Axiomatique de Greg EGAN

axiomatique greg egan
Axiomatique

de Greg EGAN
Le Livre de Poche,
2009, p. 507

Première Publication : 1995

Pour l’acheterAxiomatique

Gregory Mark Egan est un écrivain de science-fiction australien, né le 20 août 1961, spécialisé en hard science-fiction. Les œuvres d’Egan reposent presque toujours sur des connaissances en physique, en biologie et en informatique. Il s’inspire ainsi de théories scientifiques complexes, comme l’étalement quantique (Isolation), les machines autoréplicantes de Von Neumann (La Cité des permutants), la théorie de la grande unification (L’Énigme de l’univers) ou la théorie de l’évolution (Téranésie), dont il se sert à la fois comme base romanesque et comme trame de spéculations philosophiques.

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Est-il possible de reproduire dans la réalité des tableaux fantastiques célèbres en créant des chimères ? Une drogue permet-elle de rejoindre et de joindre tous les possibles ? Le temps qu’on lui reconstruise un corps, un homme peut-il confier au ventre de sa femme le soin d’accueillir son cerveau ?

J’ai assez peu d’expérience en SF mais depuis quelques mois, j’essaye de me pencher un peu plus sur ce genre qui me plaît de plus en plus. Lorsque j’ai découvert Axiomatique proposé en partenariat sur Livraddict, je n’étais pas tellement convaincue par le format « nouvelles », mais voyant qu’il restait des places, je me suis dit qu’après tout, c’était un bon moyen pour faire la connaissance d’un nouvel auteur et approfondir mes rares acquis dans le domaine.
Malgré un début très difficile pour moi, et une fin également en demi-teinte, je garde tout de même une bonne impression de cette lecture. Exigeante et difficile d’accès certes, mais amenant beaucoup de réflexions qui méritent d’être traitées. Je reste assez réticente au format « nouvelles » mais je dois avouer que cette forme est la plupart du temps idéale pour ce que nous offre Greg Egan. Je remercie donc Livraddict et Le Livre de Poche pour cette découverte que je n’aurais sans doute pas oser faire sans ce partenariat !

J’aurais aimé vous offrir une ligne ou deux de résumé pour chacune des 18 nouvelles de ce recueil, mais une semaine après ma lecture, j’avoue honteusement que j’en ai déjà oublié quelques-unes ; je suis donc incapable de le faire. Je préfère revenir sur certains thèmes en particulier, ceux qui me semblent les plus importants et qui m’ont le plus marquée.
Commençons par la notion de liberté qui revient assez souvent dans ces petites histoires. La plupart des personnages mis en scène sont contrôlés, manipulés par une instance qu’on imagine « supérieure » mais dont on ne sait finalement pas grand chose. Le héros de la deuxième nouvelle, « Lumière des évènements », est tenu d’écrire (ainsi que tous les gens qui l’entourent) son journal quotidien, y racontant sa journée. Cependant, le journal qu’il tient est le même que celui qu’il a lu dans sa jeunesse. Il sait donc tout ce qu’il va vivre à l’avance et tout ce qu’il écrira… sans jamais modifier un mot et donc le cours des choses… Dans « Orbites instables dans la sphère des illusion » (la dernière nouvelle), plusieurs personnes ne peuvent quitter la ville, persuadées de ne pas avoir encore trouvé la sortie, mais également persuadées que contrairement aux autres habitants, elles sont libres de le faire… jusqu’à ce qu’une voix se lève et leur ouvre les yeux : peut-être qu’ils sont « prisonniers » eux aussi… Dernier exemple de « manipulation gouvernementale » et non des moindres puisqu’elle a aussi lieu chez nous, en 2011 : les tests médicaux. Deux soeurs jumelles (dans « Soeurs de sang ») qui s’étaient promises de tout faire en même temps sont séparés par les aléas de la vie. Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, elles tombent malades simultanément et reçoivent un traitement test… mais l’un des deux est un placebo…
Le cerveau, son fonctionnement et son contrôle est aussi abordé plusieurs fois. La nouvelle qui donne son titre au recueil met en scène un homme qui ne parvient pas à oublier la femme qu’il aimait, tuée lors d’un braquage de banque. Incapable de se venger, il insère un « logiciel » dans son cerveau, logiciel qui le programme à penser que la vie ne vaut rien, que l’être humain n’est qu’un tas de viande… Dans « En apprenant à être moi », les Hommes possèdent un cristal dans le crâne qui apprend petit à petit à être eux, jusqu’au moment où il prend totalement la place du cerveau… Les gens sentent-ils quelque chose après avoir basculé, en ont-il conscience ?
Conscience, voilà un autre mot clef de ce recueil. Si quelqu’un s’amusait à reproduire votre femme dans les moindres détails : son physique, sa voix, ses expressions,… est-ce que cette reproduction plus vraie que nature aurait également les pensées, les sensations,… la conscience de votre femme ? Mériterait-elle alors d’être sauvée ? La conscience est également au centre de ma nouvelle préférée : « Le P’tit mignon ». Un homme en mal de paternité se crée l’enfant dont il rêve. Il nomme la petite « fille » Ange. Elle ressemble trait pour trait à un nourrisson et a les mêmes besoins… sauf qu’elle est programmée à s’éteindre à 4 ans. Ange qui était censée n’être qu’un « animal de compagnie » commence à parler et à se comporter comme un « vrai » bébé. Si elle ne développait pas toutes ces aptitudes « humaines », serait-ce moins difficile de la voir s’éteindre ? Comme pour le précédent recueil de nouvelle que j’ai lu – Contes de la Fée verte de Poppy Z. Brite – c’est l’histoire ayant trait à l’amour paternel qui m’a le plus séduite !
Et en parlant d’amour, celle mettant en scène une femme obligée de porter le cerveau de son mari dans son mari pendant deux ans pour le sauver, m’a également plu. Pendant ces deux années, elle subit l’épreuve, entre amour et répulsion et sa vision des choses se voit définitivement modifiée.
Dernière notion importante que je retiens : la morale avec notamment « La Morale et le virologue » dans laquelle Matthew Shawcross se croyant investi d’une mission divine, créé un virus visant à éliminer l’adultère et l’homosexualité… la planète est bientôt contaminée !

