Ramsès au pays des points-virgules de Pierre THIRY

Ramses au pays des points virgules pierre thiry
Ramsès au pays des points-virgules
de Pierre THIRY
Books on Demand,
2009, p. 183

Première Publication : 2009

Pour l’acheter : Ramsès au pays des points-virgules

Pierre Thiry a été administrateur de théâtre, vendeur de disques, programmateur de concerts. Il aime flâner chez les bouquinistes, jouer du violoncelle, écrire le soir à la lueur d’une chandelle. Il se consacre à présent à l’écriture et à l’animation d’ateliers d’écriture, il est l’un des membres des Editions du Paquebot.

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Quelques jours avant Noël, Alice discute avec son oncle Sigismond : un bouquiniste érudit. Elle se moque de lui car il ne connait même pas J.-K. Rowling l’auteur d’Harry Potter. Elle évoque un roman qui aurait été écrit par un certain Jérôme Boisseau : « Ramsès au pays des points-virgules ». L’oncle Sigismond, n’en a jamais entendu parler. Osera-t-il avouer à sa nièce qu’il existe des écrivains dont il ignore tout ? Ce roman, ce romancier existent-ils ? Que raconte «Ramsès au pays des points-virgules» ? Qui en est le véritable auteur? Qui est le Ramsès dont il est ici question ? Les réponses à toutes ces interrogations seront elles dans ce livre ?
Ce volume s’adresse à tous les lecteurs de dix à cent-dix ans. On y arpentera les méandres mystérieux du château de Baskerville, on y croisera Charles Hockolmess, le chat noir qui cite sans cesse Jean de La Fontaine. On y découvrira que le lecteur autant que l’auteur ont chacun leur rôle à jouer dans la naissance d’un livre. C’est particulièrement le cas de ce livre où le lecteur est invité à mettre son grain de sel.

Monsieur Thiry m’a contactée il y a quelques semaines de cela, pour me proposer la lecture de son petit roman : Ramsès au pays des points-virgules. J’ai bien vite accepté, toujours curieuse de découvrir de nouveaux auteurs et très intriguée par ce titre pour le moins « étrange » ! Ramsès ? Mais qui est ce Ramsès ? Des points-virgules ? Un pays rempli de points-virgules ? Mais quelle histoire se cache derrière tout ça ?
Entrant dans la tranche d’âge indiquée (« Fiction pour tous les lecteurs de dix à cent-dix ans ») – ouf ! -, j’ai tourné la première page et me suis lancée, pressée, dans les aventures de l’oncle Sigismond…

Alice est une fillette vive, intelligente et surtout, particulièrement espiègle ! Alors qu’elle joue aux devinettes « livresques » (qui a écrit quoi ?) avec son oncle Sigismond et qu’elle sent la partie lui échapper, elle décide de se « venger » gentiment en lançant une petite colle à cet oncle qu’elle aime tant. Surement trop fier pour se laisser avoir par une petite fille, l’homme ne tarde pas à riposter ! Jérôme Boisseau ? Un illustre inconnu pour lui mais un auteur qu’Alice semble « connaître » ! Et bien, c’est ce qu’on va voir ! L’oncle Sigismond écrira un livre qu’il signera du nom de cet auteur mystérieux ! Dans son esprit, ça cogite dur et, bientôt naissent les aventures de Sissi et Ramsès en Angleterre, dans le château de Baskerville…
Sissi, Ramsès, Alice, Baskerville,… en voilà des noms qui sonnent et résonnent dans nos têtes ! Et si j’ajoute Walton Watson, Charles Hockolmess ou encore The Cat with boots, que me répondez-vous ? Pierre Thiry réunit là quelques-unes des figures les plus emblématiques de nos lectures et contes d’enfant, nées sous la plume de grands noms de la littérature. Réunir ces personnages forts, ayant déjà leurs propres histoires de leur côté, et les faire évoluer, ensemble, dans un nouveau décor ; en voilà une bonne idée ! On retrouve leurs caractéristiques principales, certaines sont détournées (j’ai été ravie d’apprendre que Charles Hockolmess avait le physique et la fourrure d’un chat !) ; l’ensemble est très riche.
Les références extérieures sont, en effet, très nombreuses et, utilisées intelligemment, elles servent un joli conte pour les enfants, de dix à cent-dix ans ! Parfois sans queue ni tête, l’enchainement des scènes – toujours imprévisibles – n’est pas sans rappeler le « schéma » d’un Alice au pays des merveilles. J’ai également songé à La Grammaire est une chanson douce, ne serait-ce qu’avec le titre, mais surtout lors de la rencontre avec les points-virgules : « Chez nous point de barrières ni coups de poing, mais une pensée qui coule de source ; point de dragons cruels, mais des moutons domestiques et débonnaires ; point d’océan tempétueux, mais des nuages de virgules appointées ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; . » (p. 134).
Le monde et les figures qui y évoluent sont un peu fous, tout est décalé, mais finalement bien loin d’être irréfléchi et sans interprétations possibles ! J’ai aimé ce côté surréaliste, absurde, loufoque et cette folie douce propres aux rêves. J’ai suivi la progression de la princesse Sissi dans le château de Baskerville – angoissée avec elle à l’idée de rencontrer Lord Cyklopp – avec beaucoup de plaisir !

