La Peau de César de René BARJAVEL

lapeaudecesarbarjavelLa Peau de César
de René BARJAVEL

Folio,
1995, p. 243

Première Publication : 1985

Pour l’acheter : La Peau de César

 

René Barjavel, né le 24 janvier 1911 à Nyons (Drôme) et mort le 24 novembre 1985 à Paris, est un écrivain et journaliste français principalement connu pour ses romans d’anticipation où science-fiction et fantastique expriment l’angoisse ressentie devant une technologie que l’homme ne maîtrise plus. Certains thèmes y reviennent fréquemment : chute de la civilisation causée par les excès de la science et la folie de la guerre, caractère éternel et indestructible de l’amour (Ravage, Le Grand Secret, La Nuit des temps, Une rose au paradis). Son écriture se veut poétique, onirique et, parfois, philosophique. Il a aussi abordé dans de remarquables essais l’interrogation empirique et poétique sur l’existence de Dieu (notamment, La Faim du tigre), et le sens de l’action de l’homme sur la Nature. Il fut aussi scénariste/dialoguiste de films. On lui doit en particulier les dialogues du Petit Monde de Don Camillo.
Wikipedia.

Les Chemins de Katmandou Colette à la recherche de l’Amour Les Dames à la licorne Le Diable l’emporte L’Enchanteur La Nuit des Temps Ravage Une Rose au paradis Tarendol La Tempête

 

 

On doit jouer Jules César dans les arènes de Nîmes. Le commissaire Mary reçoit une lettre CE SOIR LES CONJURES TUERONT VRAIMENT CESAR. Un assassin, dans l’ombre, monologue. L’acteur Faucon s’écroule, à la fin de la représentation, devant vingt mille personnes, sous les applaudissements – un merveilleux moment de théâtre. A ceci près qu’il a été réellement tué, dans la lueur des projecteurs. Mary enquête entre le réel et l’illusion, interroge les acteurs qui répondent à leur pseudonyme, à leur propre nom, à celui du personnage dont ils jouent le rôle. Et voilà que Brutus, à son tour, ne se relève pas pour saluer les spectateurs.

 

Comme beaucoup le savent, Monsieur Barjavel est mon auteur chouchou. Pour autant, je n’ai pas encore lu toute son œuvre ; non seulement car je ne possède pas tous ses livres mais en plus car je veux prendre mon temps et savourer chaque nouvelle découverte. Et puis, j’ai également peur, je l’avoue, de tomber sur un livre qui pourrait me décevoir et là, ce serait le drame, n’est-ce pas ?
C’est donc avec un mélange d’appréhension et d’excitation que j’ai ouvert La Peau de César, à l’occasion d’une lecture commune avec Lynnae (oui, nous sommes toutes les deux en retard sur notre planning !).
Ce titre a une place assez particulière dans l’œuvre de Barjavel puisqu’il est non seulement le dernier titre publié de son vivant (en 1985, année de la mort de l’auteur) mais également son seul et unique roman policier. Et pour un premier essai, c’est franchement pas mal… c’est même vraiment bien mené ! Et on regrette que René Barjavel ait disparu avant d’avoir pu nous offrir un autre titre du genre…

Ce qui fait, à mon avis la force et l’originalité de La Peau de César c’est que le crime et l’enquête se déroulent au théâtre, lors de la représentation de Jules César – pièce de William Shakespeare – alors que 20 000 spectateurs sont installés dans les arènes de Nîmes… La fiction rejoint la réalité et les acteurs sont peut-être un peu trop imprégnés par leur rôle respectif ?
Serait-ce Jean Renaud – Brutus qui aurait poignardé Victor Faucon – César ? Les personnages fictifs prennent tellement le pas sur les acteurs qui les interprètent que, tout le long du texte, on les appelle principalement par leur rôle et on les connait ainsi… à part la victime – Faucon -, quasiment jamais surnommée César lorsqu’on parle d’elle.
Je ne connais pas assez bien la pièce originale de Shakespeare mais il me semble que Barjavel était plutôt calé sur le sujet et en ce qui concernait le dramaturge anglais (cf son livre La Tempête, également inspiré de Shakespeare) et a su l’utiliser avec brio, l’incorporer sans fausse note dans un nouveau genre, modernisant un peu l’ensemble.

