La Planète des singes de Pierre BOULLE

planetedessinges pierre boulle pocketcoupdecoeur
La Planète des singes

de Pierre BOULLE
Pocket,
2001, p. 191

Première Publication : 1963

Pour l’acheter : La Planète des singes

Pierre Boulle, né le 20 février 1912 à Avignon et mort le 31 janvier 1994 à Paris 16e, est un écrivain français. Agent de la France libre en Asie du Sud-Est pendant la Seconde Guerre mondiale, il est l’auteur du Pont de la rivière Kwai (1952) et de La Planète des singes (1963).

♣ ♣ ♣

En l’an 2500, le professeur Antelle, Arthur Levain et Ulysse Mérou quittent la Terre. Ils s’embarquent sur leur vaisseau cosmique, direction la supergéante Bételgeuse. En la survolant, ils ont la surprise de découvrir des villes, des maisons, des forêts… Une planète jumelle de la Terre ? À une différence près : ici, les singes règnent en maîtres et les hommes vivent à l’état sauvage, quand ils ne sont pas en cage. Qu’est-il donc advenu de l’espèce humaine ?

J’appréhendais beaucoup cette lecture. Pour quelle(s) raison(s) ? Mystère ! Je pense que j’ai toujours un peu peur de me lancer dans des textes classés en Anticipation / Science-fiction, ce qui est, il faut l’avouer, particulièrement stupide, surtout quand on sait que je n’ai jamais été déçue par mes précédentes lectures du genre. Je me suis finalement décidée à ouvrir ce petit livre car il appartient à plusieurs de mes challenges : le Challenge ABC 2010 et le Baby Challenge Science-Fiction. Et finalement ?…
Et bien, tenez-vous bien, je fais de cette découverte un gros coup de cœur ! Je comprends maintenant la raison de la notoriété qu’a connue Pierre Boulle grâce à ce titre et c’est, à mon avis, amplement mérité ! Zoom sur mes impressions…

Ulysse Mérou – un journaliste – embarque dans un vaisseau au côté du professeur Antelle, de son second Arthur Levain et d’un chimpanzé nommé Hector. Après deux ans de voyage et des milliers d’années lumière parcourues, ils débarquent sur une planète nouvelle.
Ils découvrent alors des êtres humains comme eux (notamment une « femelle » que le journaliste baptise « Nova »), à la différence que ces derniers sont de vrais sauvages : ils n’ont pas de langage, vivent nus et n’ont pas l’étincelle de l’âme au fond des yeux… de vrais animaux ! Alors que les drôles d’habitants de la planète font « connaissance » avec les trois explorateurs, tout ce petit monde doit s’enfuir à travers la jungle pour échapper à des coups de feu tirés par des… gorilles habillés ! Ulysse perd ses deux compagnons de voyage de vue dans cette fuite et se fait capturer aux côtés de Nova et de sa tribu. Après un « tri », le voilà enfermé dans une cage dans un laboratoire, comme un cobaye.
Il comprend vite que dans ce monde, les singes sont les créatures « sensées » et les hommes les animaux ; tout est inversé ! Ulysse n’a alors plus qu’une idée en tête, faire comprendre à ses geôliers (et notamment à la gentille Zira), qu’il n’est pas un homme ordinaire mais un homme doué de raison, venant d’une autre planète…

Le texte est très court (191 pages dans mon édition) et donc très vite lu (à peine quelques heures seulement). Les chapitres sont brefs et sous la forme d’un « journal de bord » donc à la première personne du singulier. On suit donc les pensées d’Ulysse comme si on était dans sa tête, à sa place. On vit et découvre les choses avec lui, en même temps que lui : c’est d’autant plus prenant, d’autant plus intense !
En feuilletant le livre, je me rends compte qu’il y a finalement « peu » de dialogues rapportés. Il y en a – pas de panique ! -, mais les descriptions sont plus nombreuses. Les paragraphes descriptifs restent néanmoins courts, et finalement, l’ensemble est très simple et très agréable à parcourir. C’est, à mon avis, un très bon texte pour ceux qui ont envie de commencer avec l’anticipation / science-fiction.

pierreboulleEn fait, le texte s’ouvre sur la présentation d’un couple (Jinn et Phyllis) qui voyagent dans l’espace et trouvent un document dans une bouteille. Il s’agit en fait du « journal de bord » rédigé par Ulysse. On découvre donc son histoire lorsque le couple d’amoureux entame sa lecture…
Les aventures de ce journal s’étendent sur plusieurs mois, aux alentours de 2500. Le narrateur (Ulysse) est sur une planète à des milliers d’années lumière de la Terre, mais sa planète d’accueil possède les mêmes caractéristiques (à quelques détails près) que sa planète d’origine (qui également la notre, nous autres lecteurs terriens) : composition de l’air pour pouvoir respirer librement, des forêts, de l’eau pure et potable,… Le seul point de différence -et non des moindres – entre la Terre et cette planète réside dans la nature des têtes pensantes. Les choses sont complètement inversées ! Les singes sont à la tête du pays (il existe une hiérarchie entre les races : les orangs-outangs, les chimpanzés et les gorilles) et les hommes sont les souris de laboratoire ! Les théories de l’évolution sont donc, par la même occasion, inversées : le singe serait un lointain descendant de l’homme (la découverte de vestiges archéologiques viennent mettre à mal cette hypothèses)…

J’ai aimé cette transposition des choses et la prise de conscience de Ulysse (et donc de l’être humain, du lecteur) de nombreuses choses : notre relation, notre façon d’agir avec les êtres vivants que l’on juge « inférieurs », ici, évidemment, les singes ! C’est le genre d’histoire d’anticipation / science fiction qui me plaît car, même si c’est surprenant, tout reste possible ! Et si une « autre » planète était habitée, non pas par des petits hommes verts, mais par des singes « civilisés » ? Et si, une espèce pouvait copier nos faits et gestes pour ensuite prendre le pouvoir et nous contrôler ? Pourquoi pas, après tout ?!