pierrethiryOutre l’histoire très plaisante à suivre, je salue également le travail de l’auteur sur la forme. Certes, j’ai apprécié sa plume de manière générale avec de jolis jeux de mots, mais ce que je retiendrai surtout de ma lecture, c’est cette proximité avec le lecteur. J’ai aimé ne pas être seulement une spectatrice passive de cette aventure, mais aussi et surtout une actrice, notamment avec les nombreuses chansons de Boris Vian et les notes de bas de page qui les accompagnent ! D’ailleurs, connaissant assez peu Boris Vian en tant que parolier, je n’ai plus qu’une envie après cette lecture : écouter ou réécouter les chansons citées ! De même avec les Fables de La Fontaine, si chères à ce cher Charles Hockolmess, qu’il me tarde de redécouvrir !
Vous l’aurez compris, Pierre Thiry a réussi avec brio le défi que lui avait lancé sa nièce, faisant de ce récit un « simple » conte pour les plus jeunes, et une mine de références et de raisons de sourire à l’évocation de certains souvenirs, pour les lecteurs plus aguerris !
Un petit mot sur l’objet, tout de même. J’ai trouvé une ou deux coquilles, mais c’est vraiment minime alors, je félicite l’auteur pour son travail de mise en page et pour son choix de la police « Baskerville » et lui accorde toute ma clémence pour les minuscules imperfections ! Bravo également à Bernadette Geoffroy pour les jolies illustrations, bien qu’elles soient tout de même un peu trop rares à mon goût !

Je terminerai par un petit extrait que j’aime particulièrement, aussi bien pour le sujet que pour la forme (avec cette petite pointe d’humour qu’on retrouve tout au long de ces quelques 180 pages) :
« La plupart des anciens divinisaient en effet la lune. Pour les Egyptiens elle était Isis, pour les Phéniciens Astarté. Pour les Grecs elle était la déesse Phoebé, une des incarnations de Diane la déesse de la chasse.
Sur terre Diane était la déesse de la chasse, une femme invincible et d’une grande beauté, sous terre elle était Hécate, la déesse des enfers et des cauchemars, au ciel elle était Phoebé, la lune qui présidait aux songes les plus doux. Il ne fait pas de doute que Diane alias Hécate alias Phoebé alias la lune devait savoir ce que Ramsès II rêvait dans son lit en forme de baleine au large du château de Baskerville. C’est du moins ce que se seraient imaginé les Grecs.
Car depuis le 21 juillet 1969, date à laquelle le premier homme a marché sur la lune, plus personne ne raisonne comme les grecs de l’antiquité. Plus personne ne croit qu’elle est Phoebé une des incarnations de Diane.
On explique désormais fort sérieusement dans les congrès scientifiques que la lune n’est qu’une planète secondaire, juste un satellite de la terre, 49 fois plus petite qu’elle. Une espèce de gros caillou vide totalement dépourvu d’intelligence, situé à 340 000 kms de la planète bleue où s’activent tant d’humains géniaux. Humains géniaux qui ne songent guère à ce satellite qui tourne sans cesse autour d’eux sans jamais leur montrer sa face cachée.
Et si l’humanité ne songe plus guère à la lune, il n’y a guère de raison que cette planète se soucie des songes de l’humanité. Ramsès II pouvait dormir tout son saoul dans son lit en forme de baleine au milieu de la Manche.
Celle que les Egyptiens (dont il avait conduit le destin) appelaient Isis, ne s’en émouvait absolument pas.
Sur la mer verte, sombre et frissonnante, le lit de Ramsès II se dirigeait donc dans une direction inconnue, aussi bien des thons, que de la lune et du pauvre lecteur (du moins à ce stade de l’histoire). » (p. 108-110)

Et enfin, je remercie Monsieur Thiry pour l’envoi gracieux de son ouvrage, le joli moment de lecture que m’a procuré celui-ci et les petits mots personnalisés dans le livre et sur la lettre l’accompagnant ; voilà des attentions touchantes, et soyez sûr que je garde le tout bien précieusement !

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