Even dead things feel your love de Mathieu GUIBE

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Even dead things feel your love
de Mathieu GUIBE
Chat Noir,
2013, p. 268

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Even dead things feel your love

Mathieu Guibé, né à Poissy (78), est un jeune docteur en éthologie. Enfant nourri aux contes de fées, il s’évade du monde rigoureux des blouses blanches pour proposer des escapades dans des univers issus de son imagination. Dans son premier roman, un récit sombre et intense intitulé Atalan, chroniques d’un ange déchu (2008), il réinvente la guerre séculaire entre anges et démons. Il s’est depuis essayé à la scénarisation de manga, notamment pour Pity, conte moderne parlant d’un adolescent qui peut prédire les tragédies à venir mais dont la faculté devient bientôt malédiction lorsque ses proches le rejettent. Il a plus récemment publié le recueil de nouvelles Germ-in-es[SENS]ce. Toujours teintées d’une légère fantaisie parfois subtile, ces six histoires, dont l’une récompensée par le prix Odette Massfelder en 2008, ont pour thème commun la quête de soi.

Germinessensce
Quintessence hiémale

Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel.
L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.

Mathieu Guibé a déjà su me convaincre grâce à ses nouvelles (dans les recueils Germinessensce et Quintessence hiémale), j’étais donc très curieuse de le découvrir avec un texte plus long. L’exercice est différent, allait-il me convaincre à nouveau ? Quand j’ai vu la magnifique couverture (signée Alexandra V. Bach), le titre et le pitch, il n’y avait plus à réfléchir, c’était une évidence : il me fallait ce roman ! Sitôt arrivé dans ma boîte aux lettres, sitôt lu (c’est assez rare pour être signalé)…
Alors, alors, alors ? Verdict ? Un « mot » : waouh ! Je sortais de deux lectures assez peu enthousiasmantes, celle-ci a été intense en émotions et belle, tout simplement.

Sous forme de journal intime, Mathieu Guibé nous livre les pensées et sentiments (parce que oui, malgré la certitude du héros, les vampires semblent doués d’émotions) de Lord Josiah Scarcewillow que l’on découvre en Angleterre, au début de la seconde moitié du XIXe siècle. L’enfant de la nuit a fui Londres et ses dangers pour se réfugier dans l’ancien domaine familial. Quelques heures à peine après son arrivée, alors qu’il explore les terres qui sont siennes, il tombe sur une scène étrange : des chasseurs veulent mettre à mort un renard qu’une jeune femme tente de protéger, tant bien que mal. Cette rencontre scellera son destin.
C’est le début d’une relation compliquée entre le vampire et Abigale, la jeune humaine. On pourrait croire que l’auteur va nous conter les balbutiements de leur histoire et mènera ensuite le lecteur sur le chemin d’une belle et grande romance où l’humaine suppliera son vampire de boy-friend de la transformer en créature de la nuit et où celui-ci lui répondra « Non Chérie, pas avant le mariage ! »… ah non désolée, c’est une autre histoire… Alors certes, Mathieu Guibé nous offre une très belle histoire d’amour (à mon goût) mais pas que et surtout, il passe par des chemins que je ne soupçonnais pas. A vrai dire, je m’attendais quasiment à ce que la première partie du texte… soit la seule et unique. Alors lorsqu’un évènement tragique clôt cette première centaine de pages et ouvre d’autres perspectives… oh oh… quelle agréable surprise !
Les trois parties suivantes voient notre héros passer de l’espoir acharné à la déchéance complète à plusieurs reprises, au fil des décennies. Londres change, Lord Scarcewillow multiplie les expériences, s’accroche à ses souvenirs puis au contraire, tente de tout oublier mais finalement… les sentiments, les émotions, l’Amour demeurent. Un vampire est-il vraiment capable de ressentir un amour profond pour un autre être vivant ? Even dead things feel your love apporte, à ce sujet, une vision particulièrement intense et belle.

J’ai ressenti une vraie esthétique romantique à la lecture de ce roman. La mélancolie du héros torturé et solitaire, à la fois reconstruit et détruit par son amour et qui expose ses sentiments, sa souffrance, sa quête de réponses à la face du monde (aux lecteurs quoi). L’Amour et la Mort sont intimement liés, ah ces chers Eros et Thanatos, un thème qui ne faiblit pas…
Bref, une atmosphère et des messages qui me parlent particulièrement, une sorte de mélange entre un Dracula de Bram Stoker et Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Cependant, je peux comprendre qu’ils ne touchent et n’intéressent pas tous les lecteurs. Malgré tout, Even dead things feel your love pourrait peut-être être une bonne façon de se lancer…

Josiah est le personnage principal de cette histoire et quasiment unique narrateur (quelques chapitres, en fin de partie, offrent la parole à d’autres protagonistes, plus secondaires). Il est assez peu entouré – normal, c’est un vampire solitaire – mais l’est « bien ». On peut citer trois personnages gravitant autour de lui et ayant un véritable impact sur sa non-vie. Abigale, évidemment, la jeune humaine qui déclenche toute l’histoire et qui est intimement liée à notre héros quoi qu’il arrive ; Rudolf, le domestique immortel du Lord et qui, en plus de s’occuper du domaine fait office de père de substitution ; et enfin Burrough, le grand « méchant » de l’histoire, celui qui fait tout capoter.
Si Abigale ne me marquera pas outre mesure, je trouve le personnage bien croqué et bien à sa place. Je n’en attendais ni plus ni moins de sa part. Burrough m’a semblé un peu trop absent pendant un long moment, je me demandais où il était passé et à quoi son introduction dans l’histoire avait bien pu servir s’il n’était pas davantage utilisé… mais finalement, j’ai été convaincue par ses dernières apparitions. Le domestique silencieux mais bien présent est sans doute le personnage secondaire que j’ai préféré. Discret mais important, il apporte une deuxième relation d’importance dans la vie du héros (relation qui m’a beaucoup touchée), une deuxième preuve que les vampires peuvent éprouver des sentiments.

