La Ferme des animaux de George ORWELL

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La Ferme des animaux

de George ORWELL
(ABC Imaginaire – 9/26,
Baby SF – 9/20)

Folio,
2007, p. 151

Première Publication : 1945

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George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, est un écrivain anglais né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde britannique, aujourd’hui en Inde) et mort le 21 janvier 1950 à Londres. Son œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large part leur source dans l’expérience personnelle de l’auteur : contre l’impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant des forces de l’ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d’existence des classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d’Espagne.

1984

Un beau jour, dans une ferme anglaise, les animaux décide de prendre le contrôle et chassent leur propriétaire. Les cochons dirigent la ferme comme une mini société et bientôt des lois sont établies proscrivant de près ou de loin tout ce qui pourrait ressembler ou faire agir les animaux comme des humains. De fil en aiguille, ce microcosme évolue jusqu’à ce qu’on puisse lire parmi les commandements : « Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres.« 

Publié pour la première fois en 1945, La Ferme des animaux est devenu depuis, un classique. Avant son autre grand titre – 1984 – édité en 1948, George Orwell s’attarde sur les dérives des gouvernements. Ici, point d’Hommes à la tête mais des animaux. Une façon légèrement détournée, à la manière d’une fable de La Fontaine, de faire passer quelques messages… finalement assez clairs !

Les animaux de la Ferme du Manoir ont pris leur décision : il est temps de chasser les propriétaires humains des lieux et de prendre la tête de cette ferme afin de vivre des jours meilleurs. La volonté majoritaire semble claire mais bien vite, les discussions se font plus vives et les désaccords apparaissent. Des animaux en particulier sortent du lot : les cochons. Et deux d’entre eux, Boule de Neige et Napoléon prennent la tête de la ferme. Si l’un avance une idée, l’autre a forcément l’avis contraire. Les autres bêtes, moins versées dans l’art de l’argumentation et de la réflexion, s’accordent avec le dernier intervenant mais Napoléon, grâce à la ruse, parvient à évincer son rival de la ferme et à en faire l’ennemi numéro un, faisant entrer dans les esprits embrumés et peu réactifs de la majorité, que Boule de Neige a toujours été un traître. Certains animaux hésitent, semblant se rappeler que… mais non, si Napoléon le dit, c’est forcément vrai.

J’imagine que vous vous doutez sans mal de la suite des évènements et du dénouement de l’histoire. Je vous en parle puisque, à mon sens, ce n’est pas tellement la fin, le résultat qui compte, mais le déroulement, la façon d’en arriver là. Les animaux qui voulaient donc, en chassant les humains, obtenir une vie meilleure, se voient petit à petit ramener à une condition pire que la précédente. Napoléon profite de leurs faiblesses pour les transformer en esclaves consentant et obéissant, absolument convaincus que leur chef détient la vérité absolue…
A mon sens, le point le plus intéressant de cette lecture réside dans le lavage de cerveau des animaux de la ferme par l’un de leur représentant. Napoléon, bien entouré et surtout secondé par Brille-Babil, un charismatique orateur, est l’exemple même du dirigeant qui, grâce à la ruse et à un culte de la personnalité, instaure un climat de terreur et parvient à régner sans que le « peuple » n’ose même penser à une rébellion. Malgré la brièveté du texte (150 pages), le lecteur perçoit parfaitement l’évolution de la situation des animaux et de la dictature du cochon.

georgeorwell-copie-1Tout le monde s’accorde à dire que La Ferme des animaux est une satire du gouvernement soviétique du début du XXe siècle (le Stalinisme, surtout). Je le crois sans mal et n’ajouterai donc rien à ce sujet, n’étant pas du tout calée sur le règne de Staline et ce qui en a découlé. Même si vous n’êtes pas féru d’histoire politique russe (ou en général), vous pouvez découvrir ce texte sans problème. Gardez en tête que Napoléon, cochon de son état, illustre parfaitement certains dirigeants de l’Histoire mondiale, malheureusement trop connus. C’est certes un récit de « fiction » où les animaux sont rois, mais un récit qui se base sur des faits réels et dans lequel vous n’aurez aucun mal à remplacer les cochons, vaches, chevaux et autres bêtes, par de banals êtres humains. Nous n’avons jamais été à l’abri d’un Napoléon au pouvoir et ne le sommes toujours pas aujourd’hui, malgré les presque 70 ans qui ont passé entre la publication de ce texte et aujourd’hui, 18 septembre 2012.

Je pense qu’il est bon de lire La Ferme des animaux au moins une fois dans sa vie. Peut-être pas au début de l’adolescence car je ne crois pas que des jeunes de cet âge aient toutes les clefs de lecture nécessaires à la compréhension ; mais au lycée, lorsque chacun commence à se créer des réflexions un peu plus poussées, pour approfondir un cours d’histoire ou tout simplement pour se questionner sur le sujet.

Je terminerai cet avis un peu décousu en précisant que, outre le fond, j’ai particulièrement apprécié la forme du récit. J’enchaîne les lectures « Young adult » ces derniers temps, et même si celles-ci ne sont pas « mal écrites », j’y trouve rarement de quoi ravir mon côté plus « littéraire ». La Ferme des animaux a, de ce fait, été une petite bouffée d’oxygène. George Orwell écrit bien, c’est un fait indéniable (bon, encore une fois, je me base sur la traduction, signée ici par Jean Quéval). Les phrases sont bien construites, les mots sont pesés et choisis avec soin. Le sujet est grave mais l’auteur inclut une grande part d’ironie. C’est à la fois léger (le traitement des animaux) et plein de profondeur. Bref, la forme est à la hauteur du fond… à lire absolument !

« Et c’est de la sorte que furent promulgués les Sept Commandements, en gros caractères blancs, sur le mur goudronné. On pouvait les lire à trente mètres de là. Voici leur énoncé :
1. Tout deuxpattes est un ennemi.
2. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami.
3. Nul animal ne portera de vêtements.
4. Nul animal ne dormira dans un lit.
5. Nul animal ne boira d’alcool.
6. Nul animal ne tuera un autre animal.
7. Tous les animaux sont égaux. »

« Vous n’allez tout de même pas croire, camarades, que nous, les cochons, agissons par égoïsme, que nous nous attribuons des privilèges. […] Nous sommes, nous autres, des travailleurs intellectuels. La direction et l’organisation de cette ferme reposent entièrement sur nous. de jour et de nuit nous veillons à votre bien. Et c’est pour votre bien que nous buvons ce lait et mangeons ces pommes. »

« Les animaux apprirent encore qu’à Boule de Neige – au rebours de ce que nombre d’entre eux avaient cru jusque là – n’avait jamais été conférée la distinction de Héros-Animal, Première Classe. C’était là pure légende propagée par Boule de Neige lui-même […]. Loin qu’il ait été décoré, il avait été blâmé pour sa couardise au combat. Cette nouvelle-là, comme d’autres avant elle, laissa les animaux abasourdis, mais bientôt, Brille-Babil sut les convaincre que leur mémoire leur faisait défaut. »

« A la vérité, Jones avec tout ce qu’il avait représenté ne leur rappelait plus grand-chose. Ils savaient bien la rudesse de leur vie à présent, et que souvent ils avaient faim et souvent froid, et qu’en dehors des heures de sommeil le plus souvent ils étaient à trimer. Mais sans doute ç’avait été pire dans les anciens temps, ils étaient contents de le croire. En outre, ils étaient esclaves alors, mais maintenant ils étaient libres, ce qui changeait tout, ainsi que Brille-Babil ne manquait jamais de le souligner. »

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