Vous l’aurez compris, les thèmes sont variés mais amènent à chaque fois quelques réflexions. Libre ainsi au lecteur de faire une lecture de surface ou d’approfondir un peu les choses de son côté s’il le souhaite.
« Le P’tit mignon » et « Sœurs de sang » restent mes nouvelles préférées mais je retiens également, dans une moindre mesure, « Le Coffre-fort » dont je ne vous ai pas encore parlé. Septième texte du recueil, on y découvre un homme qui se réveille chaque matin dans un nouveau corps et doit donc apprendre à connaître la vie de son hôte pour ne pas faire trop de bêtises les heures à venir… J’ai trouvé le ton un peu plus léger, presque « amusant » parfois, tout en gardant quand même une certaine « gravité »…
En revanche, « L’Assassin infini », « Le Point de vue du plafond » et « Vers les ténèbres » ne me laisseront pas un très bon souvenir ou pas de souvenir du tout ! Difficile d’accès ou moins intéressantes à mon goût, leur lecture a été ardue et pas forcément agréable, surtout pour la première !

En effet, cette première nouvelle du recueil, « L’Assassin infini » m’a fait peur. Peur dans le sens où je craignais que toutes les histoires suivantes soient du même acabit et me renvoient à ce côté de la SF qui me rebutait au départ : le côté très scientifique et compliqué.
Avouons-le, je n’ai absolument rien compris de cette nouvelle et suis incapable de vous la résumer. A la fin de celle-ci, je me suis dit que si Greg Egan ne nous offrait que des textes du genre, je n’allais jamais réussir à aller au bout… Heureusement, la deuxième nouvelle et les suivantes m’ont fait changer d’avis ! L’auteur nous apporte toujours des réflexions et des données plus ou moins compliquées mais c’est plus facile d’accès, à mon goût.
On semble être, la plupart du temps, dans un monde plus ou moins futuriste sans vraiment avoir de date précise. Je pense que l’ensemble se déroule dans un temps assez proche de notre XXIème siècle, ce qui rend les réflexions encore plus fortes. Le côté scientifique est certes présent, mais pas toujours aussi « poussé » que dans la première nouvelle et plus important, Greg Egan le lie avec ce qui fait de nous des êtres humains : la conscience, les émotions, l’Amour,…

Mises à part ces réflexions scientifiques poussées, assez naturelles dans un recueil de SF, le style de Greg Egan est abordable. La plupart du temps, il utilise un point de vue interne avec le « Je » pour accentuer le côté réflexion et pour que le lecteur puisse comprendre exactement ce qu’il en est dans la tête du « héros ». J’aime assez ce choix de point de vue qui accroche toujours plus le lecteur. Au niveau du format, les nouvelles excèdent rarement les 35/40 pages et si habituellement, cette brièveté peut me gêner, ici, ça n’a pas été le cas. Ni trop court, ni trop long pour développer correctement les réflexions de l’auteur, j’approuve.

En revanche, ce recueil s’adresse surtout aux habitués de la SF ou à ceux qui ont déjà un minimum de bases. Les réflexions ne sont pas très simples d’accès et j’ai parfois eu du mal à m’y retrouver. Je ne conseille donc pas cette lecture aux novices, en revanche pour les autres, lancez-vous mais ne vous arrêtez pas à la première nouvelle même si elle vous semble difficile, car les suivantes valent le coup !

 

2 pensées sur “Axiomatique de Greg EGAN

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