Des fleurs pour Algernon de Daniel KEYES

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Des fleurs pour Algernon

de Daniel KEYES
J’ai lu,
2007, p. 252

Première Publication : 1959

Pour l’acheter : Des fleurs pour Algernon

Daniel Keyes, né le 9 août 1927 à Brooklyn à New York et mort le 15 juin 2014 (à 86 ans), est un écrivain américain. Chercheur universitaire en psychologie, il est l’auteur de Des fleurs pour Algernon, de Les Mille et une vies de Billy Milligan et de Les Mille et une guerres de Billy Milligan.

♣ ♣ ♣

Algernon est une souris de laboratoire dont le traitement du Pr Nemur et duDr Strauss vient de décupler l’intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors, avec l’assistance de la psychologue Alice Kinnian, d’appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d’esprit employé dans une boulangerie. C’est bientôt l’extraordinaire éveil de l’intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l’amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jours les facultés supérieures d’Algernon déclinent. Commence alors pour Charlie le drame atroce d’un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner â l’état de bête…

Avant de découvrir ce titre sur de nombreux challenges auxquels je participe (le Baby Challenge SF, Les 100 Incontournables de Livraddict, le Challenge Livraddict 2010 et le Challenge SFFF), je n’en avais jamais entendu parler, ni même de l’auteur d’ailleurs. C’est lors de la brocante que j’ai faite il y a un peu plus de deux semaines, que je l’ai trouvé, petit poche que je n’avais pas vraiment l’intention d’acheter… mais une impulsion soudaine m’a fait tendre le bras et lâcher quelques centimes pour l’acquérir. Je ne me le répéterai jamais assez, mais il faut absolument suivre son intuition (du moins, lorsqu’il s’agit d’achats livresques !), car, à peine fini la lecture que j’avais alors en cours (le sixième tome de Narnia…), je l’ai entamé et… quelle claque ! Un énorme coup de cœur !
Sans doute la plus belle lecture que j’ai faite depuis longtemps ! J’ai, habituellement, la larme facile lorsqu’il s’agit d’un support visuel ou audio, mais je suis rarement autant touchée face au support écrit… mais là, j’ai pleuré comme une madeleine ! Cette histoire, cette fin… ça m’a retournée ! J’ai terminé ma lecture au tout début du RAT, et je peux vous assurer que je n’ai pas arrêté d’y penser les heures suivantes, alors que je plongeais dans d’autres lectures… Une totale réussite ! Et je crois que je vais finir par devenir fan de SF… en tout cas, j’ai envie de découvrir tous les autres « classiques » du genre, alors si vous avez des suggestions ; je suis toute ouïe !

Charlie Gordon, un simple d’esprit (au QI inférieur à 70) au bon cœur et facilement malléable, est recruté par une équipe médicale pour devenir le premier homme à recevoir une opération du cerveau visant à augmenter son intelligence. Les tests ont été concluants sur la souris Algernon qui est devenue le rongeur le plus intelligent de la planète ; Charlie devient donc le cobaye humain de l’équipe. Les effets positifs ne tardent pas à se montrer, le QI de Charlie ne cesse d’augmenter en même temps que sa vision du monde qui l’entoure, évolue. Après quelques mois seulement, beaucoup de travail et le soutien constant de la jolie Alice Kinnian (son ancienne institutrice lorsqu’il suivait les cours du soir pour adultes attardés), le trentenaire devient un autre homme au QI de 185, un être hors norme. Malgré cette intelligence qu’il désirait tant, Charlie n’est pas heureux et est plus seul que jamais… et les choses ne cessent d’empirer lorsqu’il comprend que le changement n’était pas définitif et qu’il va, comme Algernon, retrouver son intelligence d’antan… comment peut-on supporter ce déclin conscient ?…

Waouh… Je ne trouve pas d’autre terme plus approprié pour décrire mon sentiment. Comme je le disais plus haut, j’ai tout simplement adoré ce texte de science-fiction sous forme de journal intime (de « comptes-rendus » selon Charlie). Le texte est à la première personne du début à la fin. On est dans la tête de Charlie, du début à la fin. Comment, alors, ne pas être touché par son histoire, par sa détresse, par toutes les aventures qu’on vit en même temps que lui ? On découvre Charlie avec un premier « conte randu » rempli de fautes, alors qu’il n’a pas encore subi son opération et on suit ensuite l’évolution de son « intelligence », notamment grâce à la forme de ses écrits. Son orthographe s’améliore, la ponctuation apparaît, les scènes relatées sont de plus en plus longues et précises… Je félicite Daniel Keyes qui a su adapter selon l’évolution de l’intelligence de son héros, c’est bien rendu, naturel et aide beaucoup à se rendre compte des changements qui s’opèrent en Charlie. J’avoue que j’ai parfois eu quelques difficultés, dans les toutes premières pages, à comprendre certaines phrases ; comme quoi, utiliser la ponctuation correctement, savoir utiliser les bons mots au bon moment, ben ça compte beaucoup si on veut être compris du plus grand nombre et faire passer le bon message.
Sinon, dans l’ensemble, c’est abordable et facile à lire, je n’ai trouvé aucune difficulté et ne me suis pas ennuyée une seconde ; au contraire ! On a tellement envie de découvrir le fin mot de l’histoire qu’on dévore ce livre ; autant vous dire que ma lecture fut rapide !

