peu « dépassé » de ces petites histoires mais elles ne sont pas non plus sans intérêt pour celles et ceux qui souhaitent découvrir la vie irlandaise à cette époque pas si lointaine.
La plongée est immédiate et authentique, dans les rues de Dublin ou dans les petits villages de la campagne. A travers ces dix petits textes, l’auteur revient sur des thèmes plus ou moins similaires toujours d’actualité aujourd’hui : les ruptures amoureuses, le mariage, les retrouvailles au pub du coin avec les amis, les relations avec ses parents après avoir quitté le nid (et avoir quitté la campagne pour la ville), les conflits entre protestants et catholiques… Autant de sujets traités à la « mode irlandaise », prenant en compte les us et coutumes de ce pays très traditionnel. C’est aussi l’occasion pour John McGahern de revenir sur des sujets de société tels que le divorce(je vous rappelle que la légalisation du divorce dans le pays n’a été adoptée qu’en 1995 !) et l’avortement (seulement autorisé dans des cas précis – danger pour la mère – depuis cet été, donc en 2013 !).

Il me semble que ces dix courts textes sont assez représentatifs de la vie « réelle » et même si les choses ont forcément évolué depuis 30 ans, c’est un bon indicateur de la vie irlandaise « authentique ». On a tendance (et moi la première) à imaginer un pays aux paysages magnifiques peuplés de fées et de leprechauns où la Guinness coule à flots et où les gens jouent de la musique (fiddle, tin whistle et accordéon) et font des claquettes toute la journée. Le folklore est certes fort et part d’une réalité mais tout n’est pas tout beau tout rose, loin de là. La vie est dure et a forgé des personnalités fortes et particulièrement bornées. Oui, les irlandais sont chaleureux et vous serez toujours très bien reçus si vous allez y faire un tour mais c’est aussi et surtout un pays de traditions (la plus grande partie du pays – en tout cas en Irlande du Sud – est catholique), comme je le disais précédemment : les femmes sont le coeur du foyer, les bals de village permettent les rencontres et les enfants nés hors mariage n’ont pas la vie facile. Bien sûr, depuis la publication de ces nouvelles, les choses ont changé mais il me semble, et je ne pense pas trop me tromper, que la place de la femme en Irlande est encore, en 2013, une sujet brulant. Comme quoi, l’Irlande c’est cool, mais peut-être pas si génial…

mcgahern_johnToutes les nouvelles ne m’ont pas passionnée, mais dans l’ensemble, j’ai apprécié leurs sujets et la façon dont ils sont traités. J’ai vraiment beaucoup aimé le style de John McGahern (ou peut-être l’excellente traduction française ?) que j’ai trouvé à la fois très abordable, très authentique, sans non plus être oral ou simpliste. J’ai généralement du mal avec la littérature dite contemporaine car ne ressens quasiment jamais rien et ne trouve rien de particulièrement marquant au style des auteurs. Pour le coup, et ce n’est pas parce que l’auteur est irlandais et que les histoires se déroulent en Irlande (enfin, peut-être que si !), j’ai pris plaisir à suivre les aventures des personnages ordinaires proposées (bon, certains plus que d’autres, forcément !) et n’ai pas eu de mal à m’immerger dans le décor et à ressentir avec eux, leurs petites joies simples ou leurs malheurs du quotidien.

Avec un peu de recul et pour vous donner une toute petite idée si vous avez envie de découvrir ce recueil, je conseillerais surtout quatre nouvelles :
Balade qui revient sur les aventures d’une petite bande d’amis qui flirtent avec des filles aux bals… jusqu’à ce que l’une d’elle tombe enceinte. L’avortement n’est pas autorisé, les enfants illégitimes mal vus… la seule alternative reste le mariage.
– Dans La Montre en or, John McGahern s’attarde sur la relation entre un père et son fils, celui-ci ayant quitté la ferme familiale pour un travail dans la capitale. Il revient chaque été pour aider à la moisson mais commence à douter de l’utilité et du bien fondé de ce retour régulier. Le temps passe, la communication entre les deux hommes n’est pas évidente, entre gêne, maladresse et tendresse.
Eddie Mac et La Conversion de William Kirkwood sont deux nouvelles qui se font suite, la deuxième se déroulant une douzaine d’années plus tard. On découvre la relation entretenue par Annie May et Eddie Mac, celui-ci finissant par accepter les avances de la première car il n’a plus rien « à se mettre sous la dent » dans le village. La jeune femme tombe enceinte mais Eddie n’est pas du tout prêt à perdre sa liberté et saura comment se sortir de cette situation embarrassante. Quelques années plus tard, Lucy, fait ses devoirs grâce à l’aide de William Kirkwood, le propriétaire de la ferme dans laquelle travaille Annie May, la mère de la petite fille. En lui faisant réviser son catéchisme, l’homme d’âge mûr découvre cette religion d’un nouvel angle et décide de se convertir, au grand dam de toutes ses connaissances, éminemment protestantes.

Ce n’est donc pas un coup de coeur que cette découverte, mais tout de même une assez bonne lecture pour me donner envie d’en apprendre plus sur John McGahern et son oeuvre. Pari réussi, donc !

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