Le Sidh, Tome 1 : Ames de Verre de Anthelme HAUCHECORNE

ames de verre

coupdecoeur

Le Sidh, Tome 1 :
Ames de Verre
de Anthelme HAUCHECORNE
Midgard,
2013, p. 657

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Ames de verre

Anthelme Hauchecorne s’est éteint le 27 février 2045. Il avait 65 ans. Il est resté fidèle à ses idées, jusqu’au bout. Se sachant atteint d’une maladie incurable, il s’est fait sauter lors d’un attentat au camembert piégé visant le Président de la République, en visite d’inauguration au salon de l’Agriculture. Nulle victime à déplorer, hormis l’auteur lui-même. Un geste granguignolesque et salissant dédié à la libération des animaux d’élevage « injustement égorgés, équarris et dépiautés pour gaver des hordes de bipèdes carnassiers entartrés de cholestérol ».
Un homme de convictions pour certains, un extrémiste végétarien pour d’autres.
Anthelme laisse derrière lui deux enfants adoptés et une vingtaine de romans naturels, tous orphelins. Sa femme l’avait quitté deux ans plus tôt pour un trader. Les criminologues attribuent cet ultime pied de nez à une hypersensibilité associée à des lectures douteuses. Dans la bibliothèque du défunt, des ouvrages de Serge Brussolo, Joël Houssin, Jérôme Noirez, Pierre Desproges, Alain Damasio… Dont déjà les associations de protection de l’enfance réclament l’interdiction.
Ses derniers mots : « BOUM ! »

Ce livre vous attendait. Il était écrit que vous feriez sa connaissance. Car peut-être êtes-vous, à votre insu, un(e) Éveillé(e). Auquel cas, vous êtes en grand danger. Les rues de cette ville ne sont pas sûres. Pour vous, moins que pour tout autre.
Car les Streums rôdent, à l’affût d’une âme à briser. Je ne vous mentirai pas : vos options ne sont pas légion. Votre meilleure chance de survie git selon toute probabilité entre ces pages.
Qui sont les Streums, demanderez-vous ? Pourquoi convoitent-ils les fragments du Requiem du Dehors ? Quel avantage espèrent-ils retirer de cette partition funeste ?
Si vous ignorez les réponses à ces questions, vous vous trouvez alors face à un choix. Pour lequel il est de mon devoir de vous aiguiller.
Souhaitez-vous rejoindre la Vigie, risquer votre vie et sans doute plus encore, dans une lutte désespérée pour déjouer les intrigues du Sidh ?
…Ou bien demeurer parmi le troupeau des Dormeurs, à jamais ? Pareille aventure ne se présente qu’une fois. Sachez la saisir.
Enki, enquêteur et logicien de la Vigie

J’entends parler d’Anthelme Hauchecorne depuis quelques mois. Mais qui peut bien se cacher derrière ce nom un peu étrange ? Curieuse de découvrir l’univers bien particulier de l’auteur, j’ai été ravie de gagner La Tour des illusions lors d’un concours organisé par Païkanne il y a quelques mois. Evidemment, je n’ai pas encore eu le temps d’ouvrir ce dernier et c’est donc avec Ames de verre, dernier-né de Monsieur Hauchecorne et premier tome d’une nouvelle série, que je plonge dans l’imaginaire de l’auteur et découvre sa plume.
Plus de 650 pages, c’est souvent (enfin pour ma part) un peu effrayant et l’auteur a intérêt à être sacrément bon pour m’embarquer aussi longtemps sans que je ne me décroche la mâchoire à force de bailler. Ici, pari réussi ! Les pages ont défilé rapidement devant mes yeux et je n’ai rencontré aucun temps morts. J’ai été happée très vite et n’ai pas décroché avant d’avoir tourné la dernière page. J’ai d’ailleurs été ravie d’apprendre qu’il s’agissait d’un premier tome et que la suite était en préparation. De futures bonnes heures de lecture en perspective !

