Joseph Carey Merrick de Denis VAN P

joseph carey merrick

coupdecoeur

Joseph Carey Merrick
de Denis VAN P
Sandawe.com
2013, p. 72

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Joseph Carey Merrick

 

Né en 1974, je me passionne assez rapidement pour la bande dessinée et le dessin. Jusqu’à en faire mon passe-temps principal, presque mon obsession, jusqu’à mes 18 ans. Contre toute attente, je décide alors de me lancer dans des études commerciales, et ne me remettrai à dessiner qu’après mes 26 ans. Pour travailler en amateur sur quelques projets d’albums qui me tenaient à cœur… Influencé principalement par l’École de Charleroi, mes Maîtres furent Franquin, Morris, Warnant, Le Gall, Conrad, Frank Pé, Janry mais aussi Riff Reb’s, Eddy Ryssack, Giraud, Follet, Hermann, Andreas,…

 

La première biographie en bande dessinée d’un personnage hors du commun.
Une histoire authentique, basée sur une documentation précise et rigoureuse : c’est la VERITABLE histoire de Elephant Man.
Le fruit de plusieurs années de recherches, de documentation et de dessin.
Un personnage devenu culte depuis le film de David Lynch.
Le livre comporte un cahier de huit pages de dessins et croquis inédits racontant la genèse du projet.

 

Comme beaucoup de monde, je pense, j’ai vu (et adoré) Elephant Man de David Lynch, production en noir et blanc de 1980 qui revient sur l’histoire de cet homme difforme qui, grâce à une rencontre pas comme les autres, finira sa vie dans une lueur d’espoir. Appelé John au cinéma (à cause d’une erreur dans une biographie), Joseph Carey Merrick a véritablement existé.
Si Lynch ne s’attarde que sur la deuxième partie de la vie du jeune homme, sur la partie plus « lumineuse » ; Denis Van P insiste, dans cette bande dessinée, sur les premières années de Joseph, période beaucoup plus sombre où les chamailleries d’enfants se transforment en séance de torture.
Avec quelques larmes versées (ou presque), cette BD entre directement dans le groupe, très réduit, de mes plus belles découvertes du genre ! Et grâce à elle, je meurs d’envie de mettre la main sur la biographie écrite par Michael Howell et Peter Ford, pour prolonger un peu la découverte de la vie de cet homme hors du commun.

Né en 1862 en Angleterre, Joseph développe, très tôt, grosseurs et malformations qui n’auront de cesse de se développer tout au long de sa courte vie (il meurt à l’âge de 28 ans). Malgré des brimades répétées dans la rue et à l’école, le petit garçon peut au moins compter, si ce n’est sur l’amour, au moins sur la protection de ses parents… jusqu’au décès prématuré de sa mère. Remarié, le père introduit une nouvelle femme (et ses deux horribles marmots) dans le foyer. L’amour déserte alors complètement la vie de Joseph qui, pas du tout accepté par sa belle-mère et repoussé par son père, est contraint de quitter la maison. Il tente sa chance, alors qu’il n’a qu’une douzaine d’années, dans une manufacture mais le travail manuel ne peut durer indéfiniment, ses mains de plus en plus difformes l’empêchant de bien faire les choses. S’en suit une période de vagabondage… et l’exhibition en tant que monstre de foire ! Après quelques années de « spectacle » en Europe, les autorités interdisant de plus en plus ce genre de manifestations, Joseph est dépouillé par son « manager »… Le Docteur Treves croise sa route au début de sa « carrière » mais il faudra attendre encore quelques sombres années pour que le jeune homme, seul et sans le sou après l’arrêt des exhibitions, revienne tant bien que mal en Angleterre et trouve soutien et amitié auprès du scientifique. Derrière l’apparence difforme, Treves découvre une personnalité sensible, curieuse et cultivée… il va alors offrir à Joseph, les plus belles heures de sa vie : logement décent, découvertes artistiques, rencontres en tout genre mais aussi et surtout, des amis… et des sourires !
Les dernières planches illustrent la théorie de la mort accidentelle, là où Lynch avait pris une toute autre direction (plus émouvante, à mon sens). Où est la vérité ? Quelle importance ! Le fait est que, suite à une vingtaine d’années malheureuses à cause de la nature humaine, Joseph Carey Merrick a connu le bonheur grâce à la bonté d’un seul être humain.

