Bordemarge de Emmanuelle NUNCQ

bordemarge
Bordemarge

de Emmanuelle NUNCQ
(Challenge YA/Jeunesse – 39/24)
Castelmore,

2012, p. 318

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Bordemarge

 

Emmanuelle Nuncq est née en l’an de grâce 1894 (échangez juste deux chiffres…) et depuis qu’elle sait tenir un livre, elle lit. Lorsqu’elle était enfant, ses amis étaient Jane Austen, Victor Hugo, Charles Baudelaire ou Théophile Gautier. Drôle de compagnie pour une petite fille ! En grandissant, elle a bien été obligée de se confronter à la réalité. Ces longues heures de lecture, allongée sur le lit, l’ont menée là où elle est : d’abord étudiante en lettres modernes et classiques, puis bibliothécaire pendant trois ans. Aujourd’hui, elle est devenue romancière, avec un texte qui fait honneur à la littérature qu’elle aime tant.

 

 

Un mousquetaire rebelle quitte le château de Bordemarge au galop. Après avoir fomenté un coup d’État, le duc Silas a lancé ses troupes de pirates sur les traces de Roxane, l’héritière légitime du trône, qui a réussi à s’enfuir. Violette, bibliothécaire déprimée, aurait adoré lire ce genre d aventures rocambolesques.
Aussi, le jour où, pour échapper à ses ennemis, Roxane traverse un tableau magique qui donne sur le monde réel et envoie Violette à sa place à Bordemarge, cet échange est l’occasion rêvée pour la bibliothécaire de troquer son quotidien contre des péripéties incroyables.
Saura-t-elle déjouer les plans de l’infâme Silas ? Une chose est sûre : à Bordemarge, tout est possible, il suffit de le vouloir !

 

Je suivais les aventures d’Emmanuelle Nuncq avant la sortie de son petit Bordemarge, notamment du côté de ses créations vestimentaires (si vous êtes fans des robes régence ou des tenues de pirates, c’est dans le Grenier de Mademoiselle Mars qu’il faut vous rendre). J’ai profité de mon passage aux Imaginales pour rencontrer l’auteure et acheter le premier titre français du catalogue de Castelmore et je n’ai pas mis longtemps pour m’y plonger.
En discutant, Emmanuelle me disait que certains lecteurs reprochaient le niveau de langage de quelques-uns de ses personnages. Je n’ai pas relevé de gêne de ce côté-là. D’ailleurs, pour être franche, je n’ai pas relevé de points négatifs précis, il m’a juste manqué un je-ne-sais-quoi pour que j’entre complètement dans l’histoire et apprécie ce titre à la folie.

Le point fort de Bordemarge se révèle aussi être son principal point faible : son aspect conte de fées / roman de capes et d’épées. Le monde est magique, proche du Pays Imaginaire de Peter Pan mais connaît aussi les travers du genre à savoir une intrigue sans réelle surprise (on se doute du dénouement et des rapprochements entre personnages) et un ensemble un peu manichéen (notamment dans le traitement des personnages).
Cependant, Emmanuelle Nuncq limite les choses en ajoutant quelques petits éléments « surprenants » comme la perte de quelques personnages (ou parties du corps humain), ce qui dramatise un peu l’ensemble. Malgré tout, Bordemarge reste idéal et particulièrement conseillé aux plus jeunes lecteurs ou à ceux qui ont gardé leur âme d’enfant et qui regardent toujours Peter Pan avec le même plaisir…

emmanuellenuncqComme je le disais juste au dessus, les personnages sont un peu manichéens, un peu caricaturaux mais la plupart vivent à Bordemarge, ils sont donc en accord avec leur nature. Ils tendent à évoluer au fil des pages mais restent tout de même assez prévisibles. C’est pourquoi on aime les suivre dans leurs aventures mais également pourquoi on ne s’attache pas forcément à eux (ce sont des personnages de contes qui essayent de devenir humains mais ils gardent malgré tout leur nature première).
Violette et Roxane se disputent la place d’héroïne, même si, à mon sens, la  première l’emporte de ce point de vue-là (et est celle qui subit l’évolution la plus intéressante par la même occasion). Elles mènent, chacune de leur côté, leur petite révolution avant d’être réunies et de se découvrir plus de points communs qu’il n’y paraissait au premier abord.
Je suis un peu déçue des personnages masculins, trop peu exploités, évoluant trop vite. Les vraies héroïnes sont Violette et Roxane, c’est un fait, mais je regrette que leurs compagnons d’arme aient si peu été développés. C’est sans doute de leur côté que se situent les éléments les moins surprenants, les convenus… et c’est bien dommage parce qu’un personnage comme le Capitaine Angus Khaltourine avait un sacré potentiel !

J’ai aimé le style de l’auteure et si je regrette un peu le manque de descriptions/informations générales sur le pays de Bordemarge, j’ai grandement apprécié les différentes scènes et n’ai eu aucun mal à m’imaginer les actions et dialogues (qui sont en accord avec la personnalité de ceux qui les déclament) des personnages. L’ensemble est très visuel, très théâtral et spectaculaire et colle bien avec le but d’Emmanuelle Nuncq : offrir une sorte de scénario de film.
Vous trouverez même en annexe, à la fin de l’ouvrage, le générique de fin (avec les crédits), des bonus et le célèbre bêtisier (qui m’a fait largement sourire !).
Je n’oublie pas les nombreuses références aux œuvre classiques (Gautier, Tolstoï, Proust,
Dumas…) que l’auteure glisse ça et là, clins d’œil agréable (et qui donneront peut-être envie aux plus jeunes lecteurs d’y jeter un œil !).

J’ai apprécié évoluer entre costumes de mousquetaires, combats de pirates et inventions à la limite du steampunk et n’ai pas été étonnée de retrouver les morceaux de Cyrano de Bergerac (Jean-Claude Petit), Pirates des Caraïbes (Klaus Badelt), L’Homme au masque de fer (Nick Glennie-Smith), Doctor Who (Murray Gold) ou encore Hook (John Williams) dans les bandes originales du générique de fin.

Bordemarge c’est ça : la réunion fantaisiste de romans de capes et d’épées, de films d’aventures et de contes de notre enfance. C’est bon pour l’imagination et la détente mais possède les travers des œuvres du genre, à savoir un côté un peu superficiel, un petit manque de surprises et le choix, régulier, de la facilité…
J’ai donc apprécié mais il m’a tout de même manqué une ou deux petites choses.

 

« L’écran de son ordinateur était devenu noir, et il n’y avait toujours aucun usager. Elle s’étira et fit craquer son dos et ses doigts. Le bruit résonna étrangement fort entre les murs. Elle n’eut pas le temps de s’interroger qu’un corps chuta sur elle et envoya sa figure s’écraser contre les touches de son clavier. Sonnée, la main sur son nez en sang, elle se redressa, des étoiles plein les yeux, pour se retrouver en face d’une ado à l’air revêche, toute couverte de poussière bleue, habillée comme un mousquetaire d’Alexandre Dumas, fourreau au côté, épée à la main et feutre empanaché sur la tête. »

 

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