Anthelme-HauchecorneAvec ce nouveau titre, Anthelme Hauchecorne nous offre une fantasy urbaine riche, complexe et passionnante. Il ajoute à notre ville contemporaine de Lille, un univers parallèle teinté de mythologie celte, que seuls les Eveillés (ceux qui possèdent la Vue), peuvent voir. Dès lors que vous avez gagné ce don (de naissance ou par « accident »), vous êtes en mesure d’apercevoir les Streums, ces monstres venus de l’Autre Monde (du Sidh). Tous n’ont pas le même aspect (une classification complexe et passionnante apparaît au fil des pages) et tous ne sont pas foncièrement mauvais (ou peut-être que si ?) mais chacun d’entre eux souffrent du Mallogène, cette faim qui les ronge et les oblige à s’attaquer aux humains (généralement) pour se nourrir.
Pour canaliser ces Daedalos (autre nom, plus « scientifique » pour désigner les Streums), une organisation secrète s’est mise en place au fil des siècles. Rassemblant des Eveillés plus ou moins désireux de combattre (tout un groupe d’Eveillés sont appelés les « Dormeurs » car ils préfèrent se creuser les méninges autour d’une table plutôt que d’aller en première ligne), la Vigie possède une hiérarchie bien définie et semble être toute puissante…
Je pense qu’avec ces quelques lignes, vous percevez la complexité et la richesse du contexte mis en place par Anthelme Hauchecorne. Et c’est ce que j’ai préféré dans ma lecture. J’en ai assez des livres « jeunesse » qui restent en surface et se contentent de poser des bases peu expliquées pour rester « crédibles »… quelle joie de tomber sur un univers dense, fouillé, réfléchi et maîtrisé ! Et je suis sûre qu’il recèle encore bien des surprises que j’ai hâte de découvrir dans le deuxième opus !

Les premières pages peuvent sembler un peu sibyllines mais Anthelme Hauchecorne maîtrise la structure de son récit et nous apporte les informations au compte-goutte, ni trop ni trop peu d’un coup. Vous trouverez des renseignements plus ou moins détaillés dans le récit « principal » mais également et surtout dans les extraits du « Codex Metropolis » (livre rédigé par les premiers Piliers de la Vigie dont le premier tome est offert à la lecture des Recrues, à leur arrivée). Le lecteur se retrouve ainsi complètement transporté dans cette ville de Lille, intègre et digère toutes les informations sans problème, au fil des pages. Il me tarde très sincèrement d’avoir la suite entre les mains pour pouvoir retrouver toute cette faune, tout cet univers si bien amené.
D’ailleurs, l’auteur nous tisse une atmosphère bien particulière pour englober tout ce petit monde. Durant toute ma lecture j’ai eu l’impression d’avoir un voile gris, une sorte de crachin devant les yeux. Comme si la ville de Lille était constamment plongée dans des teintes sombres et tristes où ne parviennent à survivre qu’une population un peu punk, un peu destroy. C’est vraiment comme si on se glissait dans les entrailles peu accueillantes, glauques de la ville, comme si on découvrait tous ses mauvais côtés. Attention, âmes sensibles, s’abstenir, quelques scènes retournent légèrement l’estomac.

pascal quidault ames de verreDans ce premier tome, Anthelme Hauchecorne s’attarde sur deux personnages « principaux ». D’une part Camille, une jeune fille Eveillée, recrue pour la Vigie, qui tente de devenir Chasseuse. Elle est à l’épreuve depuis un an mais on ne lui facilite pas la tâche. Pourquoi cherche-t-elle à tout prix à être initiée et à obtenir ce statut dangereux ? Pour avoir accès à l’En-deçà, la zone à moitié dans notre monde, à moitié dans le Sidh, où elle pourra trouver des informations sur son enfant, enlevé à la naissance. De son côté, Vincent, quarantenaire veuf, a perdu son ex-femme et sa petite fille dans des circonstances mystérieuses (circonstances qui seront élucidées au fil du récit). Au début on ne comprend ni pourquoi ni comment, mais il est impliqué dans l’enquête qui tourne autour du « Marchand de sable » et est donc destiné à croiser le chemin des membres de la Vigie. Sous ses airs de père de famille effondré par la perte des êtres chers, Vincent cache un côté très sombre…
J’ai particulièrement aimé les personnages créés par Anthelme Hauchecorne. Bien croqués, avec du relief, ils possèdent une personnalité complexe, un passé fouillé. De façon générale, j’ai préféré, il me semble, suivre les péripéties de Camille (peut-être est-ce simplement car il s’agit d’une figure féminine pas bien plus jeune que moi, à laquelle j’avais donc plus de chance de m’identifier ?) mais ne boudais pas mon plaisir lorsque je retrouvais Vincent et sa quête de réponses et de vengeance. Des personnages charismatiques et marquants qui, dans un contexte lui-même riche, offrent des aventures vraiment plaisantes à suivre.

