Cabaret, Tome 1 : Ingénue de Jillian LARKIN

cabaretCabaret, Tome 1 :
Ingénue
de Jillian LARKIN

(Challenge YA/Jeunesse – 42/24,
Chroniqué pour Forbidden Book)

Bayard Jeunesse,
2012, p. 444

Première Publication : 2010

Pour l’acheter : Cabaret, Tome 1

 

Jillian Larkin vit actuellement à New-York, elle est l’auteur de la saga Cabaret dans laquelle l’intrigue se déroule aux États-Unis dans les années 1920. La trilogie comporte les titres suivants :
Vixen, traduit en français sous le titre d’Ingénue.
Ingenue, traduit en français sous le titre de Vengeance.
Diva, pas encore traduit.

Tome 2 : Vengeance

Elles sont jeunes, elles sont riches, elles sont belles. Nous sommes en 1923 et tout peut arriver ! Trois jeunes filles issues de la haute société américaine rêvent de vivre avec leur époque et de s’opposer aux codes de bonne conduite dictés par leur milieu.
Gloria, dix-sept ans, rêve de vivre la nuit, de danser, de faire la fête. Un soir, elle sort en cachette en compagnie de son ami Marcus, et se rend dans un bar clandestin, tenu par le bras droit d’Al Capone. Elle y rencontre Jérôme, le pianiste de l’orchestre et en tombe amoureuse. Mais leur histoire st impossible : Gloria est blanche, Jérôme est noir et, dans cette Amérique des années 20, les relations mixtes sont interdites…
De plus, Gloria est fiancée et va bientôt épouser le fils d’une puissante famille de Chicago. Sa cousine Clara arrive de New York pour aider aux préparatifs du mariage. Et Marcus tombe sous son charme. Mais Lorraine, la meilleure amie de Gloria, ne le supporte pas, et semble prête à tout pour conduire Clara à sa perte.

 

Un collier de perles sur la couverture et la promesse d’une histoire placée dans le Chicago des années 20… Il n’en fallait pas beaucoup plus pour me tenter ! Je me méfiais un peu de l’aspect jeunesse de ce titre mais les romans historiques sont choses si rares du côté de la Young Adult (comparé à l’imaginaire), qu’il mérite d’être noté !
Je ne sais pas si cette lecture me marquera longtemps – il faut avouer que l’ensemble reste un peu superficiel – mais j’ai passé un assez bon moment et envisage même de lire la suite – qui s’annonce un peu plus épineuse – à sa sortie.

Si je retiens une chose de Cabaret, c’est bien l’univers et le décor dans lesquels cette histoire prend place. Bars clandestins, maisons bourgeoises, quartiers noirs défavorisés où évoluent les gangsters (dont un certain Carlito Macharelli), les jeunes filles blanches riches, les musiciens noirs et les garçonnes aux cheveux courts. La Prohibition est d’actualité mais hommes et femmes savent se débrouiller pour trouver et consommer de l’alcool, clandestinement. Les jeunes filles veulent se libérer du carcan des hommes et s’émanciper ; elles sont de plus en plus nombreuses à suivre l’exemple des garçonnes libres et aventurières. Les robes et jupes suivent les coupes de cheveux en se raccourcissant, les décolletés sont plus profonds, les maquillages plus appuyés et les longues mains sont souvent occupées avec un verre de martini et un porte-cigarettes. Le charleston fait son apparition et les danses sont de plus en plus endiablées…
Je pense que vous avez assez d’éléments pour vous imaginer dans quel décor les trois héroïnes de Cabaret vivent leurs aventures. Jillian Larkin se débrouille bien lorsqu’il s’agit de mettre en place les différents tableaux de son histoire, notamment les descriptions du Green Mill, le célèbre bar clandestin de Chicago, appelé ainsi en référence au Moulin Rouge (« Red Mill »). Les nombreuses tenues (surtout féminines) sont également généreusement traitées et bien mises en avant. Je n’ai donc pas eu beaucoup de mal à m’immerger dans cette histoire, ce qui a rendu ma lecture agréable et dépaysante.