L’autre élément intéressant de ce titre, également lié au monde du spectacle, c’est l’aspect « voyeurisme » mis en avant. Barjavel amène-là une réflexion intéressante, réflexion fréquente aujourd’hui (merci la téléréalité) mais qui ne devait pas être aussi répandue au 1985 : suite au meurtre de Faucon le premier soir, les spectateurs ne viennent plus aux représentations suivantes pour voir jouer la pièce de Shakespeare, mais dans l’espoir que l’assassin frappera à nouveau… ils seraient ainsi aux premières loges et pourraient dire un « j’y étais ! ». Les places se vendent comme des petits pains et le public s’entasse, s’entasse, s’entasse dans les arènes de Nîmes. L’idée n’est pas neuve puisque l’expression « panem et circenses » (« du pain et des jeux ») divertit le peuple depuis l’antiquité, mais j’ai aimé la mise en scène de Barjavel.

En ce qui concerne le déroulement de l’enquête et sa résolution, j’ai été agréablement surprise. La solution est simple mais encore fallait-il y penser… et j’aime me dire « ah mais oui, c’était évident ! ». Simple mais pas simpliste, c’est au contraire bien pensé et bien mené, juste ce qu’il faut pour garder le « suspense » jusqu’à la dernière partie ! En tout cas, je n’ai absolument rien vu venir (c‘est souvent le cas lorsque je lis un policier de toute façon)…

renebarjavel

Comme d’habitude avec René Barjavel, c’est très agréable à lire. Je n’arrive pas à décrire la plume de l’auteur. Certains la jugent simpliste et sans ambition, je la trouve juste, pertinente et percutante. Il y a un petit « je ne sais quoi » dans le style de Barjavel, un petit truc qui me parle et me plaît, quelque soit le genre du texte. En revanche, je comprends parfaitement que d’autres n’accrochent pas, c’est une affaire de sensibilité.

Le seul petit point négatif que je relève dans ma lecture est plus une déception personnelle qu’un aspect véritablement négatif. En effet, chez Barjavel, j’aime la sensualité, la poésie des sentiments (jamais niais), la force des relations (amoureuses notamment) mais là, point de romance. Alors oui, La Peau de César est un policier, ce n’est donc pas le sujet… mais quand même.
D’ailleurs, pour étendre un peu cette idée, Lynnae m’a soufflé qu’elle regrettait que les figures féminines soient si peu utilisées et mises en avant… et c’est vrai, je le déplore un peu également. Mais ce n’est qu’un détail qui n’enlève rien à l’intérêt du texte dans son ensemble !

Le premier et seul policier offert par René Barjavel et c’est bien dommage ! Sans être extraordinaire, l’enquête est très intéressante et si bien menée que, malgré sa simplicité, on arrive au bout et on est surpris par sa résolution !

« A quatre heures, les charmantes Nîmoises chargées de la vente des billets en avaient vendu deux mille de plus que les Arènes ne pouvaient contenir de spectateurs comprimés. Et tout autant de retardataires se trouvèrent sans billets quand elles fermèrent définitivement les guichets. Profitant du samedi, la clientèle habituelle des corridas était accourue de toute la région, partageant la conviction du Cissi : c’était pas fini ! ça allait saigner ce soir ! On était venu à la fête par famille entières. On avait apporté le casse-croûte. On s’installa pour pique-niquer sur la Place des Arènes et sur l’Esplanade, on alluma des feux pour faire griller les saucisses, on déboucha des litres de rouge, on commença à chanter.« 

9 pensées sur “La Peau de César de René BARJAVEL

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