J’en viens à l’intrigue en elle-même. On peut, je pense, la qualifier d’enquête puisque les personnages sont à la recherche d’un meurtrier qui ne laisse derrière lui, que du sable imprégné du sang humain des victimes (mais les corps sont introuvables). Vous vous doutez bien que les « Streums » ont quelque chose à voir avec toutes ces disparitions inexpliquées. Mais comment les histoires de Camille et de Vincent peuvent-elles être liées ? Voilà ce que le lecteur apprend au fil des pages.
J’ai particulièrement aimé le choix de l’auteur au niveau de la forme. Le point de vue omniscient permet en effet au lecteur d’être sur tous les fronts et de rassembler lui-même les pièces du puzzle pour résoudre l’énigme. Ainsi, selon les chapitres, on suit alternativement Camille et Vincent, leurs péripéties étant parfois entrecoupées par les extraits du codex Metropolis qui permettent de pointer du doigt quelques détails vu précédemment dans le récit.
A noter que les chapitres sont courts, offrant ainsi un rythme soutenu au lecteur. Rythme d’autant plus vif que la narration se fait au présent. Je suis souvent un peu fébrile face à cette utilisation du présent de narration qui n’est, contrairement à ce que l’on peut penser, pas du tout facile à maîtriser. Dans Ames de verre, rien à redire, les phrases coulent de source et c’est un plaisir à lire ! Et moi qui suis parfois un petit peu gênée par les interventions très « oralisantes » de personnages ; ici encore, j’ai trouvé les passages en registre familier tellement crédibles et ancrés dans l’ensemble que je n’ai jamais été dérangée.
Enfin, quelques mots pour signaler l’attention particulière accordée au livre en tant qu’objet : les extraits du Codex sont sur un fond grisé, de même que les extraits du journal intime de Vincent et plusieurs illustrations en noir et blanc (signées Pascal Quidault) viennent habiller le texte. En bref : une forme à la hauteur du fond !

 

Je crois, sincèrement, que je n’ai aucun point négatif à vous apporter. Je cherche, je cherche, mais je ne trouve pas. L’intrigue est peut-être un peu complexe à suivre dans la dernière partie, lorsque toutes les histoires s’entremêlent, mais ce n’est l’affaire que de quelques paragraphes pour que tout soit à nouveau clair dans nos têtes. De cette histoire, je retiens les personnages bien croqués, la construction maîtrisée de la narration et surtout, l’univers très riche mis en place par Anthelme Hauchecorne. Il me tarde de plonger un peu plus loin dans l’aventure et de découvrir d’autres Streums empruntés à la mythologie celte !

« [CODEX METROPOLIS]
Les racines du mal

Un livre ordinaire se lit. Un livre extraordinaire lit en vous.
Voyez-le tel un animal de compagnie, un fantôme fidèle qui fera son nid dans votre esprit. En toutes circonstances, vous pourrez compter sur lui.
Ce livre que vous tenez, je l’abrite en moi depuis longtemps. Ma cervelle est lourde de le porter. J’arrive au soir de ma vie. Je vais mourir, mais mon manuscrit, lui, doit survivre. Pour cela, il suffit d’une tête bien faite pour l’accueillir. Si vous daignez lui offrir l’hospitalité, il vous servira bien. Je vous en fais la promesse.
Mon livre s’appelle le Codex Metropolis. Voilà dix ans que je l’écris. J’ai hésité sur le nom à lui donner. J’ai choisi de le dédier à nos villes, métropoles de béton, symboles glacés d’une civilisation en déclin. Il m’a paru judicieux d’opter pour un titre latin, en référence à la chute de l’Empire romain, dans la mesure où nous empruntons le même chemin. Et puis, quoi de mieux qu’une langue morte pour relater l’agonie d’un siècle ?
Mais je ne voudrais pas passer pour un rabat-joie. Notre combat n’est pas perdu. À condition que vous repreniez le flambeau… Ce Codex contient tout ce qu’il est besoin de savoir pour rallier notre cause. Pour le moment, retenez seulement ceci : nous, les Éveillés, nous battons contre le mal qui convoite les âmes de nos braves concitoyens. De nos ennemis, je ne vous dévoilerai pour l’heure que le nom : les Daedalos.
C’est ainsi que mes compagnons et moi-même désignons les prédateurs qui hantent nos rues. J’ai épuisé toute ma jeunesse à chercher leur origine. Les légendes de nos ancêtres les mentionnent sous plusieurs aspects : Banshees, Cluricaune, Farfadets, Korrigans… Les Celtes les appelaient les peuples du Sidh. Il subsiste peu d’écrits à leur sujet. Ces créatures veillent à ce qu’il en soit ainsi. Elles détruisent les ouvrages qui trahiraient le secret de leur existence. Aussi prenez grand soin de ce livre. Ne le prêtez à personne.
À présent, laissez-moi vous conter une histoire au sujet de ces êtres. Un témoignage authentique, extrait d’un parchemin acquis pour un prix exorbitant… »

Merci infiniment à Anthelme Hauchecorne pour ce très bon moment de lecture !

Une pensée sur “Le Sidh, Tome 1 : Ames de Verre de Anthelme HAUCHECORNE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

b1d0069193f89af0fa9ac5e9b21400e4&&&&&&&&&&&&&&&&&