J’ai beaucoup aimé la plume de Mathieu Guibé. J’avais déjà apprécié son style dans ses recueils de nouvelles mais j’ai pu profiter de celui-ci un peu plus longtemps cette fois. Quand on a un vampire pour héros et narrateur principal, pas toujours facile de s’en sortir sans tomber dans le pur gore ou le mélodrame un peu niais. L’auteur a trouvé un juste milieu, passant de scènes détaillées peu ragoutantes à des passages plus poétiques sans jamais aller dans les extrêmes.
Le point de vue interne est d’ailleurs particulièrement bien employé, très immersif et permet aux lecteurs de s’attacher à Lord Scarcewillow et de s’émouvoir de son aventure. J’ai donc pris énormément de plaisir (même si plaisir n’est peut-être pas le meilleur terme au vu du destin du héros) à suivre ce personnage, vampire féroce n’hésitant pas à tuer violemment et qui se révèle pourtant si humain dès sa rencontre avec la jeune Abigale… Bref, c’est dosé, très fin, joliment recherché… un bonheur à parcourir !

Je ne peux que vous encourager à découvrir cette petite pépite qui m’a apporté de belles émotions. Cet antihéros qui s’interroge sur sa capacité à ressentir… m’a justement fait ressentir beaucoup de choses. A travers son introspection proche de celles des romantiques mélancoliques, j’ai vécu une grande histoire. Je salue le style tout en finesse de Mathieu Guibé, conteur de talent à mon humble avis. Vous pouvez vous fier à l’illustration de couverture, le fond est aussi beau que le livre en tant qu’objet !

 

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  • 26 mai 2013 à 14 h 26 min
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    Je viens de terminer cette lecture et même si je suis moins enthousiaste que toi, j’ai passé un très bon moment de lecture.
    Points positifs : le style d’écriture est agréable et la structure du livre est vraiment bien (courts chapitres, la division en trois parties est une bonne idée), les personnages sont assez intéressants.
    Néanmoins, je reproche à l’auteur quelques incohérences dans la première partie (dans les années 1850). J’ai trouvé certains dialogues et comportements inadéquate au XIXème siècle. De plus, comme tu le précises, j’ai trouvé Abigail assez effacée, ce n’est pas un personnage particulièrement attachant et malheureusement, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre son amour viscéral pour l’enfant de la nuit. Il tue trois hommes de façon particulièrement barbare dans une ruelle et cela ne la dérange pas outre-mesure, elle est prête à se transformer en vampire. Bref, j’ai un peu regretté cette escalade trop rapide à mon goût.
    Heureusement, toute la deuxième centrée sur l’aspect fantomatique de la jeune femme a rattrapé le tout, c’était particulièrement intéressant de lire leurs états d’âmes concernant la barrière physique etc.

    Bref, j’ai relevé plusieurs petits défauts ou incohérences mais j’ai apprécié ma lecture et je suis enthousiaste à l’idée de découvrir d’autres ouvrages de cette maison d’édition ! Je pense commander très prochainement  » Amulettes  » !

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    • 29 mai 2013 à 19 h 51 min
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      Tu n’es pas la première à souligner l’escalade trop rapide. Il me semble l’avoir vu dans une chronique il y a quelques semaines.
      Je comprends tous les points que tu soulèves mais je suis rassurée de voir que tu ressors avec un avis positif. 🙂

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  • 29 mars 2013 à 17 h 32 min
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    J’hésitais à l’acheter ce weekend à Trolls et légendes, je n’hésite plus maintenant merci!

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  • 21 mars 2013 à 0 h 12 min
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    Bon c’est bon tu me tentes, je le note u_u »

    Sinon c’est quoi ce logo de Lecture équitable ? Je suis intriguée.

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  • 19 mars 2013 à 11 h 42 min
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    Rien que quand tu en as parlé dans ta vidéo du « C’est Mercredi que lisez-vous », tu m’avais donné envie de le lire, après avoir lu ton avis maintenant, tu me donnes encore plus envie ^^

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  • 18 mars 2013 à 18 h 19 min
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    Il me tente déjà beaucoup celui-là et ta chronique me fait craquer ! (^-^) je l’ajoute à ma wishlist, c’est un bon début 😉

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  • 18 mars 2013 à 11 h 02 min
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    Je suis quasi-certaine de craquer 😉
    Devant une telle critique, ça ne peut que m’encourager.
    Ce sera enfin l’occasion de découvrir les éditions du chat noir !



    Et puis zut je le commande dès maintenant !

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  • 18 mars 2013 à 8 h 31 min
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    Je me disais déjà que je l’achèterai à l’occasion (quand j’aurai des sous disponibles et qu’il sera sous mon nez…), tu m’as convaincue ! J’avais adoré Quintessence hiémale, donc j’ai hâte ^^

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  • 17 mars 2013 à 22 h 04 min
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    J’hésitais à me le prendre, mais je crois que ça y est, c’est dédicé, je me l’achète ^^
    Je le mets sur la liste d’achats du mois prochain, hop pof. Merci Méli ^^

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  • 17 mars 2013 à 21 h 27 min
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    J’avais déjà prévu de l’acheter, ton avis (que je n’ai lu qu’en diagonal sur le fond pour ne pas en savoir trop de l’intrigue) me convainc encore plus !

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