Ulysse est le genre de personnages narrateurs avec lesquels on découvre les choses, avec lesquels on ouvre les yeux et donc, pour qui on se lie d’amitié. Par extension, comme on voit tout à travers ses yeux, on apprécie les protagonistes qu’il apprécie et on a plus de réserves envers ceux dont il se méfie. On retiendra donc les figures de Nova – l’humaine de la planète qui devient la compagne du journaliste -, Zira – la guenon très « humaine », notamment en ce qui concerne ses sentiments – et Cornélius – le fiancé de cette dernière, qui n’apparaît que dans la dernière partie, tout entier à ses recherches scientifiques -. La palette des personnages n’est pas particulièrement importante, mais elle est largement suffisante pour servir les différentes aventures du narrateur.
Quant à la fin, aux toutes dernières lignes du texte, je pense qu’on peut s’en douter quelques pages à l’avance, mais ça reste assez fort et surprenant ! J’adore !

Il ne me reste donc plus qu’à voir (ou revoir) les différentes adaptations pour comparer tout ça ! Et je commencerai sans doute par revoir le film de Tim Burton (assez peu apprécié des fans du réalisateur) qui trône d’ores et déjà dans ma DVDthèque !

Une transposition des différents éléments particulièrement intéressante et qui remet en question beaucoup de choses : notamment cette humanité qu’on croit propre aux êtres « humains ». Une intrigue originale (n’oublions pas que le texte a été écrit par un français, en 1963 !) et très bien menée. Une fin surprenante (même si on s’en doute quelques pages à l’avance) et particulièrement bien adaptée (je n’en aurais pas vu une meilleure !). On découvre tout en même temps et à travers les yeux du personnage principal narrateur ; c’est plus prenant, plus fort ! Le texte est court, très abordable : à conseiller à ceux qui ont envie de commencer avec la science-fiction !

5 pensées sur “La Planète des singes de Pierre BOULLE

  • 12 octobre 2015 à 11 h 51 min
    Permalink

    Je n’ai pas encore lu ce livre mais je suis fan des adaptations, surtout des anciennes. C’est des films que j’ai vu dans mon enfance et quant je les ai revus il n’y a pas longtemps j’ai compris beaucoup plus de choses. C’est ce qui est vraiment intéressant dans la science fiction. Les différents niveau de lecture et les questions que cela pose sur notre monde réel. C’est aussi intéressante de voir ce que ça raconte sur l’époque auquel l’histoire à été écrite.

    Répondre
  • 16 septembre 2015 à 15 h 46 min
    Permalink

    Pierre Boulle est un excellent écrivain qui était capable de faire de fine métaphore sur la psychologie humaine, le rapport au pouvoir et les dogmes. « Le Pont de la Rivière Kwai » en est un bel exemple et une belle mise en abîme de la fascination du pouvoir et de son aliénation. Pour les adaptations de la planète des singes, c’est vrai qu’elles sont toutes ou presque intéressante, il y a quelque chose, mais la plus forte reste surement la première avec Charlton Heston.Le scénario a été travaillé dans sa phase finale par le créateur de « la quatrième dimension », et le blocage psychologique d’une société qui ne veut pas comprendre quelque chose qui la dépasse mais bien réel y est brillamment développé, avec une réalisation excellente.

    Répondre
  • Ping :Titres (L - Z) - Bazar de la Littérature

  • Ping :Auteurs (A - L) - Bazar de la Littérature

  • 21 décembre 2014 à 11 h 45 min
    Permalink

    Un journaliste citant Euclide pour prouver son intelligence : voilà vraiment de la science-fiction. 😀

    Le professeur Antelme (malheureusement américanisé au cinéma, même si j’adore Charlton Heston, l’immortel Cid) a organisé l’expédition pour échapper aux « hommes de sa génération » mais quand il revient sur Terre, hop, les hommes ont disparu. C’est sa punition. Son châtiment. Les hommes modernes sont insupportables mais vouloir fuir sa condition est un orgueil, ergo un péché.

    Je n’ai vu que le premier film, ainsi que quelques épisodes de la série tv. Les films récents n’ont pas l’air mauvais, mais je ne sais pas, l’envie était absente…

    Son William Conrad est construit de la même manière : le personnage, agent double au service des Allemands, devient un agent double sincère. Il fait semblant d’adorer l’Angleterre et son combat, puis finit par l’aimer réellement et meurt pour elle. Comme dans la vie. En politique. Dans son métier. En amour, parfois.

    Il faut lire aussi Le Sacrilège malais, qui montre comment une grande entreprise capitaliste peut fonctionner aussi absurdement qu’une entreprise d’État communiste. Le personnage du directeur Chaulette est fabuleux, pris dans sa folie du taylorisme, une idéologie qui décidément met du temps à mourir, tels les vampires, avec sa boîte personnalisée que tout le monde appelle Sophia. 100 ans plus tard, ouvrons BFM Business, rien n’a changé…

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4c0240e0a5d4557bbb237a7f76d13e0eeeeeeeeeeeeeeeee