daniel keyesCharlie est sans doute un des personnages qui marquera le plus mes prochaines années de lecture. Comment ne pas s’attacher à cet homme alors qu’on suit ses pensées les plus intimes, qu’on découvre et comprend en même temps que lui ce qu’il a réellement subi les 32 années précédents son opération (dans sa famille d’abord, à l’école et ensuite à la boulangerie où il travaillait). L’histoire de Charlie nous permet également de faire un petit point sur la nature humaine, sur l’amitié et, c’est avec un pincement au cœur qu’on se rend compte que l’être humain est un petit être cruel (ses collègues à la boulangerie se disaient ses « amis » quand ils pouvaient encore profiter de lui et se moquer sans qu’il s’en rende compte ; mais dès lors que Charlie en prend conscience et devient plus intelligent qu’eux, ils lui tournent délibérément le dos…).
Comme il s’agit d’un « journal intime », on voit le monde à travers les yeux du héros et on apprend à connaître les personnages qui l’entourent grâce à lui (ainsi, on ne connaît jamais vraiment tout d’eux et c’est plus difficile de s’attacher vraiment à eux). Charlie évolue entre son psychiatre, les membres de l’équipe médicale qui l’ont opéré, son ancienne institutrice qui lui ouvre les yeux sur l’amour, ses collègues de la boulangerie et son exubérante voisine Fay. Seul dans son monde étroit de simple d’esprit, il pense que devenir intelligent lui ouvrira plusieurs portes, lui fera gagner l’amour de ses parents, de ses amis… mais avec son QI de 185, il n’a jamais été si seul, si abandonné !

En évoluant, Charlie devient une autre personne, et c’est donc finalement à la troisième personne du singulier qu’il parle de l’ancien lui. Le nouveau Charlie est effectivement très différent de l’ancien, comme si les deux étaient deux personnes, deux figures très distinctes. Et d’ailleurs, pendant la lecture, on oublierait presque que les deux ne font qu’un, on les considère presque comme deux entités complètement étrangères. Le nouveau Charlie a honte de l’ancien, a honte de cet homme qu’il n’est plus et tente tant bien que mal de l’oublier, de le faire disparaître. Mais voilà que le déclin commence et qu’il prend conscience qu’il redeviendra bientôt l’ancien lui. Les défaillances sont de plus en plus nombreuses (l’orthographe commence à décliner) et les dernières pages sont un vrai déchirement. Difficile de mettre des mots sur ce que j’ai ressenti lorsque je les ai lues, mais c’était très très très fort (d’où ma petite larme !) !

L’histoire se déroule aux Etats-Unis, à New York pour être précise, sur quelques mois seulement : du 3 mars au 21 novembre de la même année. Cependant, l’année en question n’est pas précisée (si je ne m’abuse), on peut donc s’imaginer qu’il pourrait s’agir d’une année proche de notre lecture… pourquoi pas en 2011 ? Et si, dans quelques mois, les scientifiques mettaient au point une telle opération (peut-être sont-ils actuellement en train de travailler sur le sujet, qui sait ?), que se passerait-il ? Cette proximité chronologique et géographique (même si je ne vis pas à New York, j’ai conscience que l’histoire aurait pu se dérouler en France) permet, à mon goût, d’être encore plus touché par les évènements, par le devenir de Charlie Gordon qui pourrait être notre voisin, notre ami, notre parent. Si l’intrigue avait pris place en 2500, l’impact aurait peut-être été moins fort (bien que celle de La Planète des singes, qui se situe à cette période, ait tout de même fait mouche avec moi !)…

Pourtant rédigée il y a plusieurs décennies (en 1959 exactement), cette histoire n’a pas pris une ride et reste atemporelle ! Une réussite complète ; un livre à découvrir, assurément !

 

3 pensées sur “Des fleurs pour Algernon de Daniel KEYES

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  • 20 décembre 2014 à 22 h 26 min
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    C’est marrant je ne connaissais pas ce livre avant qu’on me le demande et l’achète cet aprem ! J’en ai donc profité pour lire le résumé et ça m’intéressais déjà pas mal mais là ton avis achève de me convaincre ! Grâce à ça je vais déjà pouvoir le conseiller un peu 🙂

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  • 20 décembre 2014 à 22 h 25 min
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    Il fait partie des « classiques » à lire absolument. Un très beau personnage.

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