jillianlarkinEn revanche, les autres aspects de ce roman souffrent un peu du public visé : les adolescents et jeunes adultes. De ce fait, l’intrigue reste assez simpliste et convenue et les personnages trop peu développés, trop en surface. Et c’est dommage car il y a du potentiel.
Jillian Larkin offre trois (voire quatre, si l’on compte le dernier chapitre) points de vue externes différents puisqu’elle propose alternativement (selon les chapitres) les aventures des trois héroïnes : Gloria, Clara et Lorraine. La première, jeune fille riche de 17 ans, doit bientôt se marier avec un grand nom de la société de Chicago mais, rebelle, elle se rend compte que cette vie n’est pas celle qu’elle attend et évidemment, elle tombe amoureuse d’un talentueux pianiste noir. La rébellion et la romance sont assez clichées et pas très surprenantes mais on s’attache tout de même à cette jeune Gloria – qui rêve de devenir chanteuse – et à son Jérôme. Lorraine est présentée comme la meilleure amie de la précédente mais on comprend bien vite que cette jeune fille égoïste, capricieuse et égocentrique jouera plutôt le rôle d’ennemie. Si le but de Jillian Larkin était d’en faire un personnage détestable, il n’y a pas de problème, c’est réussi. Je déplore tout de même un petit manque de nuances pour cette figure, même si les dernières pages laissent présager une suite plus intéressante la concernant. La troisième héroïne, Clara, débarque de New York après une année de débauche dans la peau d’une garçonne. Ses parents l’envoient à Chicago pour aider au mariage de sa cousine. Ici, personne n’étant au courant de ses déboires (sauf sa tante), elle décide de jouer le rôle de la gentille paysanne fraichement débarquée de Pennsylvanie. Même si là encore, on peut déplorer un manque de surprises et un certain manichéisme, Clara se révèle tout de même être la plus intéressante des trois, à mon goût.
Quant aux personnages masculins… et bien, ils sont très secondaires et sont encore plus manichéens que les demoiselles : le futur mari déplaisant, l’amant parfait mais intouchable, le meilleur ami dévoué et même le gangster mystérieux, dangereux et presque séduisant. Jillian Larkin a mis les femmes en avant dans ce premier tome, c’est évident. Sans doute pour appuyer son propos sur l’émancipation et coller à la mode des garçonnes. Mais je pense que les hommes sauront sortir leur épingle du jeu dans le tome suivant et j’espère que l’auteure nous réserve quelques surprises de ce côté-là…

Une remarque m’est venue en tête pendant et surtout après ma lecture… les héroïnes me paraissent bien jeunes pour les aventures qu’elles vivent et leurs actions. Clara notamment. Lorsqu’on découvre son passé et tout ce qu’elle a vécu, on est surpris d’apprendre qu’elle a seulement 18 ans. Je sais que les jeunes filles de 17/18 ans dans les années 20 n’avaient pas du tout la même maturité que les demoiselles du même âge, cent ans plus tard, mais ça me parait tout de même assez invraisemblable et exagéré. Je ne connais pas la vérité historique mais j’ai été un peu gênée par cette jeunesse ambiante (même les gangsters semblent tout juste sortis de l’adolescence). Cinq ans de plus pour tous les personnages rencontrés, n’auraient pas été superflus, à mon goût.
Encore une fois, je crois que ce choix a été dicté par le public visé ; les adolescents et jeunes adultes se reconnaissent davantage dans des héros de leur âge. A mon sens, l’intrigue, les personnages… bref, l’ensemble du texte, aurait gagné en profondeur et en intérêt si les personnages et lecteurs visés avaient pris quelques rides !

Cependant, Cabaret est une bonne approche, une approche en douceur, de ce qu’étaient les années folles aux Etats-Unis. Une bonne façon pour les plus jeunes (notamment les jeunes filles) de découvrir une mode, un univers, une ambiance, qu’ils ne soupçonnent sans doute même pas (la place de la femme et des musiciens noirs dans la société par exemple). Le livre en tant qu’objet est, qui plus est, particulièrement joli et soigné. C’est un détail futile, je sais, mais quand même !

Je peux paraître un peu sèche dans cette chronique, mais j’ai apprécié ma lecture. Les décors sont fidèlement décrits, l’atmosphère propre aux années 20 est là et, malgré le caractère un peu superficiel des personnages, on prend plaisir à suivre leurs aventures – certes attendues, mais tout de même divertissantes.

« Et parmi eux, étincelantes elles aussi, les garçonnes allaient et venaient avec indolence. Les garçonnes : c’était le nom que se donnaient les femmes modernes, indépendantes. Insouciantes et glamour, elles semblaient tout droit sorties d’une double page de Vogue, ou d’un film hollywoodien. Elles tenaient de longues cigarettes entre leurs doigts couverts de bagues, s’exhibaient sur la piste de danse au son du charleston, ou flirtaient sans vergogne, cocktail en main et sourire mutin aux lèvres. Avec leurs flamboyants boas, les plumes de paon qui ornaient leurs serre-tête argentés, leurs lèvres vermillon et leurs parures de perles, paillettes et strass, on aurait dit des oiseaux exotiques. Et tous ces dos et ces bras nus ! Même à la plage, Gloria n’en avait jamais vu autant. »

« Elle venait d’ingurgiter son premier verre, et elle avait l’impression d’avoir vidé le flacon de parfum de sa grand-mère. Franchement, c’était à se demander pourquoi les gens regrettaient que ce soit interdit…« 

Merci à Forbidden Book et Bayard Jeunesse pour la découverte…

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