Le Livre des choses perdues de John CONNOLLY

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Le Livre des choses perdues

de John CONNOLLY
(Challenge YA/Jeunesse – 44/24)
L’Archipel,

2009, p. 349

Première Publication : 2006

Pour l’acheter : Le livre des choses perdues

John Connolly est un écrivain irlandais né à Dublin le 31 mai 1968. Avant de devenir un romancier à temps plein, John Connolly travaille comme journaliste, barman, fonctionnaire du gouvernement local, serveur et coursier au grand magasin Harrods à Londres. Il est surtout connu pour sa série de romans mettant en vedette le détective privé Charlie Parker.
Wikipédia.

David a 12 ans et plus de maman. Son père s’est remarié et il a maintenant un demi-frère. C’est pour oublier tout cela qu’il se réfugie dans la lecture.
Une nuit, David entend sa mère l’appeler et découvre un passage caché derrière les buissons, au fond du jardin. Il se retrouve alors propulsé dans un univers parallèle, un monde étrange peuplé de trolls, de Sires-Loups et de créatures effrayantes…
Grâce à l’aide du Garde Forestier et d’un chevalier, David, après bien des épreuves – énigmes à résoudre, pièges à déjouer, combats à livrer -, rencontrera un vieux roi qui conserve ses secrets dans un livre mystérieux, Le Livre des choses perdues, clé qui lui permettrait de regagner le monde réel.
Mais l’Homme Biscornu, être maléfique qui épie David depuis son arrivée, ne l’entend pas de cette oreille. Il a pour le jeune garçon bien d’autres projets…

J’avais beaucoup entendu parler de ce livre il y a plusieurs mois, je l’avais donc acheté d’occasion dès que je l’avais trouvé mais il somnolait dans ma PAL depuis. J’ai profité de mon voyage en Irlande pour le glisser dans ma valise. Pourquoi avoir choisi ce livre-là en particulier pour mon séjour ? Parce qu’il s’agit d’une histoire ayant trait aux contes et aux créatures féériques (et quand on pense au pays des Leprechauns, les mythes et légendes ne sont jamais loin !) et surtout parce que John Connolly est irlandais.
Il me semblait que tout était réuni pour que ma lecture se déroule dans les meilleures conditions mais malheureusement, n’ayant pas beaucoup le temps de bouquiner pendant mon séjour, j’ai fait traîner cette lecture pendant quinze jours et n’ai donc pas réussi à m’immerger complètement dans le monde offert par l’auteur. J’ai beaucoup apprécié mais je sais que j’aurai vraiment pu adorer si j’avais pu le lire d’une traite. J’envisage donc une relecture plus « concentrée » dès que j’en aurai l’occasion !

Le lecteur suit le jeune David qui n’a que douze ans à l’ouverture de ce roman. Les premiers chapitres passent rapidement sur les mois qui suivent la mort de sa mère et je pense qu’il avoisine les quatorze ans lorsqu’il pénètre dans le monde parallèle au fond du jardin. En colère et isolé, David ne supporte pas sa nouvelle situation familiale, ne trouve pas sa place auprès de sa belle-mère – Rose – et de son nouveau demi-frère – Georgie – et en veut énormément à son père pour ces changements. L’adolescent se raccroche aux souvenirs de sa défunte mère et c’est la voix de celle-ci qui l’attire au milieu de la nuit dans l’autre monde. Déboussolé et en pyjama, David doit trouver un moyen pour repasser dans la « vraie » vie avant que son père ne l’oublie complètement (sa plus grande angoisse). Mais, le Tricheur – un vieil homme rusé et étrange – l’empêche de trouver le chemin du retour. Perdu, David trouve aide et réconfort auprès du Garde forestier qui lui assure que le Roi du pays, grâce à son Livre des choses perdues, pourra l’aider à rentrer chez lui.
Sur le chemin qui mène au château, l’adolescent fait de nombreuses rencontres plus ou moins amicales et apprend beaucoup de celles-ci. Sa quête le mène sur la voie du monde des adultes, David évolue énormément au fil des pages. L’histoire de ce jeune garçon m’a beaucoup touchée (ça commence très fort, émotionnellement parlant, avec la disparition de sa mère) et j’ai pris énormément de plaisir à suivre son évolution. Du petit garçon colérique et capricieux, David devient un adolescent courageux, déterminé et prêt à reconnaître ses erreurs passées.
A travers la quête de son héros, John Connolly fait passer de nombreux messages à ses plus jeunes lecteurs : la maladie, la perte d’un être cher, le remariage, la guerre, la religion, l’amour des livres…