extrait planche joseph carey merrickCette biographie regorge d’émotions fortes et plus d’une fois j’ai ravalé mes larmes, penchée sur les planches. Je pense notamment au passage où le père repousse violemment Joseph, dans la rue, alors que celui-ci voulait lui prendre la main et grimper sur ses épaules, comme les autres enfants… ou encore, lorsqu’après s’être effondré en larmes, il avoue au Docteur Treves que « c’était la première fois de son existence qu’une femme lui souriait »…
L’histoire de Joseph Carey Merrick fait partie de ces histoires inoubliables qui, à la fois nous dégoûtent de faire partie de l’engeance humaine (vu ce qu’il vit la majeure partie de sa vie) mais nous rend aussi fier de compter parmi nous des gens sincèrement bienveillants. On ne peut pas rester de marbre en découvrant, au fil des pages, ce qu’a vécu le petit garçon, l’adolescent et l’adulte qui, malgré tout ce qu’il subit pendant toutes ces années, reste « pur » et humain (beaucoup plus humain que tous ceux qu’il rencontre).

J’ai aimé cette BD d’un bout à l’autre. Malgré tout, j’ai un minuscule regret. Je ne peux pas le reprocher à l’auteur car c’est un choix purement réfléchi, mais j’aurais aimé que la partie « lumineuse » de la vie de Joseph soit plus développée. Ce n’était pas la volonté de Denis Van P qui, au début, ne s’était pas du tout penché sur les moments que vit le jeune homme après ses retrouvailles avec le docteur Treves car il souhaitait traiter uniquement le thème du rejet, la chute du personnage. C’est à la demande de l’éditeur qu’il a ajouté les 9 planches de la « renaissance ». Il est vrai que le film de Lynch s’attarde déjà intelligemment sur les dernières années de la vie « d’Elephant Man » et qu’il n’était pas forcément nécessaire de passer du temps dessus. L’important est de découvrir la genèse du personnage… mais quand même, quelques planches de plus ne m’auraient pas dérangée, bien au contraire !

Comme vous pouvez le constater, le fond m’a plu… mais qu’en est-il de la forme ? Eh bien, j’ai également été séduite ! Dessins et couleurs, tout me semble parfait et sert intelligemment l’histoire.
Outre les 62 planches de la BD (un peu plus d’une cinquantaine bordées de noir, correspondant à la chute de Joseph et un peu moins d’une dizaine bordées de blanc, illustrant, bien logiquement, la renaissance du personnage), vous trouverez 8 pages supplémentaires qui vous expliqueront, à travers les mots de Denis Van P, le processus de création. On apprend, dans ce carnet bonus, que cette œuvre a mis huit ans avant de voir le jour dans sa forme actuelle, que l’auteur a été passionné par la vie de cet homme hors du commun, dès son visionnage assez jeune, de l’Elephant Man de David Lynch… et vous trouverez également quelques planches inédites – colorisées ou non -, finalement retirées de la sélection.

Un sujet passionnant traité avec brio. La forme est à la hauteur du fond : sublime. Beaucoup d’émotions à la lecture de cette BD (qui comptera dorénavant parmi mes préférées) et une furieuse envie de me plonger, dès que possible, dans la biographie de Howell et Ford, qui l’a inspirée !

 

 

Une pensée sur “Joseph Carey Merrick de Denis VAN P

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  • 5 septembre 2013 à 18 h 09 min
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    Elephant Man m’a traumatisée, surtout la scène où il crie  » je ne suis pas un éléphant, je suis un humain », c’est particulièrement horrible…j’étais assez jeune quand je l’ai vu et je n’ai jamais eu le courage de le revoir !

    Cela dit, le personnage de Merrick m’intéresse, et du coup la BD me dit bien, je la note !

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  • 28 août 2013 à 16 h 47 min
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    On a parlé de Joseph Merrick en cours, et j’ai aussi lu plusieurs petites choses à son sujet, mais toujours d’un point de vue très scientifique. Du coup cette BD me tente beaucoup, pour découvrir l’histoire de cet homme sous un autre angle. D’autant plus que j’aime beaucoup le style de la planche que tu as utilisée en illustration.

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  • 28 août 2013 à 11 h 25 min
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    En bande dessinée ? Incroyable.
    Je n’en avais pas entendu parler. Je suis également fan de ce « personnage ».
    Merci pour cette découverte, je l’ajoute à ma wishlist (composée de cinq bouquins car c’est une vraie liste d’achats mdr). 🙂

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