johnconnollyEn revanche, je suis surprise par le qualificatif « jeunesse » associé à ce titre. Certes, il s’agit d’un roman d’apprentissage ayant trait aux contes de fées ; mais ici, point de princesse en robe de mousseline rose, point de gentils écureuils parlants, point de vallées ensoleillées où il fait bon vivre ou de « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »… Non, non et non ! Chez John Connolly, le conte revêt ses couleurs les plus sombres : Blanche-Neige est une maitresse de maison obèse, colérique et acariâtre et une chasseresse s’adonne à des expériences chirurgicales sur les êtres vivants (humains et animaux) croisant son chemin… C’est sombre, parfois très glauque et presque effrayant. Je ne suis pas sûre que les plus jeunes lecteurs supportent certaines scènes. Même si je ne suis pas pour enfermer les jeunes dans une bulle de Bisounours, je ne suis tout de même pas certaine que celle lecture soit appropriée à tous. Je pense plutôt que quelques années de plus sont les bienvenues pour pouvoir apprécier les références et l’univers mis en place par Mister Connolly.
L’auteur a en effet pioché dans les contes mais aussi dans les légendes et mythologies anciennes et sa réécriture de certains textes est particulièrement intelligente. Je pense notamment à sa rencontre avec les sept nains, des travailleurs ici surnommés « Camarades », luttant contre les inégalités et l’oppression dues au capitalisme ! Ou encore les passages réécrivant les histoires de la Belle et la Bête, du Petit Chaperon rouge ou de la Belle au bois dormant… C’est parfois drôle, souvent mélancolique mais toujours très bien amené !

Côté rythme : je n’ai jamais ressenti de temps morts. Le lecteur suit David sur le chemin du château du Roi. Les rencontres sont assez nombreuses et diversifiées pour qu’on ne se lasse pas et le fil rouge tenu par le personnage du Tricheur nous questionne jusqu’au bout. La découverte de l’identité du Roi et de son Livre des choses perdues, n’a pas été une grosse grosse surprise mais elle s’inscrit dans la suite logique des choses.
En revanche, la fin m’a un peu déstabilisée et j’aurais aimé avoir l’avis de ceux qui ont déjà lu ce livre. ATTENTION SPOILER ! On découvre que David sort d’un coma de quelques jours. Vous pensez que toutes les aventures vécues appartiennent à son subconscient et sont de l’ordre de la métaphore (son retour au « pays », à la toute toute fin, pourrait être interprétée comme une entrée au « paradis » après sa mort) ou vous préférez rejeter cette théorie terre-à-terre pour choisir celle du véritable monde parallèle ? L’une ou l’autre des hypothèses me semblent plausibles même si mon âme d’enfant préfère quand même la magie de la seconde… qu’en pensez-vous ? FIN DU SPOILER !

John Connolly adopte un point de vue externe centré sur le personnage de David. Nous ne sommes donc pas tout à fait dans sa tête mais l’on vit tout de même très bien ses questionnements, doutes et émotions.
Je n’ai eu aucun mal à m’imaginer les différentes rencontres étranges faites par je jeune garçon et même si je n’ai pas été totalement plongée dans l’ambiance très sombre et fantastique de cet univers parallèle (à cause de la lenteur de ma lecture), je l’ai touché du bout du doigt et j’ai très grandement apprécié les descriptions offertes par l’auteur. De manière générale, j’ai trouvé ce texte particulièrement beau, bien écrit et émouvant ; un régal !

 

Je regrette de ne pas avoir découvert Le Livre des choses perdues dans les meilleures conditions car je sais que si j’avais eu du temps devant moi, je l’aurais dévoré et aurais pu m’immerger complètement dans cet univers sombre créé par John Connolly. La quête initiatique de David nous mène à la rencontre de personnages extraordinaires et de situations émouvantes. Une belle histoire particulièrement bien écrite !

 

« – Tu verras, dit le Camarade n°1. Quoi qu’il en soit, nous lui avons donné une pomme, « crounch-crounch, zzzz-zzzz, snif-snif, pauvre Blanche-Neige, elle-nous-manquera-tant-mais-que-voulez-vous-la-vie-continue ». Nous l’avons étendue sur une dalle, entourée de fleurs et de petits lapins blancs en larmes, les flonflons habituels, quoi. Tout à coup, voilà qu’arrive ce satané prince qui se met à l’embrasser. Un prince ! On n’en a jamais vu par ici ! Il a surgi de nulle part, à califourchon sur ce crétin de cheval blanc. On n’a pas eu le temps de dire ouf que, déjà, il sautait de selle et se ruait sur Blanche-Neige comme un whippet sur un lièvre. Je me demande à quoi il jouait, à vadrouiller dans la forêt et à embrasser au hasard des femmes endormies…
– Un pervers, oui, éructa le Camarade n°3. Du gibier de potence !
– Bref, il débarque sur son canasson blanc comme un gros couvre-théière parfumé, va se mêler d’affaires qui ne le regardent pas et, une fraction de seconde plus tard, Blanche-Neige se réveille. Et alors là… ooouh, elle était de sale humeur ! Le prince, elle lui passe un de ces savons ! Juste avant, elle lui balance un coup de poing pour avoir osé « prendre des libertés » avec elle. Le prince l’écoute pendant cinq bonnes minutes et, au lieu de lui proposer le mariage, il saute sur son cheval et repart sans demander son reste vers le soleil couchant. On ne l’a jamais revu. »

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